
Le 29 octobre 2026, la Cour d’appel de Paris a confirmé la condamnation prononcée en première instance le 19 décembre 2024 contre Elias d’Imzalène (de son vrai nom El Yess Zareli). Le militant a été reconnu coupable de provocation publique à la haine ou à la violence en raison de l’origine, de l’ethnie, de la nation, de la race ou de la religion. La peine de cinq mois d’emprisonnement avec sursis est maintenue, ainsi que le versement de 1 000 euros de dommages et intérêts à chacune des cinq associations parties civiles (dont la Licra, l’Organisation juive européenne et Avocats sans frontières).
Les faits
Le 8 septembre 2024, place de la Nation à Paris, lors d’une manifestation pro-palestinienne organisée notamment par le collectif Urgence Palestine, Elias d’Imzalène avait harangué la foule. Selon les comptes rendus concordants de la presse et les éléments retenus par la justice, il a déclaré : « Est-ce qu’on est prêt à mener l’intifada à Paris ? Dans la banlieue, dans nos quartiers ? » Il avait également évoqué la « libération » prochaine de Jérusalem. Ces propos, filmés et largement diffusés, avaient entraîné un signalement du ministère de l’Intérieur (alors dirigé par Gérald Darmanin) et une plainte d’associations luttant contre l’antisémitisme. Placé en garde à vue le 24 septembre 2024, il avait été jugé le 23 octobre 2024 devant la 17e chambre correctionnelle de Paris.
Le tribunal avait retenu que l’usage du terme « intifada », dans ce contexte français et après les attentats du 7 octobre 2023 et la montée des incidents antisémites, constituait un appel à la violence visant notamment la communauté juive française. L’avocat de parties civiles, Gilles-William Goldnadel, a salué le 29 octobre 2026 la confirmation de cette décision, qu’il présente comme une clarification nécessaire.
La défense et le parcours du militant
Elias d’Imzalène, né en 1979 dans les Yvelines et formé en droit, a plaidé une interprétation pacifique : pour lui, « intifada » signifiait « soulèvement » ou « appel à l’indignation » par des manifestations non violentes, destinées à soutenir les Palestiniens de Gaza et à « redonner espoir ». Il a contesté tout antisémitisme et dénoncé une instrumentalisation judiciaire et médiatique de ses propos. Il avait interjeté appel immédiatement après le jugement de 2024. Les audiences d’appel s’étaient tenues en janvier 2026 avant un renvoi, aboutissant à la confirmation du 29 octobre.
Fondateur du site communautaire Islam et Info (actif dans les années 2010), d’Imzalène s’est fait connaître lors des émeutes de Trappes en 2013. Initialement proche de cercles soralo-dieudonnistes (il a fréquenté le théâtre de la Main d’Or et défendu des positions contre l’enseignement de la « théorie du genre »), il a évolué vers des positions plus clairement islamistes et anti-« islamophobes », gravitant autour du CCIF (dissous en 2020) et de figures comme l’imam Hassan Iquioussen. Fiché S, il a été cité dans des notes des renseignements liés à la mosquée de Torcy. Après 2022, il s’est rapproché de certains milieux de La France insoumise et d’Urgence Palestine, participant à des mobilisations pro-palestiniennes et recevant le soutien ponctuel de députés LFI comme Ersilia Soudais lors de sa garde à vue. Il se définit lui-même comme « islamien » et milite pour une visibilité et une organisation politique de la communauté musulmane en France.
Mesures administratives et contexte récent
En parallèle de la procédure pénale, le gouvernement a gelé ses avoirs à deux reprises (en janvier 2025 puis en janvier 2026) pour six mois, au titre de mesures administratives de lutte contre le financement du terrorisme. Ces décisions ont été contestées devant le tribunal administratif.
La confirmation de la condamnation intervient dans un contexte médiatique particulier : quelques jours plus tôt, le 23 octobre 2026, Elias d’Imzalène avait été aperçu derrière Ali Rabeh, maire (Génération.s) de Trappes, lors d’une déclaration à la presse après une fusillade meurtrière dans la ville. Sa présence a suscité des interrogations, le maire affirmant n’avoir « aucun lien » avec lui, ce que le militant a contesté. D’Imzalène a par ailleurs appelé à une mobilisation le 31 octobre sous le signe de la « fierté des musulmans, des noirs ».
Cette affaire s’inscrit dans le débat plus large sur la liberté d’expression dans les manifestations pro-palestiniennes en France depuis octobre 2023, marqué par une hausse documentée des actes antisémites et par des poursuites visant plusieurs figures du mouvement (dont des élus). Les partisans du militant y voient une criminalisation de la solidarité avec la Palestine ; les associations parties civiles et une partie de l’opinion y voient une limite nécessaire à l’importation de slogans belliqueux dans l’espace public français.
La décision de la Cour d’appel clôt, en l’état, le volet pénal de première et deuxième instance. Un pourvoi en cassation reste théoriquement possible.