
Le 26 septembre 2019, Jacques Chirac s’éteignait à Paris à l’âge de 86 ans. Sept ans plus tard, le souvenir de celui qui fut président de la République de 1995 à 2007 reste attaché à quelques actes forts, parfois contrastés, qui ont marqué la France et sa place dans le monde.
Élu une première fois le 7 mai 1995 face à Lionel Jospin, réélu le 5 mai 2002 avec 82,2 % des voix contre Jean-Marie Le Pen, Jacques Chirac a occupé l’Élysée pendant douze ans. Dernier président à avoir accompli un septennat, il a aussi été le premier à exercer un quinquennat. Son action se déploie sur deux périodes très différentes : un premier mandat interrompu par une cohabitation, un second plus dégagé mais marqué par des revers européens.
Premier mandat (1995-2002) : mémoire, armée et institutions
Dès l’été 1995, deux décisions donnent le ton. Le 13 juin, le chef de l’État annonce la reprise des essais nucléaires dans le Pacifique. Six tirs sont réalisés à Mururoa avant que la France ne mette un terme définitif à ces essais et n’adhère au traité d’interdiction complète. La décision provoque une vive contestation internationale.
Le 16 juillet 1995, lors de la commémoration de la rafle du Vél’ d’Hiv, Jacques Chirac prononce un discours historique. Pour la première fois, un président de la République reconnaît officiellement la responsabilité de l’État français dans la déportation des Juifs sous Vichy : « Oui, la folie criminelle de l’occupant a été secondée par des Français, secondée par l’État français. » Il ajoute que « la France, ce jour-là, accomplissait l’irréparable ». Ce geste rompt avec la doctrine gaullienne selon laquelle Vichy n’était pas la France.
En février 1996, il annonce la professionnalisation des armées et la fin du service national obligatoire. La conscription, héritée de 1798, est suspendue par la loi de 1997. L’armée passe d’environ 500 000 à 350 000 hommes, avec une capacité de projection renforcée.
En 1997, la dissolution de l’Assemblée nationale, destinée à conforter la majorité de droite, se retourne contre lui. La gauche l’emporte et s’ouvre une cohabitation de cinq ans avec Lionel Jospin. C’est durant cette période qu’est adopté, par référendum le 24 septembre 2000, le quinquennat. Le « oui » l’emporte largement (73 %), mais l’abstention est massive. Jacques Chirac devient ainsi le dernier président élu pour sept ans.
Sur le plan économique, le début de mandat est marqué par le « plan Juppé » de 1995 sur les retraites et la Sécurité sociale, qui déclenche un vaste mouvement social. La France poursuit néanmoins les critères de Maastricht et entre dans l’euro.
Second mandat (2002-2007) : diplomatie, laïcité et Europe
Réélu dans un « front républicain » après l’élimination de Lionel Jospin au premier tour, Jacques Chirac dispose d’une majorité à l’Assemblée. Le moment le plus marquant de ces cinq années est l’opposition à la guerre en Irak. Le 10 mars 2003, il déclare que la France est prête à user de son droit de veto au Conseil de sécurité de l’ONU. Le discours de Dominique de Villepin à New York reste l’une des scènes diplomatiques les plus célèbres de la période. Cette position, très populaire en France, détériorera durablement les relations avec Washington.
En 2004, il fait voter la loi interdisant le port de signes religieux ostensibles à l’école publique. La mesure, présentée comme un rappel de la laïcité, vise en premier lieu le voile islamique. La même année, il inscrit dans la Constitution la Charte de l’environnement, qui consacre le droit de « vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé ».
Le 29 mai 2005, le référendum sur le traité constitutionnel européen se solde par un « non » à 54,9 %. C’est un échec personnel pour le président, qui s’était fortement engagé. Jean-Pierre Raffarin est remplacé par Dominique de Villepin. Le second mandat est aussi celui de réformes sociales (retraites 2003), de l’acte II de la décentralisation et de « grands chantiers » : lutte contre le cancer, sécurité routière et handicap.
Enfin, le 20 juin 2006, Jacques Chirac inaugure le musée du quai Branly, consacré aux arts d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques. Passionné de cultures extra-européennes, il en fait l’un des grands projets de sa présidence. L’établissement porte aujourd’hui son nom.
Un héritage contrasté
Douze années à l’Élysée, quatorze révisions constitutionnelles, la fin de la conscription, la reconnaissance de Vichy, le refus de la guerre d’Irak et l’échec européen de 2005 : le bilan de Jacques Chirac mêle actes de mémoire, affirmations diplomatiques et réformes institutionnelles. Populaires sur certains sujets, contestées sur d’autres, ces décisions continuent de structurer le débat public français. Sept ans après sa disparition, elles restent le cœur de son héritage présidentiel.