Natacha Polony

L’essayiste et journaliste Natacha Polony a officialisé ce mercredi 14 octobre 2026 sur France Inter sa candidature à l’élection présidentielle de 2027. À 51 ans, l’ancienne directrice de la rédaction de Marianne justifie son engagement par un constat de « chaos » et de « perte totale de rang » de la France sur les plans économique, d’indépendance et de souveraineté. « La situation m’oblige. Je ne peux pas continuer à regarder mon pays s’effondrer », a-t-elle déclaré, se présentant comme une « candidature de rassemblement » destinée aux « orphelins de la politique ».

Un parcours d’enseignante, journaliste et intellectuelle républicaine

Née le 15 avril 1975 à Paris dans une famille d’origine polonaise (ses parents, médecins, lui ont donné le prénom de l’héroïne de Guerre et Paix), Natacha Polony a grandi dans le Val-d’Oise. Agrégée de lettres modernes en 1999 (après un DEA de poésie contemporaine et des classes préparatoires à Louis-le-Grand), elle a brièvement enseigné avant de quitter l’Éducation nationale, en désaccord avec certaines orientations de l’institution. Diplômée de Sciences Po en 2002, elle a fait ses premiers pas en politique aux côtés de Jean-Pierre Chevènement : secrétaire nationale du Mouvement des citoyens (MDC) chargée des questions de société, puis candidate aux législatives de 2002 pour le Pôle républicain dans la 9e circonscription de Paris, où elle a recueilli 2,24 % des voix.

Elle entre ensuite dans le journalisme, d’abord à Marianne (rubrique éducation, 2002-2009), puis au Figaro. Elle se fait connaître du grand public comme chroniqueuse dans On n’est pas couché de Laurent Ruquier (France 2, 2011-2014), avant d’intervenir dans de nombreuses émissions (Grand Journal, LCI, BFMTV, France Inter, etc.). Directrice de la rédaction de Marianne de 2018 à début 2025, elle y a défendu une ligne souverainiste, pro-laïcité, critique des élites et antilibérale en économie. Elle dirige aujourd’hui la revue L’Audace ! et a publié plusieurs essais, dont La France corps et âme. Mariée au journaliste Périco Légasse, elle est mère de trois enfants. Souvent qualifiée de « réac de gauche » ou d’héritière d’un gaullisme social, elle se décrit elle-même comme attachée à une gauche qui n’a pas abandonné l’idée du socialisme, tout en rejetant parfois l’étiquette « souverainiste » comme un anathème du « système ».

Un mouvement lancé en septembre et 60 000 soutiens revendiqués

Polony a lancé en septembre 2026 le mouvement « Nous sommes la France », destiné à ceux qui ne se reconnaissent plus dans l’offre politique actuelle et souhaitent éviter un second tour entre le Rassemblement national et La France insoumise. Elle revendique 60 000 sympathisants (chiffre non vérifié indépendamment) et a mis en ligne un site (natachapolony2027.fr) proposant des « cahiers de doléances » pour construire le programme avec les citoyens. Elle devra, comme tous les candidats, réunir 500 parrainages d’élus pour figurer au premier tour (prévu le 18 avril 2027). Elle qualifie cette règle d’« aberrante » mais affirme avoir reçu de nombreux messages de soutien de maires.

Les grandes orientations du projet : production, souveraineté et transmission

Le programme n’est pas encore entièrement formalisé – Polony insiste sur une construction collective – mais ses déclarations et le site du mouvement en dessinent les axes principaux. Au cœur du projet figure une « politique de production » et un « état d’urgence de la production » pour sortir de la « spirale d’appauvrissement ». Elle propose de prioriser la production française dans la commande publique, de supprimer les aides aux entreprises non conditionnées à une production sur le sol français, et de reconstruire la puissance industrielle du pays. Une nation qui ne produit plus ce dont elle a besoin « n’est plus véritablement libre » pour financer l’école, l’hôpital ou le modèle social, selon elle.

Sur le plan de la souveraineté, elle défend une indépendance économique, énergétique et alimentaire, une réindustrialisation, le soutien aux agriculteurs et une Europe plus autonome face aux grandes puissances. Elle appelle à restaurer l’autorité de l’école (transmission des connaissances et de la langue pour former le jugement), à protéger les services publics, à revaloriser le travail (une augmentation des salaires de 20 à 30 % a été évoquée dans certaines déclarations) et à lutter contre la corruption. La démocratie doit redonner du pouvoir aux citoyens, y compris par le respect des résultats des référendums.

Dans sa déclaration vidéo et sur son site, Polony résume sa vision ainsi : reconstruire la puissance industrielle, garantir la souveraineté énergétique, restaurer l’autorité de l’école, soutenir les agriculteurs, protéger les services publics. Elle se positionne comme une alternative capable de « perturber le jeu politique » dans un champ déjà très encombré (plusieurs dizaines de personnalités se sont déjà déclarées ou sont pressenties).

La candidature de Natacha Polony, intellectuelle et médiatique plus que politique professionnelle, s’inscrit dans une tradition républicaine et souverainiste de gauche. Reste à voir si elle parviendra à transformer ses soutiens revendiqués en parrainages et en une dynamique électorale crédible face à des candidats plus implantés. Le site du mouvement invite d’ores et déjà les citoyens à contribuer aux cahiers de doléances pour affiner le projet.