
L’eurodéputée La France insoumise (LFI) Rima Hassan comparaît lundi 19 et mardi 20 octobre 2026 devant la 10ᵉ chambre du tribunal correctionnel de Paris pour « apologie du terrorisme ». Ce procès, initialement prévu le 7 juillet dernier et renvoyé à la demande de la défense, porte sur un tweet publié le 26 mars 2026, depuis supprimé, dans lequel elle citait Kozo Okamoto, l’un des auteurs d’un attentat meurtrier perpétré en 1972 à l’aéroport de Tel-Aviv.
Les faits reprochés
Sur son compte X (alors suivi par environ 420 000 personnes), Rima Hassan avait publié la citation suivante, attribuée à Okamoto : « J’ai consacré ma jeunesse à la cause palestinienne. Tant qu’il y aura oppression, la résistance ne sera pas seulement un droit, mais un devoir. » Ce message était accompagné d’un court texte biographique et d’une photographie. Le tweet a été signalé rapidement au parquet par le ministre de l’Intérieur, puis par l’Organisation juive européenne (OJE) et la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra). Une semaine plus tard, l’eurodéputée a été placée en garde à vue.
Kozo Okamoto, membre de l’Armée rouge japonaise, a participé avec deux complices, le 30 mai 1972, à une attaque à l’aéroport de Lod (aujourd’hui Ben-Gourion), près de Tel-Aviv, menée au nom du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP). Les trois hommes ont ouvert le feu et lancé des grenades dans le hall des arrivées après avoir récupéré leurs bagages. L’attentat a fait 26 morts – dont 17 pèlerins chrétiens portoricains, huit Israéliens et un Canadien – et une soixantaine à quatre-vingts blessés. Okamoto, seul survivant, a été condamné à la prison à perpétuité en Israël avant d’être libéré en 1985 dans le cadre d’un échange de prisonniers. Il est mort le 23 juillet 2026 à Beyrouth.
Le cadre légal et les enjeux
L’infraction est prévue par l’article 421-2-5 du Code pénal : « Le fait de provoquer directement à des actes de terrorisme ou de faire publiquement l’apologie de ces actes » est puni de cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende. Les peines sont portées à sept ans et 100 000 euros lorsque les faits sont commis « en utilisant un service de communication au public en ligne ». Une peine complémentaire d’inéligibilité peut également être prononcée, ainsi qu’une éventuelle inscription au fichier judiciaire national des auteurs d’infractions terroristes (FIJAIT).
La défense, assurée par Me Vincent Brengarth, entend plaider « l’absence de toute caractérisation des éléments constitutifs de l’infraction ». L’avocat a qualifié l’affaire de « procès du siècle de la liberté d’expression ». Rima Hassan y voit pour sa part un procès politique visant « à intimider toutes celles et ceux qui refusent le silence face aux crimes israéliens ». Le renvoi de juillet avait été obtenu après que la défense eut dénoncé un « déferlement de constitutions de parties civiles » et la production tardive de pièces. Une dizaine d’associations (Licra, OJE, BNVCA notamment) se sont constituées parties civiles. La présidente de l’OJE, Muriel Ouakine-Melki, a annoncé qu’elle ferait citer le fils d’une des victimes françaises de l’attentat de 1972, soulignant que des propos tenus sur les réseaux sociaux « ont des conséquences parfois dramatiques sur certains profils, avec des passages à l’acte violent ».
Un parcours et un contexte politique sensibles
Née le 28 avril 1992 dans le camp de réfugiés palestiniens de Neirab, près d’Alep en Syrie, Rima Hassan est arrivée en France vers l’âge de dix ans et a été naturalisée en 2010. Juriste spécialisée en droit international et des réfugiés, fondatrice de l’Observatoire des camps de réfugiés, elle a été élue députée européenne en 2024 sous l’étiquette LFI. Figure très visible de la cause palestinienne en France, elle est régulièrement accusée par ses opposants de propos antisémites ou de minimisation du terrorisme, accusations qu’elle rejette. Elle milite notamment pour un État binational démocratique et laïque.
Ce procès s’inscrit dans un contexte de forte polarisation depuis l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023 et la guerre à Gaza. Rima Hassan est visée par de nombreuses procédures judiciaires (plus d’une vingtaine signalées) liées à ses prises de position en ligne ; plusieurs ont été classées sans suite. Récemment, elle a déposé plainte après une vidéo dans laquelle un homme la menaçait armé d’un fusil ; l’intéressé, qui a reconnu les faits, doit être jugé le 15 janvier 2027 à Cahors. Un incident au Parlement européen, où elle a été accusée d’avoir retiré des drapeaux israélien et européen lors d’une exposition sur le 7 octobre, a également suscité des réactions vives.
L’audience des 19 et 20 octobre sera particulièrement suivie. Elle oppose deux lectures : d’un côté, la nécessité de sanctionner toute forme de valorisation publique d’actes terroristes, y compris historiques ; de l’autre, la crainte d’une instrumentalisation judiciaire visant à restreindre l’expression politique sur le conflit israélo-palestinien. Le tribunal devra trancher sur la qualification exacte du tweet et sur la proportionnalité d’éventuelles sanctions.