Sophia Chikirou Marche des Fiertés

Samedi 3 octobre 2026, la Marche des Fiertés LGBT+ de Paris et d’Île-de-France a rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes entre la place d’Italie et la place de la Bastille. Reportée à la dernière minute fin juin en raison d’une canicule exceptionnelle, cette 49e édition s’est tenue dans un climat festif mais nettement politique, à quelques mois de l’élection présidentielle de 2027. La présence de la députée LFI Sophia Chikirou dans le cortège a toutefois relancé, sur les réseaux sociaux, le rappel de propos qu’elle avait tenus il y a plusieurs années.

Un défilé reporté, un parcours nouveau

Initialement prévue le 27 juin, la manifestation avait été annulée sur demande du préfet de police, les services de secours et les hôpitaux étant déjà saturés par la chaleur. Les organisateurs de l’Inter-LGBT ont fixé la nouvelle date au 3 octobre, avec un parcours inédit : départ place d’Italie en début d’après-midi, après des prises de parole vers 12 h 30-13 h 30, puis avenue des Gobelins, rues du Quartier latin, boulevards Saint-Michel et de Sébastopol, rue de Rivoli et rue Saint-Antoine, jusqu’à la place de la Bastille, où un concert clôturait la journée.

Le mot d’ordre retenu était « 2027 : Solidarité, diversité, LGBT+ & allié·es ». L’Inter-LGBT a revendiqué environ 500 000 participants ; la préfecture de police en a compté 74 000. L’écart, habituel sur ce type de défilé, ne change pas le constat d’une mobilisation importante. Des pancartes visaient explicitement le Rassemblement national et des figures de la droite radicale (« Fuck RN », « + d’amour, – de Zemmour »). Alexandre Schon, coprésident de l’Inter-LGBT, a déclaré que « l’extrême droite et ses alliés objectifs » n’étaient pas les bienvenus, au motif que leurs discours racistes, xénophobes, antisémites, islamophobes ou transphobes étaient incompatibles avec le socle de la marche.

Plusieurs élus de gauche figuraient en tête de cortège : le maire socialiste de Paris Emmanuel Grégoire, la députée européenne LFI Manon Aubry, la députée écologiste Sandrine Rousseau, et Sophia Chikirou. Jean-Luc Mélenchon a également été signalé dans le défilé.

Pourquoi la présence de Sophia Chikirou a fait réagir

La controverse ne porte pas sur un incident survenu samedi, mais sur le contraste entre cette participation et des messages attribués à Sophia Chikirou lorsqu’elle dirigeait la web-télé Le Média. Révélés en 2023 dans le cadre d’un portrait de Complément d’enquête, ces échanges internes datent d’une période où des journalistes de la rédaction réclamaient un rectificatif après une information erronée sur un étudiant à Tolbiac. Selon les extraits diffusés, elle aurait écrit, à propos de ces collaborateurs : « Ils le font, ils le signent et se le mettent dans le cul profond. Cette bande de tafioles de merde. »

Le terme « tafiole » est une injure à connotation homophobe. À l’époque, Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée, avait reconnu que le mot avait cette connotation, tout en indiquant n’avoir pas constaté de propos de ce type de la part de sa collègue depuis son entrée au Parlement. Éric Coquerel a ensuite qualifié le dérapage de « second degré ». Sophia Chikirou n’a pas publiquement retiré ces propos de façon détaillée ; le sujet est resté un argument récurrent de ses détracteurs.

Samedi, après qu’elle a publié des photos de la marche en affirmant être « fière d’avoir marché » aux côtés de celles et ceux qui « refusent les discriminations » et défendent les droits LGBTI, des internautes ont ressorti ces messages. Les critiques, venues surtout d’opposants à LFI mais aussi de certains comptes se réclamant de la cause LGBT, parlent d’opportunisme et d’hypocrisie : participer à une Pride après avoir employé une injure homophobe contre des journalistes serait, selon eux, incompatible avec les valeurs affichées du défilé. Des publications ont circulé avec les extraits anciens en regard des images de samedi. La polémique est restée essentiellement numérique ; elle n’a pas donné lieu, à ce stade, à une prise de position publique des organisateurs de la marche ni à un incident dans le cortège.

Sophia Chikirou, députée de Paris, co-présidente du groupe Nouveau Paris populaire au Conseil de Paris et proche de Jean-Luc Mélenchon, reste une figure clivante à gauche. Elle est par ailleurs mise en examen dans l’information judiciaire sur les comptes de campagne de 2017, et a été condamnée en première instance en juin 2026 à une amende pour vol de formules de chèques (relaxée pour tentative d’escroquerie), jugement dont elle a fait appel. Ces éléments n’ont pas été au centre des réactions de samedi, centrées sur les propos de 2018-2019 ressortis à l’occasion de la Pride.

La marche elle-même s’est déroulée sans incident majeur signalé, entre revendications (droits des personnes trans, lutte contre les discriminations, visibilité) et inquiétude affichée face à une possible progression de l’extrême droite en 2027.

Partagez...