GUD et Jeune Garde : deux groupuscules aux antipodes idéologiques, un même recours à la confrontation de rue et des porosités distinctes avec les partis.

Le Groupe union défense (GUD) et la Jeune Garde antifasciste occupent, chacun de son côté du spectre, le terrain de l’activisme militant violent en France. L’un est un héritier néofasciste né en 1968, dissous en juin 2024 ; l’autre un collectif antifasciste créé en 2018 à Lyon, dissous en juin 2025. Ils se sont souvent affrontés dans les mêmes villes — Lyon en tête — et illustrent un mimétisme de méthodes malgré des idéologies incompatibles.

Deux histoires, deux camps

Le GUD naît en décembre 1968 à la faculté de droit d’Assas, à Paris, sous le nom d’Union Droit puis Groupe union défense. Il est fondé par d’anciens militants d’Occident, groupuscule d’extrême droite dissous quelques semaines plus tôt. D’abord présenté comme un syndicat étudiant, il se distingue rapidement par des raids violents contre les organisations de gauche dans les universités. Son idéologie évolue du nationalisme étudiant vers le nationalisme révolutionnaire, le néofascisme et, dans ses dernières incarnations, des références néonazies. Ses emblèmes historiques sont le rat noir et la croix celtique. Après des phases de sommeil, il est réactivé en 2022 et dissous par décret le 26 juin 2024. Des structures issues de ses réseaux — Bastion social, Zouaves Paris, Lyon Populaire — ont elles aussi été dissoutes.

La Jeune Garde est fondée le 1er janvier 2018 à Lyon par Raphaël Arnault et d’autres militants, en réaction à l’implantation du Bastion social (lui-même issu de la mouvance GUD) et à la présence de groupes d’extrême droite dans le Vieux-Lyon. Elle se revendique de l’antifascisme de terrain, de l’autodéfense populaire et de l’héritage des Jeunes gardes socialistes et communistes des années 1930. Son logo reprend les Trois Flèches, symbole historique de la gauche socialiste contre le nazisme. Elle se distingue des groupes antifa autonomes par une organisation plus visible (porte-parole, visages découverts), une volonté d’alliances unitaires avec partis et syndicats, et une présence dans plusieurs villes (Strasbourg, Paris, Lille, Montpellier). Elle est dissoute le 12 juin 2025 ; le Conseil d’État confirme la mesure en avril 2026.

Les similitudes

Malgré l’opposition frontale de leurs discours, plusieurs points de convergence apparaissent.

Les deux sont des groupuscules de jeunesse, de taille limitée (quelques dizaines à deux cents militants selon les périodes et les sources), qui font de l’occupation de la rue et de la confrontation physique un mode d’action central. Chacun se présente comme une « défense » contre l’autre camp : le GUD contre le « gauchisme » et le communisme ; la Jeune Garde contre le « fascisme » et les identitaires. Les historiens et observateurs notent un mimétisme : chaque camp cherche à empêcher l’autre de s’exprimer dans l’espace public, ce qui alimente un cycle d’agressions à Lyon et ailleurs.

Tous deux ont recours à des entraînements aux sports de combat, à des actions ciblées (collage, intimidation, passages à tabac revendiqués ou filmés) et à une culture de « service d’ordre » militant. Le GUD a multiplié les descentes dans les facultés dès les années 1970 ; la Jeune Garde a documenté des confrontations avec des militants de Lyon Populaire ou d’autres groupes nationalistes. Les deux ont été accusés d’agressions à caractère raciste, homophobe ou politique selon les périodes et les affaires.

Ils partagent une capacité de résilience après dissolution : le sigle GUD a survécu comme « marque » transmise à des structures successeuses ; la Jeune Garde a vu des militants se recycler dans d’autres collectifs ou maintenir une activité contestée. Les deux ont été visés par la même politique de dissolutions administratives accélérée depuis 2017.

Enfin, chacun a servi, à des degrés différents, de vivier ou de relais pour des partis plus institutionnels de son camp, tout en revendiquant une autonomie tactique.

Associations avec les partis politiques

Côté GUD : genèse du FN et « GUD connection » au RN

Le GUD n’est pas un simple satellite. Des cadres d’Occident et du GUD participent à la création d’Ordre nouveau (1969), qui contribue à fonder le Front national en 1972. Dans les années 1970, le GUD sert de relais universitaire au Parti des forces nouvelles (PFN). Dans les années 1980, il se rapproche du Mouvement nationaliste révolutionnaire puis de Troisième Voie.

La « GUD connection » désigne ensuite le réseau d’anciens gudards reconvertis dans la communication et les prestations pour le FN devenu RN : Frédéric Chatillon (ancien dirigeant du GUD dans les années 1990), Philippe Péninque, Axel Loustau, Jean-Lin Lacapelle (candidat RN aux législatives). Des sociétés liées à ces réseaux ont bénéficié de contrats du groupe RN au Parlement européen (plus de 3 millions d’euros entre 2019 et 2023 selon Mediapart). Le RN a officiellement pris ses distances, et Jordan Bardella a même évoqué une dissolution du GUD ; la porosité personnelle et financière reste documentée par des enquêtes journalistiques. Certains membres historiques du tout premier GUD (Gérard Longuet, Alain Madelin) ont ensuite rejoint la droite gouvernementale. Des sources d’extrême gauche évoquent aussi des proximités ponctuelles avec Reconquête, sans que cela constitue un lien organique comparable à celui avec le RN.

Côté Jeune Garde : alliance assumée avec LFI et le Nouveau Front populaire

La Jeune Garde a dès l’origine cherché des passerelles avec la gauche institutionnelle. Elle participe au collectif « Fermons les locaux fascistes » aux côtés du PCF, de LFI, d’Ensemble !, du NPA, d’EELV et de syndicats (CGT, FSU, UNEF). Son nom figure sur des kits de mobilisation du Nouveau Front populaire en 2024.

Le lien le plus étroit est avec La France insoumise. Raphaël Arnault, cofondateur et premier porte-parole, est élu député LFI du Vaucluse en 2024. Son collaborateur parlementaire Jacques-Élie Favrot est membre du mouvement. En 2023, Jean-Luc Mélenchon, Manuel Bompard et Sébastien Delogu assistent au camp d’été de la Jeune Garde. Mélenchon a ensuite qualifié l’organisation d’« alliée et liée » au mouvement insoumis. Des militants de la Jeune Garde ont assuré le service d’ordre de meetings LFI (dont un de Rima Hassan). Des figures d’EELV, du PCF et du NPA ont également soutenu le collectif contre sa dissolution. LFI a tenté de distancier le parti des faits de violence les plus graves, tout en maintenant le cadre « antifasciste unitaire ».

Un miroir déformant plus qu’une équivalence

Les similitudes de méthode (violence de rue, culture de groupuscule, dissolution puis reconstitution) ne doivent pas masquer les différences de trajectoire. Le GUD est un héritier direct des ligues d’après-Mai 68 et a contribué, à ses débuts, à l’émergence du FN ; sa relation au RN est surtout personnelle, financière et historique, le parti officiel pratiquant la dédiabolisation. La Jeune Garde est plus récente, plus explicitement alliée à un parti parlementaire actuel (LFI) et s’inscrit dans une stratégie d’unité de la gauche contre l’extrême droite.

Les deux cas posent la même question politique : jusqu’où un parti institutionnel peut-il s’appuyer sur, ou fermer les yeux sur, des structures qui font de la violence un outil. Les dissolutions administratives n’ont jusqu’ici ni éteint les réseaux ni interrompu le cycle des représailles. Elles ont surtout rendu visibles les continuités entre extrêmes de rue et familles politiques plus larges.

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