Garrido Corbière

Le tribunal correctionnel de Paris a condamné, le 8 juillet 2025, Inès Corbière, 22 ans, fille des anciens députés La France insoumise Alexis Corbière et Raquel Garrido, à trois mois de prison avec sursis. La jeune femme a été reconnue coupable de « provocation publique à commettre des atteintes volontaires à la vie en raison de l’appartenance ou de la non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une prétendue race ou une religion », ainsi que de refus de communiquer le code de son téléphone portable aux enquêteurs. Elle a en revanche été relaxée des faits d’apologie du terrorisme pour « défaut de matérialité des propos poursuivis ».

Les faits remontent à l’automne 2023, peu après les attaques du Hamas du 7 octobre. Le 20 octobre 2023, Damien Rieu, militant d’extrême droite proche d’Éric Zemmour, a publié sur X une vidéo montrant une famille israélienne (dont de jeunes enfants) prise en otage par le Hamas, accompagnée de captures d’écran de messages attribués au compte de la jeune femme. Parmi les propos relevés figuraient notamment : « Qui se chauffe pour aller casser du sioniste là ? » et « Alors j’ai peut-être pas d’âme mais ils me font pas du tout de peine, je les trouve même plutôt chiants, surtout les gosses ». Une autre vidéo, datant de 2020 et montrant Inès Corbière visiblement alcoolisée déclarant « Je suis antisémite, je m’en bats les couilles. J’assume… », a également circulé ; la jeune femme a reconnu ces propos et exprimé des regrets, mais ils n’ont pas été retenus à charge par le tribunal.

Inès Corbière a catégoriquement contesté être l’auteure des messages de 2023, son avocat Me Xavier Sauvignet plaidant qu’il s’agissait de « faux ». Le tribunal a toutefois estimé que les images ne comportaient pas d’éléments permettant de conclure à un montage et que les propos retenus constituaient « une provocation directe à commettre des atteintes volontaires à l’intégrité physique des personnes visées », s’adressant à un public déterminé dans un objectif d’inciter à la violence. Selon certaines analyses du jugement (notamment Le Figaro), la juridiction a principalement retenu le message « Qui se chauffe pour aller casser du sioniste là ? », tout en écartant certains éléments liés à la vidéo des otages pour les qualifications d’apologie du terrorisme.

Le parquet avait requis six mois de prison avec sursis. La peine finalement prononcée est donc inférieure aux réquisitions. Inès Corbière devra également verser 1 000 euros à chacune des cinq associations reconnues parties civiles (parmi lesquelles la Licra et l’Organisation juive européenne). La condamnation figurera sur son casier judiciaire. La jeune femme était absente lors du prononcé du jugement, tout comme ses parents.

Lors de l’audience du 21 mai 2025, Alexis Corbière avait déclaré que sa fille était « la victime collatérale d’une affaire qui la dépasse » et dénoncé une « machination » visant sa famille. Me Xavier Sauvignet a annoncé son intention de faire appel, évoquant une « erreur d’appréciation du tribunal » et se disant confiant pour la suite. En août 2025, Raquel Garrido a également réagi publiquement, qualifiant sa fille de victime et critiquant vivement Damien Rieu, tout en affirmant que sa fille n’était pas antisémite.

Cette affaire s’inscrit dans le contexte de la forte médiatisation politique des parents d’Inès Corbière, anciens élus LFI, et des tensions autour des discours sur le conflit israélo-palestinien et l’antisémitisme en France après le 7 octobre 2023. L’appel interjeté permettra une nouvelle appréciation des faits et de la qualification retenue. Le procès en appel a été fixé en janvier 2027 devant la Cour d’appel de Paris.