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Ce dimanche 25 octobre 2026, près de 160 millions d’électeurs brésiliens sont appelés aux urnes pour le second tour de l’élection présidentielle. Le scrutin oppose l’actuel président de centre-gauche, Luiz Inácio Lula da Silva (PT), 80 ans, au sénateur de droite Flávio Bolsonaro (PL), 45 ans, fils aîné de l’ancien président Jair Bolsonaro. Aucun des deux n’a obtenu la majorité absolue au premier tour, le 4 octobre. Le vainqueur prendra ses fonctions pour un mandat de quatre ans à partir du 1er janvier 2027.

Un premier tour serré et une avance de Flávio Bolsonaro

Le 4 octobre, Flávio Bolsonaro a recueilli 47,03 % des voix valides (environ 56,1 millions de suffrages), devant Lula à 45,16 % (environ 53,9 millions). Les autres candidats, principalement de droite ou de centre-droit (Augusto Cury, Renan Santos, Ronaldo Caiado, Romeu Zema…), ont obtenu des scores marginaux. Le taux de participation a atteint environ 79 %.

Flávio Bolsonaro, avocat de formation, a été élu député d’État de Rio de Janeiro à 21 ans en 2002 et a siégé quatre mandats avant d’entrer au Sénat en 2019. Il incarne la continuité du « bolsonarisme », mouvement conservateur, sécuritaire et anti-PT porté par son père, condamné à 27 ans de prison (actuellement en résidence surveillée selon plusieurs sources) pour avoir tenté de rester au pouvoir après sa défaite de 2022. Lula, figure historique de la gauche brésilienne, a déjà exercé la présidence de 2003 à 2011 et depuis 2023. Il cherche un quatrième mandat non consécutif et a annoncé que ce serait son dernier.

Une course à l’issue incertaine

Les sondages de la dernière semaine décrivent une course d’une incertitude rare. Le Datafolha du 22 octobre montrait un égalité parfaite à 50-50 sur les voix valides, et un léger avantage de Flávio (47 % contre 46 %) sur les intentions totales (incluant blancs et nuls). D’autres instituts (PoderData, AtlasIntel, RealTime Big Data) donnent généralement un léger avantage à Flávio, souvent dans la marge d’erreur. Le débat final sur TV Globo le 23 octobre, la mobilisation sur les réseaux et d’éventuelles décisions de dernière minute du Tribunal supérieur électoral (TSE) peuvent encore faire basculer le scrutin.

Lula a légèrement amélioré ses indicateurs d’approbation : selon le même Datafolha, 49 % approuvent son gouvernement contre 48 % qui le désapprouvent (un léger mieux par rapport aux semaines précédentes, bien que l’évaluation « bonne/excellente » reste inférieure à « mauvaise/très mauvaise »). Le chômage a baissé et la pauvreté extrême a reculé sous son troisième mandat, mais l’inflation, l’endettement des ménages et le coût de la vie restent des préoccupations majeures.

Les enjeux qui structurent le vote

La sécurité publique domine les priorités des électeurs. Les organisations criminelles (PCC, Comando Vermelho, milices) ont étendu leur influence territoriale et politique, même si les taux d’homicides ont baissé. Flávio propose de classer ces groupes comme « narcoterroristes », de construire des prisons de haute sécurité inspirées du modèle salvadorien, de réduire l’âge de la responsabilité pénale à 16 ans (et plus bas pour certains crimes graves), de créer des centaines de milliers de places de prison et de renforcer les frontières. Lula mise plutôt sur le renforcement du système unifié de sécurité publique et la coordination entre États.

Sur l’économie, Flávio promet un « tesouraço » (coupes budgétaires), la suppression d’au moins dix ministères, une révision de la réforme fiscale, un objectif de croissance de 4 % par an et une stabilisation puis réduction de la dette publique. Lula défend la poursuite de politiques sociales, le maintien du cadre fiscal actuel et des mesures ciblées sur le pouvoir d’achat. Les deux candidats devront de toute façon gérer un Congrès où la droite a progressé.

Au plan institutionnel, Flávio propose des réformes du Supremo Tribunal Federal (STF) et une amnistie ou grâce pour son père et les personnes condamnées pour les événements du 8 janvier 2023. Lula met en avant la défense de la souveraineté face à ce qu’il présente comme des interférences étrangères (notamment américaines sous l’administration Trump) et la protection des institutions démocratiques.

Un Congrès déjà penché à droite

Le premier tour a également renouvelé le Congrès. Le Parti libéral de Flávio Bolsonaro est devenu la première force à la Chambre des députés (121 sièges sur 513) et a fortement progressé au Sénat. La fédération emmenée par le PT de Lula reste importante mais minoritaire. Quel que soit le vainqueur dimanche, il devra composer avec un Congrès fragmenté et majoritairement orienté à droite, ce qui limitera les marges de manœuvre législatives.

Des seconds tours pour les gouvernorats ont également lieu ce dimanche dans plusieurs États (notamment Espírito Santo, Rio Grande do Norte, Distrito Federal, Acre, Amazonas et Tocantins).

Enjeux nationaux et régionaux

Le Brésil, première économie et plus grande démocratie d’Amérique latine, se trouve à un carrefour. Une victoire de Flávio Bolsonaro s’inscrirait dans un mouvement droitier observable ailleurs dans la région et rapprocherait probablement Brasilia de Washington sur certains dossiers sécuritaires et géopolitiques, tout en maintenant une relation pragmatique avec la Chine, premier partenaire commercial. Une réélection de Lula prolongerait l’orientation vers le Sud global, les BRICS et une diplomatie plus multipolaire, tout en maintenant des liens économiques forts avec les États-Unis et la Chine.

La polarisation reste intense. Les élections de 2022 avaient déjà été marquées par des contestations et les événements du 8 janvier 2023. Les deux camps mobilisent fortement, et le résultat, quel qu’il soit, sera scruté de près pour sa légitimité.

Les bureaux de vote ouvrent dimanche de 8 h à 17 h (heure de Brasília). Les résultats commencent à être publiés par le TSE dès la fermeture des urnes. Compte tenu de la faiblesse des écarts, il faudra probablement plusieurs heures pour connaître le vainqueur.