
Gabriel Amard, député LFI de la 6e circonscription du Rhône (Villeurbanne) et candidat aux élections sénatoriales du 27 septembre 2026, incarne à la fois la fidélité militante de longue date et les tensions qui entourent La France insoumise. Marié depuis 2016 à Maryline Mélenchon, fille unique de Jean-Luc Mélenchon, il est régulièrement présenté comme un « pilier » du mouvement. Pourtant, son parcours et ses investitures suscitent des critiques persistantes de népotisme et de parachutage, y compris au sein de la gauche.
Né le 5 mai 1967 à Juvisy-sur-Orge, Gabriel Amard commence très tôt en politique. Adjoint au maire de Longjumeau dès 1989, il devient en 1995 le plus jeune maire de France à Viry-Châtillon (Essonne), mandat qu’il conserve jusqu’en 2006. Il préside ensuite la communauté d’agglomération des Lacs de l’Essonne (2004-2014), où il mène un combat emblématique pour la gestion publique de l’eau, en sortant du contrat avec Veolia après une votation citoyenne. Formateur d’élus locaux et auteur d’essais sur ce sujet, il construit une expertise reconnue sur les collectivités et les biens communs.
Sa rencontre avec Jean-Luc Mélenchon remonte aux années 1980, alors qu’il est étudiant et que Mélenchon est sénateur socialiste de l’Essonne. Amard suit son mentor lors de la scission du PS en 2008, rejoint le Parti de gauche dès sa création, puis La France insoumise. Mélenchon l’a lui-même décrit comme « un des piliers du système militant que j’ai construit ». Amard se définit volontiers comme un « bon soldat » toujours disponible.
Accusations récurrentes de favoritisme familial et de parachutage
Le lien familial, officialisé par le mariage de 2016 à Châteldon, a relancé les soupçons. Amard a été candidat dans l’Essonne (2002, 2012), le Jura (2017) puis le Rhône (2022 et 2024), ce que ses détracteurs qualifient de « nomadisme électoral » ou de parachutage opportuniste. En 2022, son investiture à Villeurbanne, ancien bastion socialiste, a provoqué de vives réactions locales. L’ancien maire PS Jean-Paul Bret y a vu « une insulte faite à Villeurbanne ». Amard a riposté en invoquant des origines familiales maternelles dans le Dauphiné et à Villeurbanne.
Ces critiques s’inscrivent dans un schéma plus large. Jean-Luc Mélenchon a régulièrement investi des proches : Sophia Chikirou, Manuel Bompard, ou encore son ancien chauffeur. Sa fille Maryline Mélenchon, discrète publiquement, occuperait selon Le Canard enchaîné un rôle de suivi des élus insoumis au siège parisien de LFI, en plus d’un poste aux Éditions 2031, structure proche du mouvement. Des accusations similaires dataient déjà de 2017 concernant des embauches en Essonne, que Maryline Mélenchon avait alors vigoureusement contestées, estimant que son nom lui avait « plus souvent fermé des portes ».
Amard et LFI répondent que vie privée et vie publique sont séparées et que Mélenchon « ne se mêle pas des élections ». Ils mettent en avant le militantisme de plusieurs décennies d’Amard, antérieur au mariage, et son rôle d’organisateur d’événements et de formateur. Un cadre LFI insiste : « Sa vie privée n’a aucun rapport avec sa désignation. »
Des résistances persistantes, y compris à gauche
Malgré le soutien de Mélenchon, Amard n’a jamais bénéficié d’un consensus à gauche. En 2024, réélu de justesse (50,57 % contre 49,43 %) face au socialiste dissident Jean-Paul Bret, il a dû affronter les « états d’âme » d’électeurs de gauche critiques envers le style de Mélenchon.
Aux sénatoriales 2026 dans le Rhône, où LFI espère son premier sénateur en capitalisant sur des victoires municipales à Saint-Fons, Vénissieux et Vaulx-en-Velin, la gauche est éclatée en trois listes. La liste d’union écologistes-PS-PCF-Place publique, menée par le sénateur sortant Thomas Dossus avec Hélène Geoffroy (PS) en deuxième position, concurrence directement Amard. S’y ajoute la liste dissidente de Bruno Bernard, ancien président écologiste de la Métropole de Lyon, qui reproche à Geoffroy et à Amard d’avoir bloqué l’union au second tour des municipales de 2026, contribuant selon lui à la défaite de la gauche métropolitaine.
Des élus de gauche décrivent Amard comme un « commissaire politique » du clan Mélenchon, « intelligent et professionnel » mais incarnant davantage l’appareil que le renouvellement local. Un responsable cité par Le Figaro résume : « Il enchaîne les déménagements d’opportunité autant que les mandats. » Ces tensions locales illustrent que le soutien du leader national ne suffit pas à éteindre les résistances, même parmi ceux qui partagent une partie de ses orientations.
Amard reste un militant chevronné, spécialiste de l’eau et des collectivités, fidèle depuis quarante ans. Son cas cristallise néanmoins une critique récurrente adressée à LFI : la concentration du pouvoir autour d’un cercle de proches et de la famille du fondateur, au détriment parfois des équilibres locaux et de l’union à gauche. Les grands électeurs du Rhône tranchent demain.