Ségolène Royal Pôles

Ségolène Royal a été démise, le 24 janvier 2020, de ses fonctions d’ambassadrice chargée de la négociation internationale pour les pôles Arctique et Antarctique. Le décret, pris en Conseil des ministres, mettait fin à une mission commencée le 1er septembre 2017. Le motif officiel était le manquement au devoir de réserve : critiques répétées de la réforme des retraites, attaques contre « l’orgueil » du pouvoir, soutien à des candidats aux municipales. Une lettre du Quai d’Orsay, datée du 7 janvier 2020, l’avait prévenue que ses prises de parole publiques mettaient en cause la politique du gouvernement dont elle était censée porter la voix. Elle a répondu qu’elle choisissait sa liberté de parole.

Ce motif ne résume pas le malaise autour du poste. Bien avant le limogeage, le caractère réel de son investissement et la nature de cette mission dite bénévole avaient déjà été mis en cause.

La fonction n’était pas rémunérée. Ségolène Royal le rappelait volontiers. Mais le bénévolat s’arrêtait à l’absence de traitement. Selon l’enquête de la cellule investigation de Radio France, publiée en novembre 2019, elle disposait de trois collaborateurs contractuels du ministère des Affaires étrangères — un de plus que Michel Rocard, son prédécesseur — et d’une enveloppe de frais de mission et de représentation plafonnée à 100 000 euros par an, financée à parts égales par le Quai d’Orsay et le ministère de la Transition écologique. Cette enveloppe était environ trois fois supérieure à celle dont avait disposé Rocard. Une réponse ministérielle ultérieure a précisé qu’elle n’avait pas épuisé le plafond : environ 150 000 euros engagés au total entre septembre 2017 et la fin de la mission. Le chiffre n’en reste pas moins celui d’une structure permanente, proche de l’enveloppe d’un secrétaire d’État, pour une activité présentée comme désintéressée.

L’usage de ces moyens a nourri le soupçon d’un mélange des genres. Les mêmes collaborateurs, payés par l’État, ont été vus à des séances de dédicaces du livre Ce que je peux enfin vous dire, à des inaugurations en région et sur des dossiers liés à la fondation Désirs d’avenir pour la planète, créée en 2018. Radio France a aussi relevé des factures de taxi élevées, dont 1 430 euros pour le seul mois de novembre 2017. Le parquet national financier a ouvert une enquête préliminaire en novembre 2019. Elle a été classée sans suite en juin 2021, le parquet estimant qu’aucune infraction n’était établie. L’absence d’infraction pénale ne règle pas la question politique : une mission bénévole qui mobilise trois agents et une enveloppe à six chiffres pose, par construction, la question de ce qui est vraiment gratuit.

Sur le fond diplomatique, l’investissement paraît lacunaire. Les listes de participants du Conseil de l’Arctique, instance où la France siège comme observateur, ne mentionnent pas Ségolène Royal pour les réunions des hauts fonctionnaires ni pour la réunion ministérielle tenues depuis sa nomination. Son cabinet a d’abord reconnu ces absences, invoquant d’autres engagements et le bilan carbone, avant qu’elle ne contredise cette version. Sur BFM-TV, elle a fini par expliquer qu’elle n’allait pas aux réunions où elle ne se jugeait pas utile si la France pouvait être représentée. Entre octobre et décembre 2018, période de promotion de son livre, son agenda polaire public se réduisait, selon Radio France, à un forum en Islande et à un message vidéo. Les journalistes estimaient que les activités diplomatiques occupaient moins de la moitié de son temps, entre livres, fondation et présence médiatique. Élisabeth Borne a indiqué, en janvier 2020, ne pas l’avoir rencontrée depuis sa prise de fonctions au ministère de la Transition écologique, en juillet 2019.

Le gouvernement a donc limogé une ambassadrice qui critiquait ouvertement sa politique. Mais le poste qu’il lui retirait était déjà, depuis des mois, celui d’une mission à temps partiel, adossée à des moyens publics non négligeables et difficilement réconciliable avec l’étiquette de bénévolat. Sibeth Ndiaye a justifié la décision en rappelant que les pôles et la fonte des glaces formaient « un sujet sérieux dont il faut s’occuper avec sérieux ». L’agenda, les absences au Conseil de l’Arctique et le dispositif humain et financier mis en place autour d’une fonction non rémunérée donnent à cette formule un sens plus large que le seul devoir de réserve.

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