Olivier Faure

Pour la première fois depuis la refondation du Parti socialiste en 1969-1971, le PS n’aura pas l’un de ses propres membres comme candidat à l’élection présidentielle. En octobre 2026, la primaire « Choisir 2027 », organisée conjointement avec Place publique et la Gauche républicaine et socialiste (GRS), a désigné dès le premier tour Raphaël Glucksmann, eurodéputé et président de Place publique, avec environ 66 % des voix. Olivier Faure, premier secrétaire du PS, n’a recueilli que 14,5 % environ ; Ségolène Royal, Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel sont restés loin derrière.

Ce résultat marque une rupture historique. Sous la Ve République, le PS (ou son prédécesseur immédiat, la SFIO pour les premiers scrutins) a toujours porté un candidat issu de ses rangs ou pleinement intégré : Gaston Defferre en 1969, François Mitterrand en 1974, 1981 et 1988, Lionel Jospin en 1995 et 2002, Ségolène Royal en 2007, François Hollande en 2012, Benoît Hamon en 2017 et Anne Hidalgo en 2022. Mitterrand a certes été soutenu par la SFIO dès 1965 sans en être membre, mais le Parti socialiste moderne, tel qu’il s’est constitué autour de lui à Épinay, a depuis systématiquement investi l’un des siens. La situation de 2027 est donc inédite.

Un parti en déclin structurel

Cette bascule s’inscrit dans une longue érosion. Après les succès de Mitterrand et le quinquennat de Hollande, le PS a subi une série de revers majeurs : Hamon à 6,4 % en 2017, Hidalgo à 1,75 % en 2022. Le parti a perdu son monopole de la gauche de gouvernement face à la montée de La France insoumise (LFI) et à la recomposition du paysage autour d’Emmanuel Macron. Les divisions internes — entre une aile plus ouverte au dialogue avec la gauche radicale et une sensibilité social-démocrate et pro-européenne — ont empêché l’émergence d’un leader unificateur capable de rivaliser avec les figures des années 1980-2000.

Les militants en ont tiré les conséquences. En juillet 2026, ils ont choisi à 55,5 % une primaire fermée au « pôle socialiste », incluant Place publique, plutôt qu’une primaire ouverte plus large. Ce choix a ouvert la porte à Glucksmann, qui n’est pas membre du PS.

La victoire d’une offre concurrente

Glucksmann a bénéficié de plusieurs atouts décisifs. Sa liste commune avec le PS aux européennes de 2024 avait obtenu un score honorable (environ 14 %). Il incarne une gauche pro-européenne, attachée à la justice sociale et fiscale, à l’écologie et à une rupture claire avec Jean-Luc Mélenchon et LFI — une ligne qui a séduit une large part de l’électorat de la primaire, y compris de nombreux adhérents socialistes. Les sondages le créditaient déjà de 10 à 13 % d’intentions de vote présidentielles, loin devant Faure (souvent sous les 5 %). Sa campagne a joué sur la capacité à parler à un électorat social-démocrate orphelin, y compris d’anciens électeurs de Macron déçus, tout en excluant toute alliance avec LFI.

À l’inverse, les candidats purement socialistes ont pâti de l’absence de charisme présidentiel perçu, de l’usure de la direction et des querelles internes (tensions entre Faure et des figures comme Boris Vallaud). La lourde défaite de Faure a été lue comme un désaveu de sa stratégie de rassemblement plus large à gauche. Même des figures historiques comme Royal n’ont pas réussi à renverser la dynamique.

Conséquences pour l’identité du PS

Le Parti socialiste se retrouve ainsi dans la position inédite de soutenir un candidat d’un mouvement allié plutôt que de porter les siens. Cela interroge son autonomie et son avenir : le PS conserve un réseau d’élus locaux, un groupe parlementaire et une capacité programmatique (il a adopté un projet en juin 2026), mais il renonce à l’incarnation présidentielle, cœur de son identité sous la Ve République. Glucksmann a tendu la main pour élargir le rassemblement de la gauche démocratique hors LFI, mais le succès de cette stratégie dépendra de sa capacité à convertir le plébiscite de la primaire en dynamique électorale nationale, dans un paysage dominé par Marine Le Pen et où Mélenchon reste une force majeure à gauche.

Cette situation n’est pas un accident conjoncturel. Elle résulte de la combinaison d’un déclin électoral de long terme, de divisions internes non résolues, d’un choix stratégique d’ouverture au « pôle socialiste » et de l’émergence d’une figure externe plus attractive aux yeux des militants et sympathisants. Pour le PS, 2027 sera un test : soit il accompagne et influence une candidature capable de reconstruire une offre social-démocrate compétitive, soit il confirme son passage du statut de parti présidentiel à celui de force de soutien.