
Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes (ex-EELV), a accueilli avec réserve, voire hostilité, la large victoire de Raphaël Glucksmann à la primaire sociale-démocrate du 11 octobre 2026. Ce scrutin, organisé par le Parti socialiste et Place publique, a désigné Glucksmann dès le premier tour avec environ 66 % des voix (près de 80 000 suffrages sur environ 120 000 votants), loin devant Olivier Faure (environ 14 %).
Pour Tondelier, cette issue consacre une ligne qu’elle combat depuis des mois : celle d’un arc social-démocrate fermé, opposé à une primaire large de la gauche et à toute perspective d’alliance avec La France insoumise (LFI).
Un refus de primaire ouverte critiqué comme « choix du repli »
Tondelier plaide depuis longtemps pour une primaire populaire et ouverte rassemblant l’ensemble de la gauche (hors ou avec LFI selon les configurations), afin d’éviter la dispersion face à l’extrême droite. Elle a multiplié les réunions avec les socialistes et dénoncé le « choix tragique » de limiter le processus. Sur France 2 en septembre 2026, elle affirmait avoir « perdu beaucoup de temps » avec le PS, précisément parce que Glucksmann refusait une primaire élargie au-delà des sociaux-démocrates.
Le soir de la victoire, elle a réagi sur X en prenant acte que les votants avaient choisi « le candidat qui avait refusé une primaire populaire et ouverte ». Elle a ajouté que c’était « celui qui fait le choix du repli en refusant toute perspective d’alliance large de toute la gauche et des écologistes ». Pour elle, « le chemin de la victoire passe par le refus du clanisme et du concept des gauches irréconciliables ».
Glucksmann, de son côté, incarne explicitement la rupture avec « l’hégémonie de Jean-Luc Mélenchon sur la gauche ». Il refuse toute alliance nationale avec LFI, qu’il critique notamment sur l’Europe, la démocratie et d’autres sujets de valeurs. Cette position a été au cœur de sa campagne interne et explique en grande partie son plébiscite face à Faure, plus ouvert au rassemblement.
Les liens historiques et pratiques des Écologistes avec LFI
Les réserves de Tondelier s’inscrivent dans les liens qui unissent son parti à LFI. Les Écologistes ont participé au Nouveau Front populaire (NFP) lors des législatives anticipées de 2024, aux côtés de LFI, du PS et du PCF. Cette coalition a permis de présenter des candidatures uniques dans les circonscriptions et a abouti à un groupe parlementaire significatif, même si les négociations de circonscriptions avaient été tendues.
Sur le terrain, notamment aux municipales, des fusions ou alliances locales avec des candidats LFI ont été justifiées par Tondelier comme « assez normales » pour la gauche : « On est de gauche et on travaille avec des gens de gauche. » Elle a rappelé la logique des seconds tours (éliminer plutôt que choisir) et défendu ces accords pour faire avancer des projets écologistes face à la droite.
Ces liens ne sont pas sans frictions internes : le parti est déchiré entre une candidature autonome de Tondelier, un rapprochement avec Mélenchon/LFI et une éventuelle alliance avec Glucksmann. Certains courants écologistes sont plus proches de la gauche radicale, d’autres plus attachés à une autonomie ou à une ligne pro-européenne classique.
Un clash de fond sur la stratégie
Les divergences ne datent pas de la primaire. En juillet 2026, Tondelier avait vivement critiqué le refus catégorique de Glucksmann d’alliances avec LFI aux municipales, le qualifiant de « sacrément privilégié » pour préférer perdre une ville sur des « valeurs » plutôt que faire l’union de la gauche. Elle avait même évoqué la situation personnelle de l’un de ses fils, déclenchant une réponse cinglante de Glucksmann lui demandant de laisser ses enfants en dehors du débat.
Pour Tondelier, refuser systématiquement LFI risque de conduire la gauche à l’échec électoral et de laisser le champ libre à l’extrême droite. Pour Glucksmann et une partie de la social-démocratie, une alliance avec LFI diluerait les valeurs (Europe, République, etc.) et nuirait à la crédibilité de gouvernement. La victoire de Glucksmann à une primaire restreinte renforce, aux yeux de la secrétaire nationale des Écologistes, ce clivage qu’elle juge contre-productif.
En résumé, Tondelier ne voit pas d’un bon œil cette élection parce qu’elle acte la primauté d’une gauche sociale-démocrate qui se définit largement contre LFI, alors que son propre parti reste lié à l’expérience du Nouveau Front populaire et à des pratiques d’union locale. Cette situation illustre les tensions persistantes à gauche pour 2027, où l’unité reste un objectif affiché par les uns et un risque stratégique par les autres.