
Le maire LFI de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), Bally Bagayoko, a indiqué dans une déclaration vidéo avoir rédigé un arrêté interdisant formellement aux commerçants du secteur de la gare de vendre de l’alcool à emporter jusqu’à 19 heures. L’information, largement diffusée ce mercredi 14 octobre 2026 sur les réseaux sociaux (notamment via un compte de veille), n’a pas encore fait l’objet de confirmation par publication officielle de l’arrêté, que le maire indique ne pas être disponible en ligne pour le moment.
Une démarche progressive
Dans la vidéo, Bally Bagayoko explique s’être rendu sur le secteur de la gare avec des membres de sa majorité pour rencontrer les commerçants concernés. Il y a signifié l’interdiction formelle de vente à emporter jusqu’à 19 h. Il décrit une mise en œuvre progressive :
- phase d’information, d’explication et de communication auprès des commerçants ;
- affichage sur les devantures ;
- contrôles par la police municipale pour vérifier l’application de l’arrêté ;
- sanctions en cas de non-respect.
Le maire insiste sur la responsabilité collective pour « avoir une vie agréable » dans la ville et espère que la compréhension des commerçants évitera le recours aux sanctions, tout en affirmant que celles-ci seront appliquées si nécessaire.
Contexte local et mesures antérieures
Cette annonce s’inscrit dans des actions déjà évoquées par la municipalité autour du pôle gare. En juillet 2026, après une réunion publique sur le parvis de la gare réunissant plus de 300 habitants, Bally Bagayoko avait indiqué qu’un arrêté régulerait prochainement la consommation d’alcool sur l’espace public du secteur, en complément d’autres mesures (encadrement des trottinettes, renforcement de la présence de la police municipale, aménagements et médiation). Le secteur est régulièrement cité pour des problèmes de nuisances, de vente à la sauvette et de désordres sur l’espace public.
Cadre juridique
L’article L. 3332-13 du Code de la santé publique autorise le maire à fixer par arrêté une plage horaire – qui ne peut débuter avant 20 heures et ne peut s’achever après 8 heures – durant laquelle la vente à emporter de boissons alcooliques est interdite sur le territoire communal (ou un périmètre délimité). Une interdiction courant jusqu’à 19 heures (donc en journée) sort de ce cadre spécifique et relèverait alors des pouvoirs de police générale du maire (articles L. 2212-1 et L. 2212-2 du CGCT). Ces pouvoirs exigent une motivation solide liée à l’ordre, la sécurité ou la tranquillité publics ; les tribunaux administratifs contrôlent régulièrement la proportionnalité de telles restrictions à la liberté du commerce. Des interdictions de vente à emporter (souvent nocturnes) existent dans de nombreuses communes françaises pour lutter contre les nuisances liées à l’alcool.
Profil du maire et réactions
Élu maire de Saint-Denis dès le premier tour en mars 2026 (environ 50,8 %), Bally Bagayoko, né en 1973 à Levallois-Perret d’une famille d’origine malienne, est cadre de la RATP, ancien adjoint communiste et figure de La France insoumise. Il est également président de Plaine Commune. Son mandat a déjà été marqué par plusieurs polémiques : interventions personnelles en faveur de frères plusieurs fois condamnés pour trafic de stupéfiants (révélées par la cellule investigation de Radio France), participation aux mobilisations lycéennes avec un signalement du préfet de police pour « provocation à commettre un délit », ou encore un arrêté anti-expulsions contesté puis suspendu par le tribunal administratif.
L’annonce a immédiatement suscité des réactions sur les réseaux sociaux. Certains y voient une mesure de tranquillité publique classique, tandis que d’autres la présentent comme une forme de restriction motivée par des considérations religieuses (le maire étant de confession musulmane), évoquant une « charia déguisée ». Ces critiques circulent principalement dans des cercles politiques opposés à LFI. Aucune réaction officielle détaillée de la mairie ou des commerçants concernés n’était disponible au moment de la rédaction de cet article.
L’arrêté, une fois publié, pourra faire l’objet d’un contrôle de légalité par la préfecture et, le cas échéant, de recours contentieux. Les commerçants du secteur de la gare et les habitants devront en préciser les contours exacts (périmètre précis, horaires, exceptions éventuelles) lorsque le texte sera rendu public.