Le 11 septembre 2001, alors que les États-Unis sont frappés par les attentats les plus meurtriers de leur histoire, la réaction palestinienne se scinde immédiatement en deux registres : une condamnation solennelle des dirigeants, et des manifestations de satisfaction, parfois bruyantes, dans plusieurs villes et camps.

Arafat condamne depuis Gaza

Yasser Arafat, alors président de l’Autorité palestinienne, s’exprime depuis son bureau de Gaza City. Il se dit « complètement sous le choc », qualifie l’attaque de « terrible » et « inacceptable », et adresse ses condoléances à George W. Bush et au peuple américain. Il répète plusieurs fois : « C’est incroyable. » Dans les jours qui suivent, il donne son sang devant les caméras pour souligner sa solidarité. Hamas et le Jihad islamique nient toute implication et affirment ne viser que l’occupation israélienne.

L’Autorité palestinienne ordonne rapidement à ses forces de sécurité d’empêcher les rassemblements de joie trop visibles, conscients du désastre d’image que cela représenterait.

Dans les rues : bonbons, tirs en l’air et « Allahu akbar »

Les correspondants sur place décrivent une tout autre atmosphère dans plusieurs localités. À Naplouse, en Cisjordanie, environ 3 000 personnes descendent dans les rues peu après l’annonce des attaques. On distribue des bonbons — geste traditionnel de célébration —, on tire en l’air, on brandit des drapeaux palestiniens et on scande « Allahu akbar » ou « Ben Laden, bombarde Tel-Aviv ! ». Un cameraman freelance de l’Associated Press filme la scène ; il est ensuite menacé par des miliciens du Fatah/Tanzim et l’agence décide de ne pas diffuser les images pour protéger son personnel.

À Jérusalem-Est, près de la porte de Damas, un équipage Reuters filme un groupe plus restreint — hommes, femmes et enfants — qui applaudit, fait le V de la victoire et reçoit des sucreries. Ces images, authentiques et tournées le jour même, sont diffusées par CNN, Fox News et d’autres chaînes. Une rumeur persistante prétendra plus tard qu’il s’agissait d’archives de 1990 ; Reuters et CNN démentiront formellement.

À Gaza, les rassemblements collectifs filmés sont plus limités. Des journalistes rapportent toutefois des tirs de célébration et des interviews sans ambiguïté. Un chauffeur de bus de Gaza City déclare : « Les Palestiniens ont pleuré et souffert, maintenant c’est au tour des Américains. » Un commerçant parle de « vengeance d’Allah » contre un pays accusé de fournir à Israël les F-16 et les hélicoptères Apache utilisés pendant l’Intifada. Beaucoup regardent les tours s’effondrer à la télévision en répétant « Allahu akbar ».

Des scènes similaires sont observées dans des camps de réfugiés au Liban (Ein el-Hilweh, Rashidiyeh), où l’on tire également en l’air.

Un climat déjà saturé de ressentiment

Ces réactions s’inscrivent dans le contexte de la seconde Intifada, commencée un an plus tôt. Les États-Unis sont largement perçus comme l’allié inconditionnel d’Israël. Pour une partie de la population, frapper l’Amérique, c’est frapper « la tête du serpent ». Les dirigeants tentent de dissocier cette colère populaire de la position officielle, sans toujours y parvenir.

Arafat minimisera ensuite les images en parlant de « moins de dix enfants à Jérusalem-Est », une affirmation difficilement compatible avec les reportages de Naplouse et les photos de la porte de Damas.

Ce que les images ne montrent pas

Toute la population palestinienne n’a pas célébré. Des habitants ont exprimé de la compassion ou de l’inquiétude pour les conséquences politiques. Les grandes villes comme Ramallah sont restées relativement calmes, en partie grâce à l’intervention des services de sécurité. Mais les scènes de joie, même minoritaires, ont marqué les esprits aux États-Unis et dans le monde, précisément parce qu’elles contrastent avec l’horreur universelle ressentie ailleurs.

Vingt-cinq ans plus tard, ces images du 11 septembre 2001 restent un document brut : elles montrent à la fois la ligne officielle de l’Autorité palestinienne et le sentiment d’une frange de la rue, nourri par des années de conflit et de perception d’un soutien américain univoque à Israël.

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