
La France insoumise (LFI), le parti de Jean-Luc Mélenchon, a récemment renoncé à poursuivre deux actions en justice qu’elle avait initiées contre le journaliste de Radio J Frédéric Haziza et l’ancien policier et polémiste Bruno Attal. Ces désistements portent sur des propos qualifiant le mouvement d’antisémite. Ils interviennent alors que le procès intenté contre le philosophe Raphaël Enthoven, pour des accusations similaires, a laissé un très mauvais souvenir à la direction du parti.
Le 17 janvier 2025, Frédéric Haziza avait publié un tweet affirmant que « l’antisémitisme est dans l’ADN » de La France insoumise. Le parti avait alors déposé plainte. Le 13 octobre 2026, le journaliste a annoncé sur X que LFI s’était désistée de cette procédure. « @JLMelenchon, @mbompard et consorts assument donc que l’antisémitisme est dans l’ADN de LFI. Dont acte », a-t-il écrit, en partageant des documents relatifs à la procédure.
Parallèlement, Bruno Attal a fait état d’un désistement de la part de Jean-Luc Mélenchon et de LFI dans des plaintes qu’ils avaient déposées contre lui pour avoir qualifié le leader et le parti d’antisémites. Dans un message du 12 octobre 2026, Attal a publié ce qu’il présente comme un arrêté du tribunal donnant acte du désistement et constatant l’extinction de l’action. Il a commenté : « Ils assument donc leur haine des juifs. Bruno Attal 8 LFI 0. » Attal, qui a multiplié les contentieux avec des cadres et élus LFI (Ersilia Soudais, Carlos Martens Bilongo, Sébastien Delogu, etc.) sur ce sujet, avait déjà annoncé un désistement de Mélenchon le 6 novembre 2025, le jour même de la relaxe d’Enthoven. Ses résultats judiciaires ont été contrastés : condamnation en février 2025 pour un tweet assimilant LFI à l’antisémitisme (référence à Anne Frank), mais aussi des relaxes dans d’autres affaires.

Ces renonciations s’inscrivent dans la continuité du procès intenté par LFI contre Raphaël Enthoven. En 2024, le philosophe avait qualifié le mouvement de « détestable, violent, complotiste, passionnément antisémite ». LFI l’avait poursuivi pour injure publique. Le 6 novembre 2025, le tribunal correctionnel de Paris l’a relaxé, jugeant que les propos, bien qu’outrageants, s’inscrivaient dans un débat d’intérêt général. LFI n’a pas fait appel sur le volet civil. L’avocat d’Enthoven, Me Richard Malka, a souligné que le parti ne s’était même pas présenté à l’audience et a qualifié le renoncement de « plus qu’un aveu, c’est une confession ». Sa plaidoirie, qui compilait de nombreux propos et faits, a été publiée sous le titre Passion antisémite. Ce précédent a laissé un très mauvais souvenir : la défense a pu développer une argumentation factuelle sur les accusations d’antisémitisme sans que LFI ne poursuive le débat judiciaire jusqu’au bout.
En se désistant des procédures contre Haziza et Attal, LFI évite que la justice examine de plus près les éléments susceptibles d’étayer ou d’infirmer les accusations d’antisémitisme dont le parti et son leader font régulièrement l’objet. Les plaignants y voient un aveu implicite ; le mouvement, de son côté, a jusqu’ici contesté vigoureusement ces qualifications tout en multipliant les actions en justice avant d’y renoncer dans plusieurs cas. Ces désistements alimentent le débat sur l’usage de la justice comme outil politique lorsque les risques d’un examen contradictoire au fond deviennent trop élevés.