
Michèle Marchand, née le 24 mars 1947 à Vincennes et universellement connue sous le surnom de Mimi Marchand, incarne depuis plus de trois décennies la figure la plus influente — et la plus controversée — de la presse people française. Surnommée la « papesse des paparazzis » ou la « reine de la presse people », elle a bâti un empire autour de l’agence Bestimage et d’un carnet d’adresses qui s’étend des stars de la télévision aux plus hautes sphères du pouvoir. Mais cette influence s’est toujours accompagnée d’un parfum de soufre : méthodes opaques, liens politico-médiatiques ambigus et, surtout, une succession d’affaires judiciaires qui l’ont poursuivie jusqu’à aujourd’hui.
Des débuts atypiques à la conquête de la presse people
Fille unique d’un couple de coiffeurs de Vincennes, anciens résistants communistes, Michèle Marchand fugue à 16 ans, se marie et a deux enfants avant de se séparer. Elle enchaîne les métiers : équipementière automobile, garagiste aux Champs-Élysées, vie nocturne parisienne, séjour aux États-Unis dans l’import-export de voitures, puis gestion d’établissements de nuit dans les années 1990. C’est en 1996 qu’elle rejoint Voici comme pigiste. Elle y devient rapidement indispensable, fournissant une grande partie des sujets français grâce à des dossiers méticuleux sur les célébrités.
Après un départ agité (notamment suite à une interview inventée d’un garde du corps de Lady Diana), elle crée ses propres structures, dont Shadow & Co, avant de fonder en 2011 Bestimage, l’une des principales agences de photos de célébrités en France. L’agence se spécialise dans des sujets « montés » plutôt que purement volés, et fournit des contenus clé en main à Gala, Closer, Public, Paris Match ou Voici. Elle conseille aussi l’image de figures médiatiques comme Cyril Hanouna ou Stéphane Plaza. En 2024, lourdement endettée et confrontée à plusieurs procédures, elle vend Bestimage à Xavier Niel (via Nice-Matin), qui injecte des millions pour éponger les dettes.
Proximité avec les politiques et peopolisation du pouvoir
Mimi Marchand a entretenu des relations étroites avec plusieurs couples présidentiels. Proche de Nicolas Sarkozy et Carla Bruni (elle détenait même la carte de grand donateur de l’UMP), elle a ensuite accompagné l’ascension d’Emmanuel et Brigitte Macron. Présentée au couple par Xavier Niel en 2016, elle a participé à leur communication de campagne, notamment via des « fausses paparazzades » en maillot de bain sur la plage destinées à humaniser et populariser leur image. Karine Le Marchand a d’ailleurs rappelé ces connexions lors du procès pour illustrer son « pouvoir de nuisance ». François Hollande l’a même accusée d’avoir contribué à la peopolisation de la vie politique.
Une succession d’affaires judiciaires
Le parcours de Mimi Marchand est jalonné de condamnations et de mises en examen. Dès 1986, elle est condamnée pour chèques sans provision et falsifications (peine aménagée en appel). En 1998, elle écope de trois ans avec sursis pour trafic de stupéfiants (500 kg de cannabis avec un mari).
L’affaire la plus récente et la plus médiatisée concerne le chantage sur l’animatrice Karine Le Marchand. En février 2020, la fille mineure de l’animatrice est placée en garde à vue pour acquisition de cannabis. Un photographe de l’entourage de Marchand (Sébastien Valiela) prend des clichés de la jeune fille seule. Mimi Marchand contacte alors Karine Le Marchand, prétend avoir « bloqué » les photos en versant 3 000 € à un « jeune photographe inconnu » (en réalité son collaborateur de longue date), et reçoit 1 600 € de « remboursement ». Elle a reconnu à la barre avoir menti (« J’ai menti », « je suis une idiote »). Condamnée le 1er juillet 2025 à 18 mois de prison avec sursis et 25 000 € d’amende pour extorsion, elle a renoncé à son appel le 12 octobre 2026, rendant la peine définitive. À l’audience, elle a murmuré « Pardon » ; Karine Le Marchand a répondu « Salope ».
Parallèlement, elle est mise en examen depuis 2021 pour subornation de témoin et association de malfaiteurs dans l’affaire de la fausse rétractation de Ziad Takieddine (intermédiaire au cœur des soupçons de financement libyen de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007). En décembre 2025, le Parquet national financier a requis son renvoi en procès aux côtés de Sarkozy et Carla Bruni pour cette opération qualifiée par certains de « Sauver Sarko ». D’autres dossiers l’ont touchée, notamment autour de photos de Piotr Pavlenski ou de pratiques de filature controversées.
Une influence qui résiste au temps
À 79 ans, malgré la vente de Bestimage, les condamnations et les enquêtes en cours, Mimi Marchand reste une figure incontournable — et sulfureuse — du paysage médiatique français. Son système, fondé sur un réseau dense, des méthodes de pression et une maîtrise de l’image, a permis de transformer la presse people et d’influencer la communication politique. Mais les récentes décisions judiciaires, notamment la condamnation définitive pour chantage, illustrent les limites et les risques de ce pouvoir. Comme le résumait Karine Le Marchand après le désistement : un message destiné « à tous les pourris ».
Son histoire continue d’alimenter les enquêtes et les débats sur les zones grises entre médias, people et politique en France.