
Le Rassemblement national (RN) et La France insoumise (LFI) se présentent comme des alternatives radicales au « système ». Pourtant, leurs positions internationales révèlent des convergences gênantes : une tendance à minimiser, justifier ou défendre des régimes autoritaires dès lors que ceux-ci servent un intérêt stratégique (anti-islamisme et souveraineté pour le RN ; anti-impérialisme américain et « non-alignement » pour LFI). Les exemples concrets sont nombreux et documentés.
Le RN : Assad comme « moindre mal », Poutine comme partenaire
Le cas syrien illustre parfaitement cette logique. Pendant des années, Marine Le Pen et des cadres du RN ont présenté Bachar al-Assad comme un rempart contre l’État islamique et un protecteur des chrétiens d’Orient. En 2015-2017, Le Pen répétait : « Le moindre mal, c’est Bachar al-Assad. Le grand danger, c’est le développement de Daech » ou « C’est Daech qui vient tuer nos enfants en France, pas Bachar al-Assad ». Elle le qualifiait de « dirigeant autoritaire » mais « pas barbare ».
Des responsables comme Thierry Mariani (passé des Républicains au RN) ont multiplié les voyages à Damas, affichant une proximité avec le régime. Frédéric Chatillon, proche de Le Pen, a même organisé des campagnes de communication pour le régime syrien. Après la chute d’Assad en décembre 2024, Jordan Bardella a parlé de « catastrophe géopolitique » en évoquant le risque migratoire, plutôt que de saluer la fin d’une dictature responsable de centaines de milliers de morts.
Sur la Russie, le RN a longtemps affiché une bienveillance assumée. Le parti a contracté un prêt important auprès d’une banque russe. Marine Le Pen a rencontré Vladimir Poutine. Au Parlement européen, entre 2019 et février 2022, les eurodéputés RN ont systématiquement voté contre des résolutions condamnant la loi russe sur les « agents de l’étranger », l’empoisonnement d’Alexeï Navalny ou le soutien à l’ONG Memorial (prix Nobel de la paix). Une analyse du Monde montre un schéma plus large : refus de dénoncer la peine de mort ou les abus contre les opposants dans divers régimes autoritaires.
Même après l’invasion de l’Ukraine, le RN a condamné l’agression tout en restant très critique des aides à Kiev et en défendant une approche « réaliste » favorable aux intérêts russes. En janvier 2026, face à l’intervention américaine au Venezuela, Le Pen a fermement défendu la souveraineté des États (y compris celui de Maduro, qu’elle qualifie pourtant d’autoritaire et communiste), mettant en avant le principe contre toute intervention extérieure.
LFI : Chávez et Maduro comme modèles, la Chine et la Russie comme alliés anti-occidentaux
À l’autre bout du spectre, LFI cultive une admiration historique pour les expériences « bolivariennes » et une hostilité systématique à toute pression occidentale sur des régimes hostiles aux États-Unis. Jean-Luc Mélenchon a longtemps vanté Hugo Chávez. Sur Nicolás Maduro, le parti a longtemps refusé de le qualifier clairement de dictateur, malgré les élections contestées, la répression et l’exode massif. Après la capture de Maduro par les États-Unis début 2026, Mélenchon a dénoncé une « insupportable agression » pour « piller » le pays, appelé à la « totale solidarité avec le Venezuela » et estimé que le peuple vénézuélien devait se défendre « s’il le faut les armes à la main », tout en réclamant la libération de Maduro.
Sur la Chine, Mélenchon a soutenu publiquement la politique d’« une seule Chine », ce qui lui a valu les remerciements officiels de l’ambassade chinoise. Les critiques sur le sort des Ouïghours ou sur Taïwan restent très atténuées au profit d’une dénonciation de « provocations » américaines.
Concernant la Russie et l’Ukraine, Mélenchon a régulièrement privilégié une lecture anti-OTAN, mettant en cause l’expansion de l’alliance occidentale plutôt que l’agression russe. Des déclarations ont repris des éléments du narratif du Kremlin sur le Donbass et la Crimée. Anne Hidalgo l’avait déjà accusé en 2022 d’être « complaisant et complice avec les dictateurs » (Poutine, Maduro, Assad).
Sur la Syrie, la position de Mélenchon est plus nuancée : il a condamné la répression dès 2011, voté des résolutions européennes contre Assad et s’est réjoui de sa chute en 2024 (« Je me réjouis à 100 % »), tout en se méfiant des nouveaux maîtres. Des déclarations passées (soutien à l’intervention russe contre Daech, appels à soutenir l’armée syrienne contre la Turquie en 2019) ont toutefois été relevées comme des ambiguïtés.
Une convergence dans le rejet sélectif de la démocratie libérale
Ces exemples ne signifient pas que le RN ou LFI « veulent instaurer une dictature en France ». Ils montrent cependant un schéma récurrent : la priorité donnée à des calculs géopolitiques (contrôle migratoire et lutte contre l’islamisme pour le RN ; anti-américanisme et solidarité avec les « peuples » contre l’« empire » pour LFI) au détriment de la défense cohérente des droits de l’homme et des oppositions démocratiques.
Le RN minimise ou instrumentalise des dictatures arabes ou russes quand elles servent ses obsessions ; LFI minimise ou défend des régimes socialistes autoritaires ou anti-occidentaux (Venezuela, Chine, parfois Russie) au nom de l’anti-impérialisme. Dans les deux cas, la démocratie et les droits fondamentaux deviennent secondaires dès que le régime en question est « du bon côté » de la ligne idéologique. C’est ce que soulignent régulièrement des analyses du Monde, de Le Point ou de l’Opinion sur les votes européens et les déclarations des deux camps.
Cette convergence, souvent décrite comme un effet de « fer à cheval » entre extrêmes, interroge la capacité de ces partis à gouverner dans le respect des principes démocratiques qu’ils revendiquent à l’intérieur des frontières françaises. Les faits, eux, sont publics et vérifiables.