
Les relations entre Ségolène Royal et Raphaël Glucksmann se sont fortement détériorées ces dernières semaines, dans le cadre de la primaire organisée par le Parti socialiste et Place publique en vue de l’élection présidentielle de 2027. Les deux candidats s’échangent des critiques personnelles et politiques, alimentant un climat tendu à quelques jours du scrutin.
Les premières attaques sur l’expérience et les parcours
Mi-septembre 2026, Ségolène Royal a ouvert les hostilités en qualifiant son concurrent de « stagiaire ». Dans un entretien à Libération et sur des plateaux, l’ancienne ministre et candidate de 2007 a déclaré : « Vous ne mettez pas un stagiaire à la tête d’une entreprise. C’est dangereux. » Elle a pointé son manque d’expérience de terrain, son absence de direction d’une collectivité ou d’une structure étatique, et une « méconnaissance du peuple », en comparant implicitement le risque à celui posé par Emmanuel Macron.
Raphaël Glucksmann a répondu du tac au tac. Sur France Info, l’eurodéputé a reconnu qu’il n’était pas en politique depuis 45 ans, avant de renvoyer Royal à son propre parcours : « Je n’ai pas quémandé des postes pendant 45 ans, auprès d’Emmanuel Macron pour être ministre ou finir ambassadrice. » Il a regretté d’être devenu « la première cible » de Royal au moment où l’extrême droite se trouve « aux portes du pouvoir ».
Royal a aussi critiqué l’ancrage à gauche de Glucksmann, rappelant sa présence à un meeting de Nicolas Sarkozy en 2007 (aux côtés de son père, André Glucksmann). Glucksmann, de son côté, a souligné les fluctuations de parcours de son adversaire.
La polémique de la « danse du ventre »
Début octobre, une nouvelle escalade a eu lieu avec la diffusion par Le Média d’une vidéo privée dans laquelle Glucksmann, aux côtés de Boris Vallaud, accuse Royal d’avoir « fait la danse du ventre à Macron » ces dernières années, tout en valorisant son propre mandat européen. Dans un autre extrait, il tient des propos crus sur Mélenchon et Le Pen (« On leur pisse dessus »).
Royal a immédiatement dénoncé un « sexisme consternant » et une « remarque immature », ainsi qu’une « contre-vérité ». Elle a affirmé avoir été révoquée de son poste d’ambassadrice pour les pôles après avoir critiqué la répression des Gilets jaunes, et n’avoir jamais « quémandé » de poste auprès de Macron.
Lors du débat du 4 octobre sur BFM TV, elle a qualifié ces propos d’« agression à caractère sexuel » ou « à connotation sexuelle », estimant qu’ils dégradaient une femme. Glucksmann a assumé le fond de ses remarques (prononcées dans un cadre privé) tout en présentant des excuses si elles avaient été perçues comme sexistes : « Je suis vraiment désolé si ces propos ont été perçus comme étant sexistes. Moi je suis opposé à toute forme de sexisme de manière radicale. » Il a ajouté que ce type de langage n’avait pas sa place dans le débat public.
Un climat de primaire tendu
Ces échanges s’inscrivent dans des divergences plus larges sur les alliances (avec LFI ou les macronistes), la stratégie face à l’extrême droite, ou des sujets internationaux comme l’Ukraine et le conflit israélo-palestinien. La commission de la primaire a d’ailleurs rappelé Royal à l’ordre pour des attaques jugées excessives, ce qu’elle a contesté en mettant en cause l’impartialité de l’instance.
Royal a aussi accusé Glucksmann d’utiliser des « antisèches » sur son téléphone lors d’un débat et de refuser des confrontations directes. De son côté, Glucksmann a présenté la candidature de Royal comme un « tour de piste » peu constructif.
Ces passes d’armes illustrent une primaire sociale-démocrate marquée par des tensions personnelles fortes entre une figure historique du PS et le fondateur de Place publique, favori dans plusieurs sondages. Les relations entre les deux candidats restent donc, à ce stade, clairement peu cordiales.