
Ce 4 novembre 2026 marque le 31ᵉ anniversaire de l’assassinat de Yitzhak Rabin, Premier ministre d’Israël, tué le 4 novembre 1995 à Tel-Aviv par un extrémiste juif opposé aux accords d’Oslo. Figure majeure de l’histoire israélienne, militaire puis homme d’État, Rabin incarnait à la fois la génération des fondateurs de l’État et le tournant diplomatique des années 1990.
Né le 1ᵉʳ mars 1922 à Jérusalem sous le mandat britannique, dans une famille sioniste travailliste (son père, Nehemiah, et sa mère, Rosa Cohen, étaient des immigrants d’Europe de l’Est engagés dans le mouvement ouvrier et la Haganah), Rabin grandit à Tel-Aviv. Il suit une formation agricole avant de rejoindre le Palmach, la force d’élite de la Haganah, en 1941. Pendant la guerre d’indépendance de 1948, il commande des opérations autour de Jérusalem et dans le Néguev. Après la création de l’État, il fait carrière dans Tsahal, devenant chef d’état-major en 1964. À ce poste, il dirige les forces israéliennes lors de la guerre des Six Jours en 1967, qui aboutit à la prise de Jérusalem-Est, de la Cisjordanie, de Gaza, du Sinaï et du Golan.

Après la guerre, Rabin est nommé ambassadeur aux États-Unis (1968-1973), période où les liens stratégiques israélo-américains se renforcent. De retour en Israël, il entre en politique au sein du Parti travailliste. À la suite de la démission de Golda Meir après la guerre du Kippour, il devient Premier ministre en juin 1974, le premier né en Israël (sabra) et le plus jeune à l’époque. Son premier mandat (1974-1977) est marqué par des accords intermédiaires avec l’Égypte et l’opération Entebbe (1976). Il démissionne en 1977 à la suite d’un scandale financier impliquant son épouse Leah.
Élu à nouveau en 1992, Rabin lance une politique audacieuse de négociations avec les Palestiniens. En septembre 1993, il signe avec Yasser Arafat la Déclaration de principes d’Oslo à la Maison-Blanche, en présence de Bill Clinton : reconnaissance mutuelle entre Israël et l’OLP, et mise en place d’une autonomie palestinienne progressive. En 1994, il conclut également un traité de paix avec la Jordanie. La même année, Rabin, Shimon Peres et Arafat reçoivent le prix Nobel de la paix. Ces avancées suscitent un espoir considérable, mais aussi une opposition farouche en Israël, notamment parmi les milieux nationalistes et religieux opposés à toute concession territoriale.

Le 4 novembre 1995, après un grand rassemblement pour la paix (« Oui à la paix, non à la violence ») sur la place des Rois d’Israël à Tel-Aviv (aujourd’hui place Rabin), devant plus de 100 000 personnes, Rabin est abattu de deux balles dans le dos par Yigal Amir, un étudiant en droit extrémiste de 25 ans. Ses derniers mots concernent une douleur au dos. Il décède dans la nuit à l’hôpital Ichilov. Amir, qui avait planifié plusieurs attentats auparavant, est condamné à la perpétuité. L’assassinat, le premier d’un Premier ministre israélien, plonge le pays dans le choc et freine durablement le processus de paix. La place du rassemblement est renommée en son honneur, et un mémorial y a été érigé.

Trente et un ans plus tard, le souvenir de Rabin reste vif et clivant. Des cérémonies ont lieu au mont Herzl et ailleurs ; le président Isaac Herzog a récemment condamné toute tolérance envers la violence politique et rappelé que « les mots tuent ». L’héritage d’Oslo est débattu : pour certains, Rabin a ouvert une voie historique vers la reconnaissance mutuelle ; pour d’autres, les accords ont conduit à davantage d’instabilité. Il reste néanmoins le symbole d’un militaire devenu artisan de la paix, assassiné par l’un des siens pour avoir tenté de sortir du cycle de la guerre.
Yitzhak Rabin est enterré au mont Herzl à Jérusalem. Sa mémoire est honorée chaque année, rappelant à la fois les sacrifices de la sécurité israélienne et les risques de la division interne.