
Magali Berdah condamnée pour abus de faiblesse et blanchiment sur un ancien préfet de 96 ans
En 2019, la cour d’appel d’Aix-en-Provence a condamné Magali Berdah, alors entrepreneuse dans le courtage d’assurances, à un an de prison avec sursis et à une interdiction de gérer une société pendant cinq ans pour abus de faiblesse et blanchiment. Cette décision, rendue publique en octobre 2022 par le site d’investigation L’Informé, concerne des faits remontant à 2015 et a eu des conséquences directes sur la gestion de son agence d’influenceurs Shauna Events.
Les faits : 221 556 euros en six mois
En 2015, Magali Berdah (née en novembre 1981), alors âgée d’environ 33-34 ans, exerçait dans la vente de mutuelles et le courtage d’assurances, notamment via des structures comme Guy l’Assur ou BA & CO. Elle était lourdement endettée (environ un million d’euros) et frappée d’un interdit bancaire, ses sociétés étant en difficulté.
Elle entre en contact avec Jean Deleplanque, un haut fonctionnaire retraité, ancien préfet (notamment du Gers, de Guadeloupe et du Var), commandeur de la Légion d’honneur, qui avait également exercé des fonctions de dirigeant dans des entreprises comme Lancel ou Cartier. Âgé de 96 ans, il vivait isolé avec son épouse, elle-même atteinte de la maladie d’Alzheimer, ses fils résidant à l’étranger.
Selon les éléments de l’enquête, Deleplanque a remis à Magali Berdah, ou à des intermédiaires liés à elle, 17 chèques totalisant 221 556 euros sur une période de six mois. Les chèques étaient libellés au nom de tiers (membres de sa famille, employée ou sociétés liées). L’argent transitait ensuite par différents comptes avant d’être récupéré en liquide, ce qui a justifié la qualification de blanchiment.
Vulnérabilité de la victime et déclenchement de l’enquête
Une conseillère bancaire a donné l’alerte après des mouvements suspects sur le compte de Jean Deleplanque (notamment un découvert important et une demande de retrait). Une enquête a été ouverte. En 2016, lors de son audition, le nonagénaire a donné des réponses confuses. Un expert psychiatrique a conclu en 2017 à « un état de particulière vulnérabilité », avec une altération modérée mais certaine de ses fonctions intellectuelles supérieures et un certain degré de servilité.
Les juges ont estimé que Magali Berdah avait pleinement conscience de cet état et en avait abusé pour se faire remettre les fonds. Dans l’arrêt de la cour d’appel, il est notamment relevé qu’elle était « consciente de la vulnérabilité de ses interlocuteurs et de la fraude qu’elle commettait » et qu’elle avait « abusé en toute connaissance de cause de la particulière vulnérabilité de Jean Deleplanque ».
Berdah a soutenu que les sommes correspondaient à des prêts qu’elle aurait remboursés (avec intérêts selon certaines déclarations ultérieures), mais elle n’a pas pu produire de documents probants. Certains remboursements ont été effectués, d’autres chèques se sont révélés sans provision.
Le parcours judiciaire
Le tribunal correctionnel de Nice a d’abord condamné Magali Berdah en 2018 (elle était absente à l’audience, invoquant des obligations professionnelles à l’étranger) à un an de prison pour abus de faiblesse et blanchiment. En appel, la cour d’Aix-en-Provence a confirmé la condamnation en 2019 tout en durcissant la peine par l’ajout d’une interdiction de gérer une société pendant cinq ans.
Jean Deleplanque est décédé en juin 2021 à l’âge de 102 ans.
Conséquences professionnelles
Cette interdiction de gérer a contraint Magali Berdah à quitter la présidence de Shauna Events (agence de marketing d’influence créée en 2017 et spécialisée dans les partenariats avec des personnalités de téléréalité) pour devenir directrice salariée. L’entreprise a ensuite connu d’autres difficultés, notamment le retrait de son actionnaire Banijay en 2022, dans un contexte de chute du chiffre d’affaires et de polémiques.
Interrogée en 2023 sur ce passé judiciaire, Magali Berdah a relativisé en évoquant des faits anciens (« ça date d’il y a dix ans ») et en affirmant ne pas s’être cachée d’avoir un passé, tout en assurant avoir remboursé les sommes.
Cette affaire, distincte d’autres procédures ultérieures (notamment une banqueroute liée à BA & CO pour laquelle elle a été relaxée en novembre 2024, tandis que sa mère a été condamnée), est restée relativement discrète jusqu’à sa révélation publique en 2022, au moment où Magali Berdah devenait une figure médiatique du milieu des influenceurs.