Lula

Luiz Inácio Lula da Silva, né le 27 octobre 1945 à Garanhuns (Pernambuco), est l’une des figures politiques les plus emblématiques et controversées du Brésil contemporain. Premier ouvrier élu à la présidence de la République, fondateur du Parti des travailleurs (PT), il a occupé le Palais du Planalto de 2003 à 2011, puis à nouveau à partir de 2023. Sa trajectoire, de l’usine métallurgique aux sommets de l’État, en passant par la prison, incarne à la fois les promesses de redistribution sociale et les zones d’ombre de la corruption politique brésilienne.

Origines et ascension syndicale

Issu d’une famille pauvre de paysans du Nordeste, Lula (surnom qu’il adopte dès l’enfance) émigre jeune avec sa mère et ses frères vers São Paulo. Il abandonne l’école après le primaire, apprend à lire tardivement et devient tourneur-fraiseur dans l’industrie automobile de la région de l’ABC paulista. En 1968, il rejoint le syndicat des métallurgistes de São Bernardo do Campo et Diadema. Élu président du syndicat en 1975, il devient une figure centrale du « nouveau syndicalisme » face à la dictature militaire (1964-1985).

Il organise les grandes grèves de 1978-1980, qui mobilisent des centaines de milliers d’ouvriers et défient le régime. Arrêté en 1980 pour atteinte à la sécurité nationale, il est rapidement libéré. Ces luttes lui confèrent une notoriété nationale et le positionnent comme porte-voix des classes populaires.

Fondation du PT et premières campagnes

Le 10 février 1980, Lula cofonde le Parti des travailleurs (PT) avec des syndicalistes, intellectuels et militants sociaux. Il en sera président national (1980-1988 et 1990-1994). Élu député fédéral en 1986 (le plus voté du pays), il participe à l’Assemblée constituante qui rédige la Constitution de 1988.

Il se présente trois fois sans succès à la présidence : en 1989 (défaite au second tour face à Fernando Collor de Mello), en 1994 et 1998 (battu par Fernando Henrique Cardoso). Ces échecs l’amènent à modérer son discours radical et à élargir ses alliances, notamment avec le monde de l’entreprise.

Les deux premiers mandats (2003-2011)

Élu en 2002 face à José Serra (PSDB) avec environ 53 millions de voix, puis réélu en 2006 face à Geraldo Alckmin, Lula devient le premier ouvrier à diriger le Brésil. Son gouvernement combine stabilité macroéconomique (continuité avec les politiques de son prédécesseur) et expansion massive des politiques sociales.

Le programme phare est le Bolsa Família (créé en 2003-2004), qui unifie et amplifie des aides conditionnelles existantes (Bolsa Escola, etc.). Il vise les familles pauvres, conditionné à la scolarisation des enfants et au suivi sanitaire. Il est crédité d’avoir contribué à réduire fortement la pauvreté extrême et à sortir le Brésil de la « carte de la faim » de la FAO (avec le Fome Zero). D’autres initiatives incluent le ProUni (bourses universitaires), Minha Casa Minha Vida (logement social) ou Farmácia Popular.

La croissance économique, portée par le boom des matières premières, permet une hausse réelle du salaire minimum et une amélioration du pouvoir d’achat des plus pauvres. Sur le plan international, Lula promeut le multilatéralisme (BRICS, G20) et une diplomatie Sud-Sud. Cependant, le scandale du mensalão (2005) – un système de versements occultes pour acheter le soutien parlementaire – entache le mandat. Lula se déclare « trahi » par des proches, mais n’est pas poursuivi personnellement à l’époque.

Scandales, prison et annulation des condamnations

Après son départ, l’opération Lava Jato (à partir de 2014), enquêtant sur la corruption à Petrobras, cible Lula. Il est accusé de corruption passive et de blanchiment pour avoir reçu des avantages (appartement triplex à Guarujá, rénovations d’un site à Atibaia) d’entreprises comme OAS, en lien avec des contrats publics. Condamné en première instance par le juge Sérgio Moro (2017), puis en appel, il est incarcéré en avril 2018 pour 580 jours.

En 2021, le Tribunal suprême fédéral (STF) annule ces condamnations pour incompétence de la juridiction de Curitiba et partialité du juge Moro. Les décisions portent sur des vices de procédure, non sur le fond des accusations. Les procès sont prescrits ou classés sans jugement de fond complet dans les juridictions compétentes. Lula récupère ses droits politiques et se déclare innocent ; ses critiques soulignent que l’annulation n’équivaut pas à une preuve d’innocence sur le fond.

Retour au pouvoir (2022) et troisième mandat

Empêché de se présenter en 2018, Lula revient en 2022 et bat le président sortant Jair Bolsonaro au second tour (50,9 % des voix). Il prend ses fonctions le 1er janvier 2023 avec Geraldo Alckmin comme vice-président. Son troisième mandat se caractérise par la relance de programmes sociaux, une réforme fiscale, des efforts de reconstruction institutionnelle et une politique environnementale plus ambitieuse (lutte contre la déforestation). Il recrée des ministères (Culture, Égalité raciale, Peuples indigènes).

Le gouvernement fait face à des défis économiques (coût de la vie, inflation), de sécurité et de polarisation politique. Lula a également connu des problèmes de santé (chute avec hémorragie cérébrale en 2024, entre autres).

Réélection pour un quatrième mandat

En octobre 2026, à 80-81 ans, Lula se présente à la réélection pour un quatrième mandat non consécutif, face à Flávio Bolsonaro (fils de l’ancien président). Au premier tour (4 octobre), Flávio arrive en tête (environ 47 %), Lula second (environ 45 %). Il est réélu sur le fil au second tour.

La carrière de Lula illustre la capacité du Brésil à produire des leaders issus des classes populaires, tout en révélant les tensions persistantes entre redistribution sociale, croissance économique et lutte contre la corruption. Ses partisans y voient un champion des pauvres et de la démocratie ; ses détracteurs, un symbole de l’impunité et du clientélisme.