
À moins de six mois du premier tour de l’élection présidentielle de 2027 (prévu le 18 avril), les enquêtes d’opinion publiées mi-octobre 2026 confirment la large domination de Marine Le Pen au premier tour, tout en montrant une compétition plus serrée pour la deuxième place. Jean-Luc Mélenchon reste souvent en position de se qualifier face à la candidate du Rassemblement national, notamment lorsque le bloc central est divisé, mais la montée de Raphaël Glucksmann après sa victoire à la primaire sociale-démocrate et certaines configurations de candidatures rendent cette qualification moins automatique qu’il y a quelques semaines.
Mélenchon souvent deuxième, mais les écarts se réduisent
Les principaux instituts (Odoxa, Harris Interactive/Toluna, Ifop, OpinionWay) placent Marine Le Pen largement en tête, avec des scores oscillant entre 32 % et 38 % selon les hypothèses de candidatures testées. Derrière, Jean-Luc Mélenchon se situe généralement entre 14 % et 19 %.
Dans le baromètre Odoxa-Backbone (terrain fin septembre-début octobre, publié le 14 octobre pour Public Sénat, Le Nouvel Obs et la presse régionale), le leader de La France insoumise atteint 18 % lorsque Édouard Philippe est le candidat du centre (devant Philippe à 17 %), et 18,5 % lorsque c’est Gabriel Attal qui représente ce bloc (Attal n’étant crédité que de 11 %). Dans ces scénarios, Mélenchon se qualifie au second tour face à Le Pen dans toutes les configurations testées. Au second tour, Le Pen l’emporterait largement (68 % contre 32 % pour Mélenchon).
Les enquêtes Harris Interactive pour M6 et RTL (début octobre) vont dans le même sens : Mélenchon est crédité de 18 à 19 % et se qualifie dans tous les scénarios, y compris lorsque Philippe et Attal sont tous deux candidats (il les devance alors nettement, Philippe à 13 % et Attal à 5 %). Là encore, Le Pen le battrait avec environ deux tiers des voix (67-69 %).
L’Ifop (terrain 12-14 octobre) place Mélenchon à 16 % dans sa principale hypothèse (devant Philippe à 13 %), avec des scores similaires ou légèrement supérieurs dans d’autres configurations.
L’effet Glucksmann et les scénarios où la qualification devient incertaine
Le tableau se complexifie avec le sondage OpinionWay pour Les Échos et Radio Classique (terrain 13-14 octobre, post-primaire de la gauche). Mélenchon y est à 14-15 % selon les hypothèses. Raphaël Glucksmann, vainqueur de la primaire sociale-démocrate le 11 octobre, progresse nettement (jusqu’à 13-16 %). Dans l’hypothèse où Gabriel Attal est le seul candidat du bloc central, Glucksmann atteint 16 % et se qualifie, devant Mélenchon (15 %). Lorsque Philippe et Attal sont tous deux présents, Mélenchon reste deuxième ou à égalité selon les lectures, mais les écarts sont faibles.
Dans plusieurs configurations OpinionWay, Mélenchon, Glucksmann et Philippe se retrouvent au coude-à-coude autour de 15 %. La qualification de Mélenchon n’est donc plus systématique : elle dépend fortement de l’unité (ou non) du centre et de la capacité de Glucksmann à confirmer sa dynamique. Les moyennes agrégées des sondages récents situent Mélenchon autour de 16-17 % en tendance, mais avec une volatilité notable selon les instituts et les listes de candidats testées.
Un second tour défavorable même en cas de qualification
Si Mélenchon se qualifie, les duels testés montrent un écart très important face à Marine Le Pen. Les scores convergent autour de 31-33 % pour le candidat insoumis contre 67-69 % pour Le Pen, un rapport de force stable depuis plusieurs mois et bien plus défavorable que face à un candidat centriste comme Édouard Philippe (où Le Pen l’emporte généralement autour de 53-57 %). Les reports de voix sont particulièrement défavorables : une large partie des électeurs de Glucksmann ou de Philippe préféreraient s’abstenir ou voter blanc plutôt que de choisir Mélenchon.
Ces enquêtes restent des photographies à six mois du scrutin, avec des marges d’erreur, un nombre encore élevé d’indécis et des candidatures non définitivement arrêtées (notamment au centre et à droite). La fragmentation des candidatures, le poids du « vote utile » et l’évolution de la dynamique de Glucksmann après sa primaire seront déterminants pour savoir si Mélenchon confirme une place au second tour ou si un autre challenger (Philippe ou Glucksmann) le dépasse. Pour l’instant, les sondages le maintiennent dans la course pour la qualification, mais ils soulignent aussi la fragilité de cette position et l’ampleur du rejet qu’il susciterait en cas de duel avec Marine Le Pen.