CGT

La Confédération générale du travail (CGT), premier syndicat français, se présente historiquement comme un rempart contre le racisme et l’antisémitisme. Elle rappelle régulièrement avoir été dirigée pendant des décennies par d’anciens déportés, dont Henri Krasucki, résistant juif polonais déporté à Auschwitz. Pourtant, depuis le 7 octobre 2023 et la guerre à Gaza, plusieurs épisodes ont conduit une partie de l’opinion, des médias et d’organisations juives comme le CRIF à s’interroger sur la capacité du syndicat à distinguer clairement critique d’Israël et antisémitisme.

Le tract de la CGT du Nord et l’« apologie du terrorisme »

Trois jours après les attaques du Hamas du 7 octobre 2023, l’Union départementale CGT du Nord a publié un tract affirmant que « les horreurs de l’occupation illégale se sont accumulées. Depuis samedi elles reçoivent les réponses qu’elles ont provoquées ». Le texte qualifiait aussi Israël d’« État colonial », de « gouvernement fasciste » et parlait d’« apartheid concentrationnaire ».

Le secrétaire général de la CGT 59, Jean-Paul Delescaut, a été condamné en première instance à un an de prison avec sursis pour apologie du terrorisme. Les juges ont estimé que le tract tendait à « amoindrir la réprobation morale » envers les auteurs des massacres et à inverser victimes et responsables. En appel, en mars 2026, la cour d’appel de Douai l’a relaxé, jugeant que le texte s’inscrivait dans le « traditionnel soutien » de la CGT au peuple palestinien sans glorifier explicitement les actes terroristes. L’affaire a néanmoins marqué durablement les esprits.

Les « quenelles » de militants CGT Air France (2014)

En 2014, Libération a révélé une photo de responsables de la CGT Air France effectuant le geste de la « quenelle », popularisé par Dieudonné et largement associé à une référence au salut nazi inversé. Certains de ces militants avaient aussi affiché leur soutien à l’humoriste, plusieurs fois condamné pour propos antisémites. La confédération CGT a condamné fermement le geste, rappelant qu’il renvoyait « sans ambiguïté » à l’antisémitisme, et a annoncé des mesures internes. Air France s’est dite « extrêmement choquée ».

La polémique autour de l’Orchestre philharmonique d’Israël (2025)

En novembre 2025, la CGT Spectacle a exigé une « contextualisation » ou un avertissement au public avant le concert de l’Orchestre philharmonique d’Israël à la Philharmonie de Paris. Le syndicat estimait que la venue de l’orchestre, partiellement financé par des fonds publics israéliens, pouvait être perçue comme une « entreprise de normalisation » de la politique israélienne qualifiée de « génocidaire ».

Le concert a été interrompu par des activistes (fumigènes, slogans). Le CRIF a accusé la CGT (et LFI) d’« hystérisation » du débat. Sophie Binet a répondu dans une lettre au président du CRIF en défendant le droit de critiquer la politique du gouvernement israélien tout en réaffirmant l’engagement de la CGT contre l’antisémitisme.

Critiques de la CGT France Télévisions sur la couverture du 7 octobre

En octobre 2025, la CGT de France Télévisions a dénoncé un article de France 3 sur la commémoration du 7 octobre comme « clairement communautariste ». Elle a contesté l’usage du terme « pogrom » (jugé inapproprié car les Israéliens ne seraient pas une minorité), reproché une absence de contextualisation du conflit et accusé le texte de reprendre « les thèses du CRIF ». Ces propos ont été vivement critiqués comme une forme de relativisation des massacres et de suspicion envers la parole des victimes juives.

Autres éléments de contexte

  • Blocage d’armes : En 2025, Sophie Binet a soutenu les dockers CGT de Fos-sur-Mer qui refusaient de charger des composants militaires destinés à Israël, qualifiant l’action israélienne de « génocide » et appelant le gouvernement français à stopper toutes les livraisons d’armes.
  • Refus de manifester avec le RN : En novembre 2023, la CGT a participé à un rassemblement contre l’antisémitisme (Nuit de Cristal) mais a refusé de se joindre à la grande marche nationale du 12 novembre en raison de la présence du Rassemblement national.
  • Position officielle : La CGT affirme régulièrement condamner l’antisémitisme « sans ambiguïté », rappeler que « la communauté juive n’est pas responsable de la politique de l’État d’Israël » et organiser des actions de sensibilisation. Elle revendique une histoire de résistance antifasciste.

Le débat en cours

Pour ses critiques, l’accumulation de formulations qui relativisent le 7 octobre, de gestes ou de campagnes perçues comme ciblant Israël de manière obsessionnelle, et le flou entretenu entre antisionisme radical et antisémitisme nourrissent une suspicion légitime. Pour la CGT et ses défenseurs, ces accusations relèvent d’une instrumentalisation visant à criminaliser toute critique de la politique israélienne et à nier l’engagement historique et actuel du syndicat contre le racisme sous toutes ses formes.