Anna Nicole Smith et Marshall

Née Vickie Lynn Hogan le 28 novembre 1967 à Houston (Texas) et élevée notamment à Mexia, Anna Nicole Smith a incarné le rêve américain dans toute son ambivalence : une ascension fulgurante de la pauvreté texane à la célébrité mondiale, suivie d’un déclin marqué par les scandales, les batailles judiciaires, les addictions et des deuils dévastateurs. Elle est morte le 8 février 2007 à 39 ans à Hollywood (Floride), d’une intoxication médicamenteuse accidentelle, quelques mois seulement après la disparition de son fils.

Des origines modestes à la consécration Playboy

Issue d’un milieu modeste, Vickie Lynn grandit sans son père (parti tôt) et abandonne le lycée. Adolescente, elle travaille dans un restaurant de poulet frit, épouse à 17 ans Billy Wayne Smith et donne naissance en janvier 1986 à son fils Daniel. Le couple se sépare rapidement. Elle déménage à Houston, enchaîne des emplois (dont caissière) puis devient danseuse dans des clubs de strip-tease.

C’est là qu’elle croise la route de J. Howard Marshall II, milliardaire du pétrole de plus de 60 ans son aîné. En 1992, elle apparaît en couverture de Playboy (numéro de mai) et est élue Playmate of the Year en 1993. Sa silhouette blonde, voluptueuse et inspirée de Marilyn Monroe (son idole) en fait rapidement le visage de campagnes Guess et d’autres marques. Elle tourne aussi dans quelques films (Naked Gun 33 1/3, etc.) et devient une personnalité médiatique, « célèbre pour être célèbre ».

Le mariage controversé et les interminables batailles d’héritage

Le 27 juin 1994, à 26 ans, elle épouse Marshall, alors âgé de 89 ans, lors d’une cérémonie à Houston. Le mariage dure environ 13 mois : Marshall meurt en août 1995. Smith affirme qu’il avait promis de pourvoir à ses besoins et engage une longue guerre judiciaire contre le fils de Marshall, E. Pierce Marshall, pour une part de la fortune estimée à environ 1,6 milliard de dollars. L’affaire, marquée par des accusations croisées, des faillites et des rebondissements, atteint à deux reprises la Cour suprême des États-Unis. Malgré des victoires partielles en cours de route, ni Smith ni, plus tard, sa fille ne récupèrent la somme espérée ; une décision fédérale de 2014 met un terme définitif aux prétentions sur l’héritage.

Ces années sont aussi celles de l’émission de télé-réalité The Anna Nicole Show (2002-2004) sur E!, qui expose ses excès, ses fluctuations de poids et son entourage. Les problèmes de dépendance aux médicaments sur ordonnance et à l’alcool s’aggravent, amplifiés par le stress et les deuils.

La naissance, la mort du fils et la chute finale

En septembre 2006, Smith accouche aux Bahamas de sa fille Dannielynn Hope. Trois jours plus tard, le 10 septembre, son fils Daniel, âgé de 20 ans et venu la voir à l’hôpital, meurt d’une overdose accidentelle (combinaison de méthadone et d’antidépresseurs). Smith, déjà fragile, est anéantie ; des témoignages évoquent un chagrin profond et un repli dans les médicaments.

Le 8 février 2007, elle est retrouvée inconsciente dans sa chambre du Seminole Hard Rock Hotel and Casino à Hollywood (Floride). Les secours ne peuvent la ranimer. L’autopsie conclut à une intoxication médicamenteuse combinée (plusieurs médicaments sur ordonnance, dont le chloral hydrate, un sédatif puissant, à des niveaux qui se sont révélés létaux ensemble). Aucune intention suicidaire n’est retenue ; il s’agit d’un accident. Elle avait 39 ans.

Des batailles posthumes s’ensuivent pour la garde du corps et le lieu d’inhumation (finalement aux Bahamas, près de son fils) ainsi que pour la paternité de Dannielynn. Des tests ADN confirment que le photographe Larry Birkhead est le père biologique ; il obtient la garde. Howard K. Stern, avocat et compagnon de l’époque, avait été initialement inscrit comme père sur l’acte de naissance bahaméen.

Un destin en miroir de celui de Marilyn

Anna Nicole Smith a souvent été comparée à Marilyn Monroe, tant pour son image glamour que pour la fin tragique liée aux médicaments. Son histoire mêle ambition, exploitation médiatique, vulnérabilité personnelle et système judiciaire kafkaïen. Elle laisse derrière elle une fille (Dannielynn Birkhead, élevée par son père et qui a parfois évoqué publiquement le souvenir de sa mère), une légende de tabloïds et le rappel cruel que la célébrité et la richesse ne protègent pas des addictions ni des pertes irréparables.

Son parcours reste un des récits les plus sombres et spectaculaires de la culture populaire américaine des années 1990-2000 : une étoile montante brûlée trop vite.