Thomas Portes Lyon

Dans un message publié le 19 octobre 2026, le député LFI Thomas Portes réagit à des images de personnes défilant à Lyon en chantant La Marseillaise après les émeutes du 17 octobre. Il écrit : « Ce ne sont pas des patriotes mais des fascistes qui défilent avec la croix celtique, symbole utilisé par exemple par le GUD. La riposte antifasciste va s’organiser. » Ce texte, qui s’inscrit dans une ligne récurrente de l’élu, mérite d’être lu à la lumière des violences politiques récentes, et notamment de la mort de Quentin Deranque en février dernier dans la même ville.

Le contexte immédiat : émeutes puis contre-défilé à Lyon

Le 17 octobre 2026, des manifestations contre « la vie chère » ont dégénéré dans plusieurs villes. À Lyon, le préfet a parlé d’une « ampleur inédite » : incendie de l’office de tourisme de la place Bellecour, pillages, dégradations et une centaine de policiers blessés. Des groupes cagoulés ont été pointés du doigt, aux côtés de pilleurs opportunistes. Le lendemain et les jours suivants, des rassemblements se sont formés, présentés par des médias comme Frontières comme des « patriotes » chantant l’hymne national. Portes les qualifie immédiatement de fascistes au motif de la présence de croix celtiques.

La croix celtique (ou croix nimbée) est un symbole chrétien ancien, répandu dans l’art insulaire et en Bretagne. Elle a cependant été reprise dès les années 1950-1960 par des groupes d’extrême droite française (Jeune Nation, Occident, Ordre nouveau, GUD). Le GUD (Groupe Union Défense), groupuscule étudiant d’extrême droite aux antécédents violents, l’a effectivement utilisée. L’État a déjà noté, dans des réponses parlementaires, que ce symbole n’est pas univoque : son exhibition seule ne suffit pas toujours à caractériser une provocation à la haine. Portes en fait néanmoins le critère décisif pour disqualifier tout le cortège.

Le précédent lyonnais : la mort de Quentin Deranque

Cette rhétorique prend une résonance particulière à Lyon, où, le 12 février 2026, Quentin Deranque, 23 ans, est mort des suites de violences. Le jeune homme, militant d’extrême droite (affilié à des groupes locaux comme Allobroges Bourgoin, ancien membre d’Action française, engagé dans des milieux identitaires et catholiques traditionalistes), se trouvait dans le cadre d’une action du collectif Némésis contre une conférence de l’eurodéputée LFI Rima Hassan à Sciences Po Lyon.

Une rixe a éclaté entre militants d’ultradroite et antifascistes. Deranque a été isolé, frappé au sol par plusieurs personnes cagoulées. Il est décédé le 14 février d’un traumatisme crânio-encéphalique majeur. L’enquête, ouverte pour homicide volontaire, violences aggravées et association de malfaiteurs, a conduit à de nombreuses mises en examen. Plusieurs mis en cause sont liés à la Jeune Garde antifasciste (groupe fondé en 2018 à Lyon par le député LFI Raphaël Arnault, dissous en 2025). Des collaborateurs ou anciens collaborateurs parlementaires d’Arnault ont été impliqués ; certains ont été placés en détention provisoire. En septembre 2026, le nombre total de personnes poursuivies atteignait une quinzaine.

Les récits divergent : côté droit et Némésis, on a parlé de lynchage d’un jeune venu protéger des militantes ; des enquêtes journalistiques et des éléments d’enquête (vidéos, position de Deranque en première ligne) décrivent plutôt une bagarre entre groupes armés ou préparés. Le parquet a toutefois retenu la qualification d’homicide volontaire, notamment en raison du nombre et de la nature des coups portés à la tête. Raphaël Arnault a défendu le principe de « riposte » face à l’extrême droite tout en prenant ses distances avec les faits précis. L’affaire a provoqué une tempête politique, une minute de silence à l’Assemblée et des accusations croisées.

Une rhétorique répétée de « riposte antifasciste »

Le tweet de Portes n’est pas isolé. L’élu multiplie les appels à la « riposte antifasciste » : après des incidents à Lille, à Rouen, à Glasgow, à Londres ou face à des tags de croix celtiques. Il qualifie régulièrement des adversaires de « fascistes », « néonazis » ou « nervis », et présente l’organisation d’une réponse de rue comme une nécessité absolue. Cette ligne s’inscrit dans un continuum plus large de LFI, où la lutte contre l’extrême droite est présentée comme prioritaire et où des figures comme Arnault incarnent le lien entre le parti et des structures antifascistes de terrain.

Dans le contexte post-Deranque, l’annonce que « la riposte antifasciste va s’organiser » face à des défilés à Lyon ne peut être lue comme une simple expression d’opinion politique. Elle légitime, a minima, une mobilisation de contre-pouvoir de rue dont le précédent le plus récent dans la même ville s’est soldé par un mort. Elle contribue à un climat de polarisation où des groupes se considèrent en droit de « mettre hors d’état de nuire » ceux qu’ils désignent comme fascistes, avec les risques de dérapage que cela implique. La liberté d’expression protège largement ce type de propos ; leur responsabilité politique et leur effet potentiel sur des militants déjà enclins à la confrontation physique sont une autre question.

Les émeutes du 17 octobre ont montré une violence réelle (incendies, pillages, affrontements). Y répondre par des défilés chantant l’hymne national n’en fait pas automatiquement des fascistes. Qualifier ainsi un cortège sur la base d’un symbole historiquement récupéré, puis appeler à une « riposte » organisée, revient à entretenir la logique d’affrontement qui a déjà coûté une vie à Lyon. L’enquête sur Deranque continue ; elle rappelle que les violences « antifascistes » ne sont pas un mythe. Les responsables politiques qui les encouragent, même indirectement, ne peuvent se contenter de dénoncer celles de l’autre camp.