Le rappeur américain Macklemore (de son vrai nom Ben Haggerty) se retrouve une nouvelle fois au cœur d’une controverse sur l’antisémitisme. Les accusations s’appuient à la fois sur un incident datant de 2014 et, surtout, sur ses prises de position pro-palestiniennes depuis 2023, culminant avec son éviction de la tournée américaine d’Ed Sheeran en septembre 2026.

Le costume de 2014, un souvenir qui ressurgit

En mai 2014, lors d’un concert surprise à Seattle, Macklemore apparaît déguisé avec une perruque noire, une barbe et un gros nez prothétique crochu. De nombreux observateurs y voient une caricature antisémite classique. Le rappeur s’excuse rapidement, assurant qu’il voulait seulement se déguiser pour se fondre dans le public et que l’idée d’une représentation juive « n’avait jamais traversé son esprit ». Il ajoute un lien vers l’Anti-Defamation League (ADL) sur son site. L’épisode est régulièrement ressorti depuis, notamment à chaque fois qu’il s’exprime sur le conflit israélo-palestinien.

Des chansons et des discours de plus en plus frontaux

À partir d’octobre 2023, Macklemore s’engage fortement pour la cause palestinienne. Il signe des lettres d’artistes appelant à un cessez-le-feu, puis sort en 2024 le titre Hind’s Hall, en hommage aux étudiants de Columbia qui avaient occupé un bâtiment au nom d’Hind Rajab, une fillette palestinienne tuée à Gaza. Les paroles accusent Israël de « génocide », d’« apartheid » et de colonialisme.

En 2025, un autre titre, Fucked Up, et son clip suscitent de nouvelles critiques : certains y voient des rapprochements visuels entre des photos de la Shoah et des enfants palestiniens, ainsi que des allusions à des théories complotistes sur l’influence israélienne.

La polémique de septembre 2026 : le concert d’Ed Sheeran

Début septembre 2026, Macklemore ouvre deux concerts d’Ed Sheeran au MetLife Stadium (New Jersey). Il lance « Free Palestine », projette des images de Gaza et interprète Hind’s Hall. Il précise toutefois : « Critiquer Israël, critiquer l’apartheid, s’opposer au génocide n’est en aucun cas une critique de vous », en s’adressant aux spectateurs juifs.

L’Israeli-American Council lance une pétition. L’ADL et d’autres organisations parlent de « rhétorique et d’imagerie antisémites ». Robert Kraft, propriétaire juif des New England Patriots et du Gillette Stadium, refuse d’accueillir Macklemore et fait pression sur d’autres stades. Résultat : le rappeur est retiré de la tournée. Les autres premières parties (Finneas, Lukas Graham, etc.) quittent à leur tour le plateau par solidarité.

Macklemore répond en donant le million de dollars de ses cachets de tournée à des organisations d’aide aux Palestiniens et en invitant Kraft à l’imiter.

Une polémique « fructueuse » sur les réseaux

Loin de l’affaiblir, l’affaire a considérablement boosté sa visibilité. Selon les données de Social Blade relayées par plusieurs médias, Macklemore a gagné plus de 750 000 abonnés Instagram en 24 heures après l’annonce de son éviction, puis encore plusieurs centaines de milliers dans les jours suivants. En deux semaines, sa croissance dépasse largement le million, voire 2 millions d’abonnés selon certaines compilations, le portant à plus de 8 millions de followers. Avant la polémique, il n’en gagnait qu’environ 5 000 par quinzaine.

À l’inverse, Ed Sheeran a perdu entre 150 000 et plus de 300 000 abonnés sur la même période.

La controverse a donc paradoxalement relancé l’intérêt pour Macklemore, dont la carrière musicale n’était plus au premier plan depuis plusieurs années. Pour ses soutiens, il paie le prix de son engagement. Pour ses détracteurs, il instrumentalise une cause tout en recyclant des stéréotypes. Le débat, lui, continue de diviser.

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