
Le procès du député La France insoumise (LFI) Sébastien Delogu s’est ouvert ce mercredi 21 octobre 2026 devant la 12e chambre correctionnelle du tribunal de Marseille. L’élu des quartiers nord de la ville (7e circonscription des Bouches-du-Rhône) est poursuivi pour « recel de biens provenant d’un vol », « divulgation d’informations personnelles permettant d’identifier ou de localiser une personne et l’exposant à un risque direct d’atteinte à la personne et aux biens », ainsi que pour « atteinte au secret des correspondances ». Il encourt jusqu’à cinq ans de prison, 750 000 euros d’amende et une peine complémentaire d’inéligibilité. Il est présumé innocent.
Les faits : documents volés lors d’un conflit social
L’affaire trouve son origine dans un conflit social au sein de Laser Propreté, entreprise chargée du nettoyage de la gare Saint-Charles et des transports en commun marseillais. Le 19 septembre 2024, des représentants du personnel ont envahi le bureau d’Isidore Aragones, nommé une semaine plus tôt pour tenter d’apaiser la situation alors que des poubelles s’accumulaient en raison d’une grève. Un dossier contenant de nombreux mails imprimés a été dérobé.
Cinq jours plus tard, le 24 septembre 2024, Sébastien Delogu – qui n’était pas présent lors de l’intrusion – a publié certains de ces documents sur son compte Instagram (plusieurs centaines de milliers d’abonnés). Parmi les éléments diffusés figuraient notamment le projet d’un déplacement d’Isidore Aragones en Israël pour témoigner de sa « reconnaissance » à Tsahal, un devis pour des vacances au Brésil et une photo privée. Le député, fervent défenseur de la cause palestinienne, avait accompagné ces publications de commentaires critiques sur les liens de l’intéressé avec Israël.
Isidore Aragones, 79 ans, ancien président local du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) et ancien bâtonnier de Marseille, s’est constitué partie civile. Il estime que ces publications l’ont « mis en danger », en ont fait une « cible » et ont déclenché une campagne de cyberharcèlement, des appels malveillants et un sentiment de peur. L’enquête n’a pas permis d’identifier l’auteur du vol ; Delogu, poursuivi pour recel, a refusé de révéler l’origine des documents aux enquêteurs.
Un procès renvoyé et un contexte politique tendu
Initialement fixé au 9 juin 2026, le procès avait été renvoyé au 21 octobre à la demande de la défense. Delogu ne s’était pas présenté à l’audience de juin, invoquant un retard dans la convocation et plusieurs procédures parallèles dans lesquelles il se présente comme victime. Son avocat, Me Yonès Taguelmint, avait alors plaidé le manque de temps pour préparer la défense.
Ce mercredi, l’élu – qui avait obtenu 11,9 % au premier tour des municipales de Marseille en mars – n’a fait aucune déclaration à son arrivée au tribunal. Il conteste les qualifications pénales retenues contre lui et soutient avoir agi dans l’intérêt général, au titre de son rôle de parlementaire.
Antécédents et enjeux
Député depuis 2022, Sébastien Delogu (39 ans) a déjà été condamné en février 2025 pour violences aggravées lors d’un blocus lycéen dans les quartiers nord de Marseille. Il doit également comparaître en novembre pour outrage après une altercation avec des policiers en août dernier. Le Canard enchaîné a évoqué d’éventuels liens avec un syndicaliste dont les méthodes avaient été critiquées, mais l’audience se concentre sur les chefs de poursuite liés aux documents d’Isidore Aragones.
Au-delà des peines encourues, une éventuelle condamnation avec inéligibilité aurait des conséquences directes sur la carrière politique de l’élu insoumis. Le procès, prévu pour durer plusieurs heures, permettra à la défense et à la partie civile de s’exprimer contradictoirement. La décision du tribunal est attendue dans les jours ou semaines qui suivront les plaidoiries.