Ryad Rani

Alors que la mobilisation lycéenne s’étend à l’échelle nationale, Ryad Rani, président de l’Union syndicale lycéenne (USL), est devenu en quelques jours l’un de ses principaux visages médiatiques. À 19 ans, ce Wattrelosien tout juste bachelier concentre aussi une polémique : le gouvernement et une partie de la presse lui reprochent une proximité avec La France insoumise (LFI), accusée d’instrumentaliser la contestation, tandis qu’il nie toute récupération et affirme porter des revendications strictement lycéennes.

Le mouvement a démarré mi-septembre 2026, d’abord autour du lycée Saint-Exupéry de Créteil, dans un contexte de postes d’enseignants non pourvus, avant de se propager en Île-de-France puis dans de nombreuses régions. Les revendications portent sur la surcharge des classes (parfois 32 à 36 élèves), les emplois du temps trop lourds, le non-remplacement des professeurs absents, l’état dégradé des bâtiments, le stress lié à Parcoursup — qualifiée de sélective, voire de « raciste » par certains porte-parole — et, plus largement, le manque de moyens dans l’enseignement public. Des étudiants ont rejoint le mouvement sur plusieurs campus.

L’ampleur est devenue significative. Le 29 septembre, le ministère recensait plusieurs centaines d’établissements perturbés. Le 1er octobre, journée d’« acte 2 » appelée par l’USL, plus de 900 actions ont été signalées selon des sources syndicales et des remontées policières, avec des centaines de fermetures ou de blocages. Le bilan des violences est lourd : des milliers d’interpellations (près de 2 000 le 1er octobre selon le gouvernement, et des totaux dépassant les 5 000 sur la semaine selon certains décomptes), des centaines de blessés parmi les élèves, les personnels et les forces de l’ordre, des incendies et dégradations estimés à plusieurs dizaines de millions d’euros dans certaines régions. Un lycéen a perdu l’usage d’un œil à Tours ; des enquêtes de l’IGPN ont été ouvertes. Ryad Rani condamne « toutes les violences » mais dénonce aussi les interventions policières, qu’il compare parfois à celles des Gilets jaunes, et refuse de parler d’un mouvement « gangréné » par des agitateurs.

C’est dans ce contexte que son parcours politique est scruté. Né à Roubaix, il a grandi dans un milieu populaire, avec une mère décédée en janvier 2026 et un père franco-algérien ouvrier dont il a été longtemps éloigné. Élu à la tête de l’USL au printemps — un syndicat qui se définit comme antifasciste, écologiste, féministe et collectiviste —, il succède à Manès Nadel. Il assure n’être membre d’aucun parti, mais ses liens avec LFI sont documentés : stage en 2022 dans l’équipe du député David Guiraud (devenu maire de Roubaix), candidature en troisième position aux municipales de mars 2026 à Wattrelos sur une liste d’union de la gauche emmenée par l’insoumis Thierry Duel (étiquetée LFI par la préfecture, soutenue aussi par le PS et d’autres), participation aux universités d’été de LFI en août aux côtés de Louis Boyard, et messages de soutien sur les réseaux à Georges Ibrahim Abdallah ainsi qu’à la Jeune Garde antifasciste. Il se dit « foncièrement, évidemment, de gauche » et explique avoir accepté la candidature municipale pour ne pas « rester les bras croisés » face au risque d’une victoire de l’extrême droite dans sa ville.

L’exécutif, en pleine séquence pré-2027, a accusé LFI de « souffler sur les braises » et de mener une « manœuvre organisée ». Ryad Rani répond systématiquement qu’il « ne voit aucune instrumentalisation » et que ces accusations visent à « décrédibiliser » une mobilisation « par les lycéens, pour les lycéens ». Il salue les élus de tous bords venus sur les piquets. D’autres organisations lycéennes, parfois plus proches du centre, relativisent ou contestent le poids de l’USL. Depuis le début de sa médiatisation, il affirme recevoir des centaines de menaces de mort et d’insultes racistes.

Le 2 octobre, le ministre de l’Éducation Édouard Geffray a reçu des représentants lycéens, dont des membres de l’USL. Il a annoncé un plan pour accélérer les remplacements d’enseignants, prioritairement dans les classes à examen, et une plateforme de concertation. L’USL a jugé ces annonces insuffisantes et appelé à poursuivre, avec un « acte 3 » prévu le 6 octobre, rejoint par une intersyndicale de l’éducation. La polémique autour de Ryad Rani illustre ainsi le basculement rapide d’une contestation partie de conditions matérielles locales vers un débat politique national, où la figure du porte-parole devient elle-même un enjeu.

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