L’écrivain franco-syrien, déjà auteur de Les Complices du mal (Plon, 2025) et du roman L’Arabe qui sourit (Flammarion, 2025, Prix du Quai d’Orsay), s’appuie cette fois sur six années d’ateliers d’écriture menés dans des établissements de banlieue parisienne (Bobigny, Montreuil, Créteil, Champigny…). Il y décrit des adolescents nés en France, souvent d’origine maghrébine, qui se sentent étrangers à la République, rêvent d’un ailleurs fantasmé et reprennent un discours séparatiste que l’auteur dit reconnaître de sa Syrie natale.

Un témoin de l’exil face à la salle de classe

Né en 1987 près de Damas, Omar Youssef Souleimane a fui l’islamisme et la dictature en 2012. Naturalisé français, journaliste (L’Express, Le Point, Marianne) et poète, il a déjà raconté son adolescence en Arabie saoudite (Le Petit Terroriste, 2018), la jeunesse syrienne au début de la révolution (Le Dernier Syrien, 2020) et son attachement aux valeurs républicaines (Être français, 2023).

Dans Les Héritiers de la haine (256 pages), il inverse le regard : là où il a quitté un pays pour gagner la liberté, certains élèves nés ici justifient selon lui les attentats contre Charlie Hebdo ou Samuel Paty, confondent islam et identité, rejettent la citoyenneté française et subissent l’influence de TikTok, de l’abaya ou d’un « esprit de Munich » qui s’installe jusqu’en classe. Le livre mélange extraits de textes d’élèves, sondages, témoignages d’enseignants et le récit personnel de l’auteur, qui entend « faire sortir leur parole de l’école ».

Une enquête de terrain, pas un pamphlet abstrait

Souleimane insiste sur le caractère concret de son travail : il n’observe pas de loin. Les ateliers, lancés notamment après 2020 pour contrer la radicalisation et promouvoir la laïcité, lui ont permis de recueillir des confidences que les jeunes ne font pas toujours à leurs professeurs ou à leurs parents. Il nomme les signes qu’il juge avant-coureurs : discours séparatiste, crise identitaire, antisémitisme, homophobie, sexisme, harcèlement.

Le texte ne se limite pas au constat. L’auteur oppose son propre parcours — réfugié politique devenu citoyen — à celui de ces « héritiers » qui, selon lui, héritent d’une haine plutôt que d’une appartenance. Il présente le livre comme une alerte contre le déni : « On ne combat jamais l’extrémisme sans le regarder en face. »

Dans la continuité de Les Complices du mal

Après avoir infiltré des manifestations et documenté, dans son précédent essai, ce qu’il décrit comme une alliance entre une partie de l’extrême gauche et l’islamisme politique, Souleimane déplace le focus vers l’école, lieu où se joue selon lui la transmission. Les deux ouvrages partagent le même éditeur, le même ton d’enquête à la première personne et la même conviction : la laïcité et l’universalisme républicain sont aussi une protection pour les musulmans de France.

Le livre sort dans un climat déjà chargé. Des extraits exclusifs ont été publiés quelques jours avant la parution, notamment dans Le Figaro, où l’auteur affirme avoir retrouvé « le même discours intégriste qu’en Syrie ».

Les Héritiers de la haine n’est pas un roman. C’est un témoignage de terrain, parfois brutal, qui entend forcer le débat sur ce qui se dit — et ce qui se tait — dans certaines salles de classe. Que l’on partage ou non le diagnostic de l’auteur, le livre pose une question simple : que transmet-on réellement aux collégiens nés ici, et que font-ils de cette transmission ?

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