
Dolly Rebecca Parton, née le 19 janvier 1946 dans une cabane des montagnes Smoky au Tennessee et décédée le 25 août 2026 à Nashville à l’âge de 80 ans des suites d’un cancer, fut bien plus qu’une chanteuse country. Pendant plus de six décennies, elle incarna un rêve américain rare : celui d’une fille pauvre d’Appalaches devenue icône nationale, capable de rassembler des publics que tout opposait.

Issue d’une famille de douze enfants, élevée dans une pauvreté réelle qu’elle n’a jamais dissimulée, Parton a transformé ses origines en matière première artistique. Sa chanson Coat of Many Colors raconte le manteau cousu par sa mère à partir de restes de tissu, objet de moqueries à l’école mais symbole de dignité. Contrairement à d’autres artistes country qui cultivaient le pathos, elle refusait de se poser en victime. « On n’est pauvre que si on choisit de l’être », affirmait-elle. Cette attitude, alliée à un talent de compositrice exceptionnel – elle a écrit plus de 3 000 chansons –, a donné naissance à des classiques comme Jolene et I Will Always Love You, deux titres composés le même jour.
Du Tennessee à Hollywood : une carrière sans frontières
Repérée par Porter Wagoner, elle devient sa partenaire à la télévision dès 1967. Leur duo fait d’elle une star country. Mais Parton refuse de rester dans le ghetto de Nashville. En 1977, Here You Come Again marque son premier succès pop. En 1980, la chanson 9 to 5, thème du film homonyme qu’elle interprète aux côtés de Jane Fonda et Lily Tomlin, atteint la première place du Billboard Hot 100. Le film, satire du sexisme au travail, devient un phénomène culturel.

Elle enchaîne avec Steel Magnoliaset d’autres films, tout en restant fidèle à ses racines. Plus de 100 millions d’albums vendus, 25 numéros un country (record partagé pour une femme), 10 Grammy Awards compétitifs plus un prix pour l’ensemble de sa carrière, intronisations au Country Music Hall of Fame, au Songwriters Hall of Fame et, en 2022, au Rock & Roll Hall of Fame : les chiffres parlent. En 2023, à 77 ans, son album Rockstar réalise le meilleur démarrage de sa carrière.
Une personnalité impossible à classer
Le secret de sa popularité réside autant dans son image que dans sa musique. Cheveux blonds volumineux, maquillage appuyé, silhouette généreuse qu’elle assume sans complexe : « Mes seins sont faux, mes cheveux sont faux, mais ma voix et mon cœur sont vrais. » Elle cultivait le kitsch avec humour et auto-dérision, désamorçant les critiques avant qu’elles n’arrivent. Cette « armure » de paillettes cachait une femme d’affaires redoutable qui a toujours conservé les droits de ses chansons.

Dans une Amérique de plus en plus polarisée, Dolly Parton fut l’une des rares figures à échapper aux étiquettes. Républicains et démocrates, évangéliques et communauté LGBTQ+, baby-boomers et Gen Z : tous la revendiquaient. Elle refusait ostensiblement de parler politique. « J’ai autant de fans républicains que démocrates, je ne veux en fâcher aucun », expliquait-elle. Son taux d’approbation restait exceptionnellement élevé, bien supérieur à celui de la plupart des personnalités publiques. Un podcast entier, Dolly Parton’s America, lui a été consacré pour comprendre ce phénomène unificateur.
Une générosité à l’échelle d’un pays
En 1986, elle rachète un parc d’attractions près de chez elle et le transforme en Dollywood, aujourd’hui l’un des plus grands employeurs de la région. Mais c’est surtout sa philanthropie qui a achevé de la rendre intouchable. En 1995, inspirée par son père analphabète, elle lance l’Imagination Library : un livre envoyé chaque mois, gratuitement, à chaque enfant inscrit, de la naissance à 5 ans. Plus de 300 millions d’ouvrages ont ainsi été distribués dans plusieurs pays. Elle a également financé la recherche sur le vaccin Moderna contre le Covid-19 à hauteur d’un million de dollars et aidé des milliers de familles après les incendies de 2016 dans le Tennessee.

Dolly Parton n’était pas seulement populaire. Elle incarnait une version généreuse, drôle et indestructible de l’Amérique. Une femme qui a réussi sans jamais renier d’où elle venait, qui a diverti sans jamais se prendre trop au sérieux, et qui a donné sans jamais chercher à moraliser. Dans un pays souvent déchiré, elle a été, pendant plus de soixante ans, l’une des rares choses sur lesquelles presque tout le monde pouvait s’accorder. Son héritage – musical, entrepreneurial et humain – continuera longtemps après elle.