
En novembre 2012, à Castelnau-d’Auzan, petite commune du Gers d’environ 1 200 habitants, Michel Meynard disparaît des regards. Divorcé, sans enfants, cet homme d’environ 58 ans, originaire de Gironde et installé dans le village où il avait brièvement travaillé comme agent municipal (de juillet à décembre 2011), vivait seul, locataire « dans la campagne ». Des voisins s’inquiètent de ne plus le voir depuis plusieurs jours. Le 5 novembre, l’un d’eux alerte les secours.
Les pompiers interviennent. Une odeur de décomposition les guide jusqu’aux toilettes du domicile, où ils découvrent le corps. La mort remontait déjà à plusieurs jours. Pour écarter toute hypothèse criminelle, la dépouille est transportée à Toulouse, à la morgue de l’hôpital Rangueil (CHU). Une autopsie est pratiquée. Le médecin légiste conclut à des « causes naturelles ». La mairie établit l’acte de décès.
Quelques mois plus tard, en 2013, le parquet d’Auch autorise la restitution du corps. Il demande qu’il soit remis à la famille ou que la municipalité soit contactée pour organiser les obsèques. Aucun proche ne se manifeste. Selon la mairie de Castelnau-d’Auzan, aucune relance ne lui est jamais parvenue du service mortuaire. Les gendarmes de Condom, qui avaient effectué les démarches demandées, closent leur intervention après les résultats de l’examen médico-légal. Le corps, lui, reste à Rangueil.
Pendant près de quatorze ans — le temps des attentats de 2015, de la pandémie de Covid-19, des Jeux olympiques de Paris 2024 —, Michel Meynard demeure dans une chambre froide, oublié dans un tiroir. Personne ne le réclame. Personne ne s’en souvient.
La découverte survient début octobre 2026, lors d’une inspection des cellules réfrigérées. Elle n’est pas fortuite : la morgue de Rangueil est déjà au cœur d’un vaste scandale. Fin septembre, des fœtus et le corps d’un nouveau-né ont été retrouvés dans un conteneur de déchets médicaux. Une enquête judiciaire (pour atteinte à l’intégrité d’un cadavre et bris ou détournement de scellés) et une enquête administrative sont ouvertes. Des scellés issus d’expertises datant parfois de plus de dix ans ont été conservés ou mal gérés ; deux responsables sont suspendus.
C’est au cours de ces contrôles qu’un intervenant tombe sur la dépouille de Michel Meynard. La maire actuelle de Castelnau-d’Auzan, Virginie Busipelli-Beyries (dont le père était maire au moment du décès), raconte : « Nous avons reçu un appel le 1er octobre. J’ai cru à un gag. »
Depuis, la commune recherche la famille du défunt pour organiser enfin une cérémonie digne. « Il était connu par certains habitants », témoigne un habitant. Près de quatorze ans après sa mort, Michel Meynard attend toujours une sépulture.
Cette histoire, révélée par La Dépêche du Midi le 9 octobre 2026, illustre de manière saisissante les défaillances possibles dans la chaîne de prise en charge des défunts sans famille, au croisement des responsabilités hospitalières, judiciaires et municipales. Elle s’ajoute aux dysfonctionnements déjà mis au jour à Rangueil et rappelle qu’un corps peut, par accumulation d’oublis administratifs, traverser plus d’une décennie dans l’anonymat le plus total.
Des recherches sont en cours pour identifier d’éventuels proches et permettre à Michel Meynard de quitter enfin cette chambre froide.