
Dimanche 20 septembre 2026, près de quatre millions d’électeurs étaient appelés aux urnes dans deux Länder allemands : le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, État rural de l’ancienne RDA, et Berlin, cité-État cosmopolite. Ces élections régionales, organisées deux semaines après le succès historique de l’Alternative pour l’Allemagne (AfD) en Saxe-Anhalt (près de 44 %), confirment la polarisation croissante du paysage politique allemand et affaiblissent encore le chancelier Friedrich Merz (CDU).
Les résultats restent provisoires (Hochrechnungen d’ARD et ZDF en soirée), mais les tendances sont claires.
Mecklembourg-Poméranie-Occidentale : l’AfD première force, la CDU au bord de l’élimination
Dans ce Land de 1,6 million d’habitants, l’AfD arrive en tête avec environ 37,9 à 38,1 % des voix, plus que doublant son score de 2021 (16,7 %). Le SPD de la ministre-présidente sortante Manuela Schwesig suit de près, autour de 35,5 %. Die Linke obtient 6,5 %, les Verts 5,4-5,6 %. La CDU s’effondre à 4,9-5,0 %, son pire résultat dans un Land depuis 1949, et risque de ne pas franchir le seuil de 5 % nécessaire pour entrer au Landtag. Le BSW et le FDP restent sous ou autour de ce seuil. La participation a fortement augmenté, à 77-79 % contre 70,8 % en 2021.
L’AfD, menée par Leif-Erik Holm, revendique le mandat de gouverner. Mais le « pare-feu » (Brandmauer) maintenu par les partis traditionnels exclut toute alliance avec elle. Le SPD devrait donc conserver le pouvoir en s’associant à Die Linke et/ou aux Verts, même si la coalition sortante SPD-Linke n’a plus de majorité à elle seule.
Friedrich Merz a qualifié ce résultat de « désastre » pour son parti, tout en assurant qu’il resterait chancelier et poursuivrait ses réformes économiques. « Ces réformes doivent être mises en œuvre », a-t-il déclaré.
Berlin : percée historique de Die Linke
Dans la capitale, Die Linke, conduite par Elif Eralp, s’impose pour la première fois comme première force avec 24,5 à 25,6 % des voix, en forte hausse par rapport à 2023 (12,2 %). La CDU, qui dirigeait jusqu’ici le Sénat, recule à 19-20 %. L’AfD progresse à 15-16 % (contre 9 % précédemment), les Verts se situent autour de 14-15 % et le SPD à 12 %. Le BSW oscille autour de 5 %. La participation grimpe à 73-75 %.
Une coalition de gauche (Linke + Verts + SPD) disposerait d’une majorité confortable. Elif Eralp a célébré une victoire de « la liberté et la justice sur la haine ». La CDU pourrait théoriquement tenter une alliance avec les Verts et le SPD, mais le scénario le plus probable reste un basculement à gauche à la tête de Berlin.
Un contexte national tendu
Ces scrutins s’inscrivent dans une série de revers pour la CDU de Merz, déjà affaiblie par la défaite en Saxe-Anhalt le 6 septembre. L’AfD est désormais première force dans trois Länder de l’Est (Thuringe, Saxe-Anhalt et Mecklembourg-Poméranie-Occidentale). Le parti d’extrême droite, souvent décrit comme anti-immigration et proche de Moscou, capitalise sur le mécontentement économique, les questions migratoires et le sentiment d’abandon dans l’Est.
Au niveau fédéral, la coalition CDU-SPD de Merz apparaît fragilisée. Le chancelier, très impopulaire, a écarté toute démission malgré les rumeurs. Les partis traditionnels maintiennent leur refus de gouverner avec l’AfD, ce qui complique la formation des exécutifs régionaux mais préserve pour l’instant le cordon sanitaire.
Les résultats définitifs officiels seront connus dans les jours à venir. Ils pourraient encore légèrement évoluer, notamment autour du seuil des 5 % pour la CDU en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale et le BSW à Berlin. Quoi qu’il en soit, ces élections confirment un paysage politique allemand de plus en plus fragmenté, où les extrêmes gagnent du terrain tandis que les partis de gouvernement peinent à convaincre.