
Le député La France insoumise Thomas Portes (Seine-Saint-Denis) est convoqué ce lundi 19 octobre 2026 devant la 17e chambre du tribunal judiciaire de Paris. Il est poursuivi pour diffamation publique à la suite d’un tweet publié le 14 mai 2024 visant le collectif Nous vivrons, organisation de lutte contre l’antisémitisme fondée après les attaques du 7 octobre 2023.
Dans ce message, publié en réaction à un portrait de la porte-parole du collectif Sarah Aizenman paru dans Libération, le député écrivait : « En réalité ce “collectif” est un groupuscule violent et raciste qui se fait comme spécialité les attaques contre les voix de la paix et du droit international. Son seul objectif : soutenir les crimes de guerre israéliens et promouvoir le génocide. »
Le collectif a porté plainte avec constitution de partie civile en juin 2024. Selon l’ordonnance de renvoi rendue publique en juillet 2025 par Le Point, ces propos sont « susceptibles de renfermer des allégations ou des imputations de faits de nature à porter atteinte à l’honneur et à la considération de l’association Nous vivrons ». Sarah Aizenman a déclaré à l’époque que ces accusations « mettent une cible dans le dos » des militants du collectif. L’avocat de Nous vivrons, maître Patrick Klugman, a qualifié d’« ignominieux » le fait qu’un groupe antiraciste et non violent soit ainsi qualifié de raciste et haineux.
La réaction de Thomas Portes
Le 16 octobre 2026, le député a lui-même annoncé sa comparution sur les réseaux sociaux. Il présente cette procédure comme une tentative d’intimidation contre « les voix de la paix » et les défenseurs du droit international dans le contexte de la guerre à Gaza. « Ni les poursuites ni l’intimidation ne me feront taire. Je continuerai de défendre les droits du peuple palestinien », a-t-il écrit.
Un député régulièrement accusé d’antisémitisme sous couvert d’antisionisme
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large d’accusations récurrentes d’antisémitisme portées contre Thomas Portes par des responsables de la communauté juive et plusieurs personnalités politiques. Ces accusations sont généralement liées à ses prises de position sur le conflit israélo-palestinien, qu’il présente comme relevant exclusivement de l’antisionisme.
Parmi les polémiques les plus marquantes figure sa déclaration, en juillet 2024, lors d’une manifestation pro-palestinienne à Paris, affirmant que « les sportifs israéliens ne sont pas les bienvenus » aux Jeux olympiques. Ces propos avaient été qualifiés d’antisémites par le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin, qui avait estimé que le député « mettait une cible dans le dos des athlètes israéliens ». Le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) et d’autres organisations avaient également réagi vivement, établissant notamment un parallèle avec les Jeux de Munich de 1972. Thomas Portes avait alors réfuté toute intention antisémite, affirmant s’être toujours mobilisé contre le racisme et l’antisémitisme, et expliquant qu’il souhaitait une pression diplomatique sur le CIO concernant la participation israélienne.
D’autres sorties du député, sur les réseaux sociaux ou en meeting, ont régulièrement été dénoncées par des figures de la communauté juive et des observateurs comme relevant d’un antisémitisme dissimulé derrière un discours antisioniste radical. Portes conteste systématiquement ces qualifications, qu’il qualifie de calomnies visant à faire taire la critique de la politique israélienne.