
Le Sénat n’est plus une chambre close aux extrêmes. Au soir du 27 septembre 2026, deux bascules institutionnelles se confirment : le Rassemblement national peut, pour la première fois, former un groupe au Palais du Luxembourg ; La France insoumise y fait son entrée, avec l’élection de Gabriel Amard dans le Rhône. Le cœur de la soirée n’est pas un raz-de-marée qui renverse la majorité LR-centriste. C’est l’installation durable, dans la chambre haute, de forces jusqu’ici cantonnées à l’Assemblée ou aux non-inscrits.
Le RN franchit le seuil des dix sénateurs
Jusqu’à dimanche, le RN n’avait que trois sénateurs — Christopher Szczurek, Joshua Hochart et Aymeric Durox — relégués parmi les non-inscrits. Le seuil pour un groupe est de dix élus. Ce soir, avec au moins neuf nouveaux sièges, le parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella, allié à l’UDR d’Éric Ciotti, atteint et dépasse cette barre. Bardella parle d’une première « dans l’histoire » du mouvement. Le Pen salue une « victoire historique » et une « percée générale », à sept mois de la présidentielle. Sébastien Chenu évoque « 12 à 15 » sénateurs au total.
Les gains se concentrent dans le Sud et l’Ouest, là où les municipales de mars avaient déjà élargi le vivier de grands électeurs :
- deux sièges dans les Bouches-du-Rhône (Marie-Pierre Callet, Fabien Bravi) — Stéphane Ravier, ex-RN, n’est pas réélu ;
- deux dans le Var, dont le député Franck Giletti ;
- un dans le Vaucluse ;
- un dans l’Hérault (Manon Bouquin) ;
- un dans le Gard (Sylvie Josserand) ;
- un en Gironde (Edwige Diaz) ;
- un en Seine-Maritime (Léon Levasseur).
Un groupe, ce n’est pas seulement un symbole. C’est du temps de parole, des moyens, des places en commission, une capacité à déposer des textes et à peser sur la navette. Le Sénat, longtemps décrit comme un verrou face à l’extrême droite, lui ouvre désormais une tribune institutionnelle.
LFI entre par une porte étroite : Amard dans le Rhône
À l’autre bout de l’hémicycle, LFI n’obtient pas un groupe — loin s’en faut. Elle obtient une première. Gabriel Amard, député de Villeurbanne et gendre de Jean-Luc Mélenchon, est élu dans le Rhône, à la proportionnelle. Franceinfo et LCP le confirment. Mélenchon y voit un « heureux augure pour 2027 ».
Le contraste avec le RN est net. L’insoumission reste marginale parmi les grands électeurs, élus locaux plus souvent à droite ou au centre que dans les urnes nationales. Un seul siège ne change pas la géométrie du Sénat. Il casse toutefois un tabou : LFI n’était jamais entrée au Luxembourg. Les députés élus sénateurs — Amard, Diaz, Josserand, Bouquin, Giletti — quitteront l’Assemblée et seront remplacés par leurs suppléants.
La majorité ne bascule pas
Le reste de la soirée rappelle la nature du scrutin : 93 000 grands électeurs, pas le suffrage universel. Les Républicains restent la première force. Mathieu Darnaud (Ardèche) et Claude Malhuret (Allier) sont réélus dès le matin. Bruno Retailleau l’est en Vendée, Valérie Boyer dans les Bouches-du-Rhône. Gérard Larcher vise un nouveau mandat de président du Sénat le 1er octobre. La droite et le centre conservent la clé de la chambre.
Le PS tient plusieurs fiefs (Aude, Dordogne). Des sortants tombent çà et là. Rien qui ressemble à un changement de majorité. L’événement n’est pas le sommet de l’hémicycle. C’est sa base : deux pôles jusqu’ici absents ou fantômes y acquièrent un statut.
Ce que cela change avant 2027
Le Sénat n’élit pas le président de la République. Il peut, en revanche, ralentir, amender, incarner une « autre France » que celle des législatives. Le RN y gagne un relais de campagne et une respectabilité institutionnelle qu’il cherchait depuis des années. LFI y gagne un point d’appui, unique, pour la navette et pour le récit d’une gauche qui « entre partout ».
Les deux partis que le débat public range souvent aux extrémités du spectre n’ont pas pris le Palais du Luxembourg. Ils y ont planté un drapeau. Pour le RN, c’est un groupe. Pour LFI, un homme. L’un pèse déjà. L’autre commence. Dans les deux cas, le Sénat de 2026 ne ressemble plus à celui de 2023.