Dans l’interview d’Alix Bouilhaguet avec Manuel Bompard, est-il vrai que la journaliste a utilisé des Fake News ?

Oui, selon les accusations portées par La France insoumise (LFI) et plusieurs observateurs, la journaliste Alix Bouilhaguet a relayé des affirmations factuellement inexactes lors de l’interview de Manuel Bompard diffusée le 9 novembre 2025 dans l’émission Questions politiques sur France Inter, France Info et Le Monde. Ces allégations ont conduit LFI à saisir l’Arcom (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique), le Syndicat national des journalistes, la Société des rédacteurs (SDJ) de France Télévisions et de France Inter, ainsi que la médiatrice de Radio France, pour « diffusion de fausses informations » et violation de la déontologie journalistique.

Contexte de l’interview

L’échange controversé porte sur le soutien de LFI au candidat Zohran Mamdani, élu maire de New York et connu pour son engagement pro-palestinien. Alix Bouilhaguet interroge Manuel Bompard sur ce choix, en posant une question qui, selon les critiques, repose sur trois affirmations erronées :

  • Sur le slogan « globaliser l’intifada » : La journaliste affirme que Mamdani « a repris en son temps un slogan, le slogan mondialiser l’intifada, en clair faire la guerre aux juifs partout dans le monde ». Or, interrogé par les médias américains, Mamdani a explicitement déclaré : « Ce n’est pas le langage que j’utilise » et qu’il n’entendait pas jouer les « policiers des mots ». Bompard a corrigé cela en direct, accusant la journaliste de désinformation.
  • Sur la condamnation des attaques du 7 octobre 2023 : Bouilhaguet suggère que Mamdani « bote en touche » et ne condamne pas les événements du 7 octobre, en se focalisant sur « l’occupation d’Israël ». En réalité, dans une interview à CBS News, Mamdani a qualifié les attaques du Hamas de « crime de guerre horrible » et condamné explicitement le Hamas, tout en dénonçant le « génocide » à Gaza au nom de l’universalité du droit international.
  • Sur le financement de l’UNRWA : La journaliste évoque des levées de fonds pour l’UNRWA (agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens) en la qualifiant d’entité « accusée de collusion avec le Hamas ». Bompard réplique que l’UNRWA est une agence onusienne légitime, blanchie par une enquête internationale indépendante. La Cour internationale de justice (CIJ) a en effet confirmé en juillet 2024 qu’Israël n’apportait aucune preuve de collusion et rappelé son devoir, en tant que puissance occupante, de faciliter l’aide humanitaire.

Bompard a réagi en direct : « Il y a trois fausses informations dans ce que vous venez de dire. […] Vous êtes ici pour informer les gens et pas les désinformer. » LFI qualifie ces « erreurs répétées » de « grave contrevention aux règles de déontologie » du service public audiovisuel.

Réactions et perspectives:

  • Du côté de LFI et des soutiens : Le parti dénonce une « dérive médiatique persistante » qui amalgame soutien à la Palestine et « islamisme », qualifiée de « trumpisation du journalisme français ». Des députés LFI comme Antoine Léaument et des comptes pro-palestiniens sur X (ex-Twitter) parlent explicitement de « fake news » et appellent à des excuses de France Inter. @ALeaument Une vidéo YouTube intitulée Mensonge d’État et fake news en direct (publiée le 10 novembre) analyse ces séquences et cumule des milliers de vues.
  • Du côté des médias et de la neutralité : Pour l’instant, ni Alix Bouilhaguet, ni la SDJ de France Télévisions, ni France Inter n’ont réagi publiquement à la saisine. Certains commentateurs, comme dans Oumma, soulignent que ces affirmations s’inscrivent dans une campagne plus large de décrédibilisation des acteurs pro-palestiniens, alimentée par des sources israéliennes non vérifiées. D’autres, dans des cercles plus modérés, pourraient voir cela comme une question journalistique légitime sur des positions controversées, sans nécessairement qualifier d' »erreur » les formulations.

Vérification des faits

Les trois points soulevés par Bouilhaguet sont effectivement contredits par des déclarations publiques de Mamdani et des rapports internationaux (CBS News pour les interviews, résolution de la CIJ pour l’UNRWA). Cela suggère une utilisation d’informations partielles ou obsolètes, potentiellement issues de narratifs pro-israéliens relayés par certains médias. Cependant, sans réaction officielle des médias impliqués, il reste à voir si cela sera qualifié formellement de « fake news » par les instances régulatrices. Cette polémique illustre les tensions actuelles autour de la couverture médiatique du conflit israélo-palestinien en France, où les accusations de biais croisent souvent les lignes partisanes.

Partagez...