
La cour d’assises de Paris a rendu son verdict ce vendredi 25 septembre 2026, vers 21 h 40, après plus de onze heures de délibéré. Quatre ans et demi après la mort de Federico Martín Aramburú, Loïk Le Priol a été condamné à 26 ans de réclusion criminelle et Romain Bouvier à 19 ans. La préméditation n’a pas été retenue.
Les peines prononcées
Loïk Le Priol, 32 ans, ancien militaire radié de l’armée et auteur des deux tirs mortels reçus dans le dos par la victime, a été reconnu coupable d’assassinat. La cour a écarté à la fois la préméditation — estimant que les images de vidéosurveillance ne permettaient pas d’établir une concertation — et l’altération du discernement. Il a également été déclaré coupable de violences sur Shaun Hegarty, l’ami du rugbyman présent ce soir-là. Un suivi socio-judiciaire de cinq ans a été prononcé.
Romain Bouvier, 35 ans, qui a ouvert le feu le premier, a été condamné à 19 ans de réclusion pour tentative d’assassinat. La cour a retenu une intention homicide. Lui aussi devra se soumettre à un suivi socio-judiciaire de cinq ans. Il a également été condamné pour détention d’armes.
Les deux coaccusés écopent de peines plus légères. Lyson Rochemir, ex-compagne de Loïk Le Priol, a été condamnée à trois ans de prison dont 30 mois avec sursis pour avoir caché le téléphone de Le Priol et jeté sa carte SIM. Antony Sorrentino a reçu trois ans avec sursis pour avoir aidé Bouvier à fuir, s’être débarrassé de son arme et avoir brûlé des vêtements.
L’accusation avait requis 27 ans contre Le Priol et 20 ans contre Bouvier. Les deux hommes encouraient la perpétuité.
Une nuit de mars 2022
Dans la nuit du 18 au 19 mars 2022, Federico Martín Aramburú, 42 ans, ancien international argentin (les Pumas) et double champion de France avec le Biarritz Olympique, se trouvait à Paris avec son ami Shaun Hegarty pour assister au match France-Angleterre du Tournoi des Six Nations. Une altercation alcoolisée éclate vers 5 heures du matin sur la terrasse de la brasserie Le Mabillon, boulevard Saint-Germain, sur fond de propos xénophobes. Quelques minutes plus tard, une dizaine de coups de feu sont tirés dans la rue. Aramburú, non armé, est abattu.
Le Priol et Bouvier, militants d’ultradroite issus de la mouvance du GUD (Groupe union défense, dissous depuis), ont toujours nié toute intention homicide. Le premier a plaidé la légitime défense ; le second a parlé de tirs « dissuasifs vers le sol ». Les vidéos de surveillance et les expertises ont largement contredit ces versions.
Trois semaines d’audience
Le procès, ouvert le 7 septembre, a duré trois semaines. La famille de la victime — son épouse María, ses parents Cecilia et Edgardo, sa sœur Rosario — a suivi les débats. Les jurés ont visionné les images de la nuit, entendu experts, policiers et proches. L’avocat général Philippe Courroye avait parlé d’un « tandem maléfique » et d’une « mort pour rien ».
Avant le délibéré, Le Priol a déclaré porter « le poids de cette culpabilité à vie ». Bouvier a dit n’avoir « jamais les mots » face à « la souffrance et à la dignité » de la famille Aramburú.
Ce verdict clôt une affaire qui avait profondément marqué le monde du rugby, en Argentine comme au Pays basque, et relancé le débat sur la violence de certains milieux d’extrême droite. Les deux condamnés principaux restent en détention.