Le 21 juin 2026, soir de la Fête de la musique à Carcassonne, une intervention pour nuisances sonores a donné lieu à une scène filmée : un fonctionnaire de la police nationale projette violemment au sol un homme de 29 ans qui n’était pas la cible de l’interpellation. La vidéo, diffusée à grande échelle à partir du 12 septembre 2026, a conduit le parquet à saisir l’IGPN. L’homme, Youssef E., est décédé le 3 juillet. L’autopsie n’établit pas, à ce stade, de lien causal avec les faits filmés.

Carcassonne est dirigée depuis mars 2026 par Christophe Barthès (RN), premier maire de cette étiquette de la ville. La police municipale relève de la commune ; la police nationale, elle, dépend de l’État. L’affaire s’inscrit dans un contexte local déjà marqué, quelques jours plus tôt, par la révélation de propos racistes, sexistes et complotistes tenus par des policiers municipaux.

Ce que montre la vidéo et ce que dit le parquet

Les images, tournées rue Auguste-Fourés (ou à proximité d’enceintes installées), durent un peu plus d’une minute. On y voit plusieurs agents de police municipale et nationale autour d’un petit groupe. Un policier national saisit par-derrière un homme en débardeur kaki et short bleu, le projette au sol ; la tête heurte le bitume. L’homme se tient le crâne. Des témoins protestent (« Il lui éclate la gueule par terre, ça ne se fait pas »). Il est ensuite relevé et marche en se touchant l’arrière de la tête.

Selon le communiqué de la procureure Géraldine Labialle, l’intervention visait « un tiers pour nuisances sonores réitérées – outrage à une personne dépositaire de l’autorité publique, rébellion et violences volontaires sur personnes dépositaires de l’autorité publique ». Youssef E. « ne faisait pour sa part l’objet d’aucune interpellation » et n’a pas déposé plainte à l’époque.

Certaines sources (témoin ayant filmé, relais Mediapart) indiquent qu’il s’approchait pour récupérer un téléphone branché aux enceintes et qu’il aurait ensuite reçu du gaz lacrymogène avant de refuser les secours. La mairie, par la voix de l’adjoint Florent Ghisi, a indiqué ne pas commenter une affaire concernant un policier national, tout en qualifiant la vidéo de « coupée » et en évoquant la défense d’une collègue face à une personne « sous l’emprise de la drogue ».

Parmi les policiers municipaux présents figure César R. (ou C.R.), brigadier-chef, ancien parachutiste, membre du service d’ordre du RN (depuis exclu du parti). Il était au centre de la polémique de début septembre 2026 : enregistrement d’une caméra-piéton de novembre 2025 contenant des propos racistes, misogynes, homophobes et complotistes. Quatre agents municipaux ont été suspendus ; une enquête judiciaire était déjà ouverte.

La victime, le décès et l’autopsie

Youssef E., 29 ans, vivait dans une grande précarité depuis l’adolescence (le parquet indique « depuis l’âge de 16 ans »). Il est décrit par ses proches comme marginal, avec une addiction à l’alcool ; le parquet mentionne des antécédents de polytoxicomanie. Sa famille a parfois contesté le qualificatif de « SDF » au sens strict, indiquant qu’il fréquentait aussi le domicile parental.

Le 3 juillet 2026, il est découvert en arrêt cardiaque sur son campement. Une enquête en recherche des causes de la mort est ouverte. L’autopsie du 9 juillet « excluaient toute lésion traumatique suspecte en faveur de l’intervention d’un tiers et privilégient la cause toxique ». Le parquet affirme qu’« à ce jour, en l’état des investigations, il n’existe aucun lien de causalité entre les faits filmés et le décès survenu 13 jours après ».

Le frère de Youssef (Hamza selon plusieurs témoignages) a déposé plainte. Il ne lie pas nécessairement le décès au geste, mais juge celui-ci disproportionné et veut que « les violences policières s’arrêtent » et que l’affaire « serve d’exemple ». La famille a été reçue par l’IGPN.

Suites judiciaires et politiques

Dès connaissance de la vidéo, le parquet a saisi le 13 septembre 2026 l’antenne marseillaise de l’IGPN d’une enquête judiciaire pour « violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique ». L’agent visé appartient à la brigade de nuit du commissariat de Carcassonne. L’enquête est en cours ; aucun élément public n’établit à ce stade que le geste était justifié par une agression en cours contre une collègue, ni qu’il était proportionné.

La diffusion a été relancée par le député LFI Thomas Portes (« Après les propos racistes, les violences policières. À Carcassonne la police est hors de contrôle ») et Manon Aubry, qui ont demandé que toute la lumière soit faite. Ces prises de position politiques s’ajoutent au scandale précédent de la police municipale, que le maire Barthès a condamné comme « à vomir et inexcusables » tout en engageant des suspensions et en évoquant une « remise à plat » du service. Le RN a exclu César R. de ses effectifs.

L’enquête de l’IGPN et l’instruction devront établir si le recours à la force était légitime, nécessaire et proportionné, et préciser les circonstances exactes de l’intervention comme celles du décès. Les conclusions médicales actuelles et l’absence de plainte immédiate de la victime n’empêchent pas l’examen du geste lui-même.

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