Fake News LFI

L’attentat raciste de Trappes et La Verrière, le 23 octobre 2026, a fait un mort (Pengo Bossio Wangi, 26 ans) et cinq blessés, dont une fillette de 12 ans. Le suspect, Kévin T., 39 ans, a déclaré aux policiers avoir voulu « venger les commerçants » pillés le 17 octobre en ciblant « les Noirs et les Arabes ». Un exemplaire de Mein Kampf a été retrouvé à son domicile (avec une Bible et un Coran). Il a été placé en observation psychiatrique après que sa garde à vue a été levée ; des traces de cannabis et de cocaïne ont été détectées dans son sang. Il était inconnu du renseignement territorial et de la DGSI

Dans ce contexte, une information erronée a circulé : des tracts ou du matériel militant du Rassemblement national (RN) auraient été retrouvés dans la voiture du suspect. Selon plusieurs comptes ayant suivi l’affaire en temps réel, Le Monde a publié une version initiale évoquant cette découverte, avant de corriger ou de préciser que ce n’était pas le cas : il ne s’agissait pas de tracts du RN, et ils n’avaient pas été trouvés dans le véhicule.

Le député RN Matthias Renault a résumé la séquence le 26 octobre : « Donc en fait, les “tracts du RN” de Kevin T. n’étaient pas des tracts du #RN. Merci Le Monde pour la diffusion d’éléments bâclés, et forcément repris en masse sur les réseaux, sur la base d’un seul témoignage ! » Jean-Yves Le Gallou a également relevé que Le Monde reconnaissait que « ce n’était pas des tracts du RN » et que « ces documents n’ont pas été retrouvés dans la voiture ».

Malgré ce démenti, des responsables de La France insoumise (LFI) ont continué à s’appuyer sur cette information pour lier l’attentat au RN.

Manon Aubry (eurodéputée LFI) a publié le 26 octobre à 15 h 44 :

« Marine Le Pen a du sang sur les mains après l’attentat raciste de Trappes.
Du matériel militant du RN a été retrouvé par l’enquête visant le suspect.
Si elle prend le pouvoir, des millions de concitoyens vont être en danger de mort. »

Ce tweet, qui reprend explicitement l’idée de matériel militant du RN trouvé dans le cadre de l’enquête, a été largement commenté et dénoncé comme la relance d’une information déjà corrigée par le journal de référence qui l’avait initialement diffusée.

D’autres élus LFI ont, dans les jours précédents et le jour même, insisté sur la responsabilité « politico-médiatique » du RN et de figures comme Jordan Bardella (qui avait qualifié Trappes de « République islamique en miniature » et de « capitale européenne du jihad » en 2022) ou Éric Zemmour, sans attendre la clarification sur les tracts :

  • Mathilde Panot (présidente du groupe LFI à l’Assemblée) : « Ce qui s’est passé à Trappes ce vendredi est un tournant. En 2021, Jordan Bardella disait que Trappes était la “capitale européenne du djihad”. Cette semaine, Éric Zemmour a parlé d’une “horde arabo-musulmane” au sujet du 17 octobre dernier. Ces discours politico-médiatiques arment le coupable. » Elle a aussi déclaré : « Il y a une responsabilité politico-médiatique qui arme aussi le coupable » de l’attaque.
  • Bally Bagayoko (maire LFI de Saint-Denis) a fait le lien direct entre les discours du RN sur Trappes et le drame, qualifiant l’attaque de « raciste, islamophobe et négrophobe ».
  • Des publications du compte officiel de La France insoumise et d’autres cadres ont martelé que « L’extrême droite tue. Le racisme tue », en présence sur place à Trappes le 24 octobre.

Cette instrumentalisation s’est produite alors que le profil du suspect restait complexe (antécédents de droit commun, troubles psychiatriques évoqués, documents idéologiques hétérogènes à son domicile) et que les autorités n’avaient établi aucun lien organisé avec une mouvance d’ultradroite. La diffusion puis le maintien de l’information sur les « tracts RN », même après correction par Le Monde, a permis à plusieurs voix LFI de renforcer leur rhétorique selon laquelle les discours du Rassemblement national « arment » les auteurs d’actes racistes, en dépit des éléments factuels rectifiés.