Sarah Knafo IA

Depuis le 25 septembre 2026, une rumeur circule intensément sur X et d’autres plateformes : le dernier livre de Sarah Knafo, Le Casse du siècle, publié le 2 septembre chez Fayard, aurait été en grande partie généré par intelligence artificielle. L’accusation, qui s’appuie sur un test réalisé avec le détecteur Pangram, alimente les débats alors que l’ouvrage connaît un succès commercial important, avec plus de 100 000 exemplaires vendus en quelques semaines.

Origine de l’accusation

Le philosophe Vincent Cespedes a publié une vidéo le 25 septembre dans laquelle il affirme avoir soumis un extrait d’environ 850 mots du livre à Pangram, un outil américain présenté comme l’un des plus fiables du marché. Le résultat affiché : 94 % de texte généré par IA. Le post, ironiquement titré « Plus de 100.000 exemplaires vendus. vive le grand remplacement ! », a été largement repris et commenté.

Des comptes ont rapidement généralisé le propos à l’ensemble de l’ouvrage. Certains y voient une ironie, rappelant que Sarah Knafo, eurodéputée Reconquête et figure proche d’Éric Zemmour, a déjà utilisé ouvertement l’IA pour des visuels de campagne municipale à Paris début 2026. À l’époque, elle avait défendu cette pratique en déclarant que « l’IA ne ment pas plus que Word ou Powerpoint » et qu’il s’agissait d’un outil dont l’intention de l’utilisateur compte avant tout.

Contre-arguments et limites des tests

Des comptes proches de Reconquête ont contesté la pertinence du test. Ils affirment que le passage analysé par Cespedes n’apparaît pas dans Le Casse du siècle et que d’autres extraits donneraient des résultats différents. Un utilisateur a même indiqué qu’une analyse de l’ensemble du livre aboutirait à environ 86 % de texte humain. Aucune vérification indépendante portant sur l’intégralité de l’ouvrage n’a été publiée à ce jour par un média traditionnel.

Pangram, développé par une start-up new-yorkaise, est souvent cité comme le détecteur le plus précis actuellement, avec un taux de faux positifs très bas (autour de 0,0026 % en français selon ses promoteurs). Cependant, les experts rappellent que ces outils restent faillibles : ils peinent à distinguer un texte entièrement généré d’un texte humain retravaillé avec l’IA, ou d’un mélange des deux. Des tests indépendants montrent qu’ils peuvent être trompés par des réécritures soignées.

Cette polémique survient dans un contexte plus large. Quelques jours plus tôt, le roman C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien a été retiré de la première liste du prix Goncourt après des analyses Pangram suggérant une forte implication de l’IA. L’affaire a relancé le débat sur la transparence dans l’édition et sur la fiabilité des détecteurs.

Un livre déjà controversé sur le fond

Le Casse du siècle se présente comme une enquête sur les finances publiques. Sarah Knafo y décrit les prélèvements obligatoires et certaines dépenses de l’État comme un « casse » organisé au détriment des contribuables. Elle invente un personnage fictif, Nicolas, salarié au salaire médian, pour illustrer ce qu’elle estime être un préjudice d’un million d’euros sur une carrière. L’ouvrage propose également des pistes de réformes, dont une suppression de la CSG sur les revenus d’activité.

Des médias comme franceinfo ou L’Express ont déjà pointé des approximations ou des glissements entre les chiffres et les conclusions politiques. Alain Madelin, ancien ministre libéral, a salué certains constats tout en relevant des incohérences. Ces critiques de fond coexistent désormais avec celles sur la méthode d’écriture.

Sarah Knafo n’a pas répondu publiquement à cette accusation précise au moment où ces lignes sont écrites. Elle a en revanche participé le 25 et 26 septembre à des débats télévisés sur l’intelligence artificielle, notamment sur BFMTV face à des responsables politiques de différents bords. Elle continue de promouvoir son livre et un projet de version audio.

Un débat qui dépasse un seul ouvrage

Cette affaire illustre deux tendances. D’une part, l’usage croissant de l’IA générative dans la production de contenus politiques et éditoriaux, que certains assument et d’autres dénoncent. D’autre part, la rapidité avec laquelle des tests partiels réalisés par des particuliers circulent et deviennent des « preuves » sur les réseaux sociaux, avant toute vérification approfondie.

Que le livre de Sarah Knafo ait été ou non assisté par l’IA, la polémique pose une question plus large : dans un monde où les outils de génération de texte deviennent banals, comment garantir la paternité et la sincérité d’un ouvrage présenté comme une enquête personnelle et un travail de longue haleine ? Pour l’instant, les accusations restent au stade de la rumeur virale. Seule une analyse complète et contradictoire permettrait de trancher.

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