
Le litre de gazole s’affiche en moyenne autour de 2,38 € ce 17 septembre 2026, un niveau qui égale ou dépasse le précédent pic d’avril. Dans environ 70 stations, il dépasse déjà 2,70 €. La question n’est plus seulement « jusqu’où ça montera », mais si le seuil symbolique de 3 € le litre peut être atteint dans les semaines qui viennent. Voici les mécanismes qui rendent ce scénario possible, même s’il reste extrême.
Un choc d’offre qui ne se résorbe pas
Le déclencheur reste le conflit ouvert depuis fin février 2026 entre les États-Unis, Israël et l’Iran. Le détroit d’Ormuz, par lequel transitait environ 20 % du pétrole mondial, est fortement perturbé. Les compagnies maritimes facturent des primes d’assurance et de risque élevées ; certains passages se font au compte-gouttes. Début septembre, les hostilités ont repris : frappes sur des pétroliers, attaque d’un oléoduc saoudien Est-Ouest (voie de contournement vers la mer Rouge), menaces autour de Bab el-Mandeb. Chaque jour sans résolution tend davantage l’équilibre offre-demande.
Le Brent a oscillé récemment entre 103 et 108 dollars le baril, après avoir dépassé 108 $ mi-septembre. Même si le cours a un peu reculé ce 17 septembre, le marché intègre toujours un risque de rupture prolongée. Les routes alternatives (pipeline saoudien, cap de Bonne-Espérance) allongent les délais et les coûts. Pour le diesel, l’effet est amplifié : la Russie a prolongé un moratoire sur ses exportations de gazole, et les raffineurs du Golfe privilégient parfois le brut aux produits raffinés. Le diesel, carburant du transport routier, de l’agriculture et de la pêche, est donc plus exposé que l’essence.
Comment le prix à la pompe se construit
Le prix du litre n’est pas seulement le cours du baril. Il se décompose en :
- coût du produit raffiné (lié au Brent, aux marges de raffinage et au transport) ;
- coûts de distribution ;
- accise (ex-TICPE) d’environ 0,6075 €/L sur le gazole en 2026 ;
- TVA à 20 % calculée sur l’ensemble (produit + accise).
À 2,38 €/L, les taxes représentent déjà près d’un euro par litre (autour de 44 % du prix). Quand le produit hors taxes augmente, la TVA suit mécaniquement. Une nouvelle hausse de 30 à 40 centimes du hors-taxes, combinée à des tensions locales d’approvisionnement, peut donc faire basculer certaines pompes au-delà de 2,80 €, puis 3 €. Des stations affichent déjà plus de 2,79 €. TotalEnergies plafonne encore certains tarifs, ce qui provoque des ruptures temporaires ailleurs et concentre la demande sur les enseignes non plafonnées.
Pourquoi 3 € n’est plus « invraisemblable »
Plusieurs analystes et professionnels du secteur le disent ouvertement : le cap des 3 € reste un scénario extrême, mais il n’est plus théorique. Il dépend de la durée d’indisponibilité des infrastructures (Ormuz, oléoducs de contournement) et de l’absence de détente diplomatique. Si les attaques se multiplient ou si un oléoduc majeur reste hors service plus longtemps, le marché intègre une prime de risque supplémentaire. Les stocks européens ont déjà été entamés ; les importations plus longues (via le cap) coûtent plus cher.
Le gazole est particulièrement sensible parce que sa demande reste rigide à court terme (camions, tracteurs, bateaux de pêche). Les aides ciblées (pêche, BTP, agriculture) et le plafonnement de certaines enseignes ne compensent pas une hausse généralisée du produit raffiné. En cas de nouvelles tensions, les écarts entre stations se creuseraient encore : les moins chères resteraient autour de 2,20-2,30 € grâce aux enseignes de grande distribution, tandis que d’autres dépasseraient 2,90 € voire 3 €.
Ce qui pourrait encore freiner (ou accélérer) la hausse
Une accalmie diplomatique ou la réouverture plus fluide d’itinéraires de contournement ferait retomber les cours. À l’inverse, une attaque supplémentaire sur un oléoduc, une prolongation du moratoire russe ou une vague de stockages préventifs par les raffineurs accélérerait le mouvement. Les prévisions à 7 jours restent haussières à court terme. Le gouvernement a jusqu’ici écarté une baisse générale de la fiscalité, jugée trop coûteuse, et privilégie des aides sectorielles.
Atteindre 3 € le litre en moyenne nationale demanderait un nouveau choc violent. En revanche, voir ce prix affiché dans un nombre croissant de stations d’ici quelques semaines n’a plus rien d’un scénario de science-fiction. C’est déjà le cas, à quelques dizaines de centimes près, dans les points de vente les plus exposés.