
Le premier roman de Thélyson Orélien, C’était ça ou mourir (Grasset), continue de s’imposer en librairie alors que l’auteur est au cœur d’une vive controverse. Accusé d’avoir recouru à l’intelligence artificielle et visé par des révélations de plagiat sur d’anciens textes, l’écrivain canado-haïtien a été écarté de la sélection du prix Goncourt. Les ventes, elles, n’ont pas chuté.
Sorti le 19 août en France après un succès déjà spectaculaire au Québec chez Boréal, le récit de l’exil de Jonas Dorléon, professeur haïtien fuyant la violence des gangs, s’était rapidement hissé parmi les meilleures ventes de la rentrée. Mi-septembre, Le Parisien le situait déjà au troisième rang des romans les plus vendus, avec plus de 22 000 exemplaires. Le classement Datalib, qui agrège les ventes de centaines de librairies indépendantes, le plaçait même en tête la semaine du 4 au 10 septembre.
Les chiffres ont ensuite continué de progresser. Vers le 21 septembre, au moment où l’ouvrage recevait le prix du roman Fnac, on parlait d’environ 35 000 exemplaires. Le 25 septembre, alors que l’Académie Goncourt le retirait de sa liste, les estimations approchaient les 50 000 copies. Dans la catégorie romans, il restait en tête ou dans le peloton de tête selon les sources.
Les classements généraux (GfK/Livres Hebdo) pour la semaine du 14 au 20 septembre le situaient troisième toutes catégories, derrière l’essai de Sarah Knafo Le Casse du siècle et le roman d’Agnès Martin-Lugand, mais deuxième en littérature. Datalib et plusieurs libraires indépendants continuent de le voir occuper la première place ou une position très élevée.
Loin d’un effondrement, la polémique a plutôt alimenté la curiosité. Des libraires rapportent que les ventes se maintiennent, voire progressent légèrement : les lecteurs veulent se forger leur propre avis. Certains points de vente le gardent parmi leurs coups de cœur, invoquant la présomption d’innocence et la qualité du texte.
L’auteur nie formellement avoir utilisé l’IA. Grasset a dénoncé une campagne de désinformation. Les outils de détection donnent des résultats contradictoires. Les accusations de plagiat portent sur des chroniques et textes des années 2010, distincts du roman actuel.
À ce stade, le phénomène commercial résiste. Le livre reste l’un des plus visibles de la rentrée 2026, porté à la fois par le bouche-à-oreille initial, les sélections de prix (Renaudot, Femina, Médicis notamment) et désormais par le débat public. L’effet à plus long terme — soutien des libraires, autres distinctions, traductions — reste à observer. Pour l’instant, les lecteurs continuent d’acheter.