Saint-Denis-Lfi-Bally Bagayoko

Depuis le début de la semaine du 21 septembre 2026, des lycéens bloquent plusieurs établissements d’Île-de-France, principalement en Seine-Saint-Denis et dans le Val-de-Marne. À Saint-Denis, les lycées Frédéric-Bartholdi et Paul-Éluard sont au cœur du mouvement. Les élèves dénoncent des conditions d’étude dégradées : classes surchargées, professeurs absents non remplacés (certains candidats au bac sans professeur principal), bâtiments insalubres, rats dans les toilettes, absence de chauffage, emplois du temps de 8 h à 18 h ou 19 h, et pression de Parcoursup.

Ces griefs sont réels dans de nombreux lycées de banlieue. Le rectorat de Créteil lui-même reconnaît des revendications « très variables selon les établissements » et un mouvement qui « prend de l’ampleur », amplifié par les réseaux sociaux. Une trentaine d’interpellations ont eu lieu en quelques jours.

Le problème n’est pas seulement scolaire. Dès les premiers jours, des tirs de mortiers d’artifice ont visé les forces de l’ordre devant Bartholdi. Des dégradations ont été commises. Lundi 28 septembre, au lycée Paul-Éluard, une jeune fille a été blessée après l’usage d’une bouteille d’acide chlorhydrique et d’aluminium, selon une source policière. Des grenades lacrymogènes ont été lancées et des interpellations ont suivi.

C’est dans ce contexte que La France Insoumise s’est positionnée. Le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, s’est rendu sur place, a déclaré les revendications « légitimes » et a critiqué la présence d’un agent municipal armé d’un LBD. Il a regretté les violences tout en insistant sur le droit des jeunes à s’exprimer « en toute sécurité » et en dénonçant les gardes à vue. Des élus LFI, dont Louis Boyard et Antoine Léaument, ont appelé à étendre les blocus. Jean-Luc Mélenchon a accusé le gouvernement d’avoir « ordonné la répression » « avec un arrière-goût raciste évident » et a demandé aux élus et militants de son parti de « s’interposer partout ».

Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a dénoncé une « instrumentalisation politique de la jeunesse ». Il a pointé des députés LFI qui encouragent les blocages depuis mercredi et a rappelé qu’« un mortier ne recrute pas un professeur ». Le Premier ministre Sébastien Lecornu a qualifié la posture de LFI de « surenchère irresponsable ». Les ministres de l’Intérieur et de l’Éducation ont prévenu que les forces de l’ordre interviendraient en cas de violences ou de blocage total.

Cette rhétorique a un effet concret. En présentant systématiquement l’intervention policière comme une « répression » raciste plutôt que comme une réponse à des projectiles et à l’occupation illégale d’établissements, elle transforme un conflit scolaire en affrontement politique. Les lycéens se retrouvent pris entre des revendications matérielles justifiées et une récupération qui légitime la confrontation avec la police. Les vidéos de « violentes répressions » circulent, les rassemblements de soutien se tiennent devant le commissariat, et le climat se durcit.

Les établissements scolaires ne sont pas des lieux de manifestation permanente. Bloquer l’accès aux cours, lancer des mortiers et improviser des engins avec de l’acide ne résout ni le manque de professeurs ni l’état des bâtiments. Instrumentaliser ces tensions pour attiser la défiance envers les forces de l’ordre, dans une ville déjà marquée par des tensions récurrentes, produit exactement ce que l’on observe : plus de violence, plus d’interpellations, et un dialogue scolaire qui s’éloigne. Les élèves de Saint-Denis ont besoin de moyens et de professeurs, pas d’être utilisés comme levier politique.

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