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Le 19 septembre 2026, Charles Sapin, directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles, a annoncé sur X que France Inter supprimait son édito politique hebdomadaire du dimanche matin. La direction de Radio France a confirmé avoir proposé un « aménagement » sous forme de débat, que le journaliste a décliné. « Ce n’est une victoire pour personne », a déclaré le groupe public, tout en réaffirmant sa volonté de rester « un lieu de dialogue reflétant la diversité des sensibilités » à l’approche de la présidentielle.

L’affaire, née fin août, a rapidement dépassé le cadre d’une simple grille de rentrée. Elle a mis à nu les tensions autour de ce que le service public peut, ou ne peut pas, accueillir comme voix.

Un recrutement présenté comme un geste de pluralisme

Charles Sapin, passé par Le Figaro et Le Point, où il couvrait notamment les droites et le Rassemblement national, a rejoint Valeurs actuelles à l’été 2026. Le 26 août, Céline Pigalle, directrice de France Inter, l’a intégré à un panel d’éditorialistes weekend (aux côtés de signatures du Nouvel Obs, de L’Express ou du Financial Times). Il devait livrer un édito de deux minutes trente vers 7 h 40 le dimanche. Deux chroniques ont été diffusées.

La direction a justifié le choix par la nécessité du pluralisme en année électorale. Vincent Meslet, directeur éditorial de Radio France, a demandé aux salariés de juger Sapin « sur ses chroniques, non sur le symbole » que représente son magazine. Céline Pigalle a déclaré faire confiance au journaliste pour « ne pas mettre l’antenne en danger ».

Valeurs actuelles, qui se revendique conservateur, a été condamné à plusieurs reprises, notamment pour injure publique à caractère raciste après une Une représentant Danièle Obono en esclave. Le titre a aussi été accusé d’avoir participé à une campagne de dénigrement contre l’audiovisuel public. Parmi ses actionnaires figure Pierre-Édouard Stérin, souvent cité pour son engagement politique à droite.

La fronde interne et les grèves

Dès l’annonce, les syndicats (SNJ-CGT, SNJ, SDJ de France Inter) ont parlé de « ligne rouge inacceptable ». Une assemblée générale du personnel a voté à l’unanimité, le 2 septembre, un « refus catégorique » et le principe d’une grève. Les salariés estimaient que le magazine n’était « pas compatible » avec les missions du service public.

Une grève de 48 heures a perturbé les antennes les 13 et 14 septembre : la chronique de Sapin n’a pas été diffusée, la matinale de France Inter a été remplacée par de la musique. Un nouveau préavis était prévu pour le 21 septembre. Les syndicats ont rejeté la proposition de transformer l’édito en débat, jugée trop floue.

Environ 300 personnalités (Annie Ernaux, Julie Gayet, Josiane Balasko, Lilian Thuram, Yann Tiersen, Virginie Despentes, Leïla Slimani, etc.) ont signé une tribune dans Le Parisien qualifiant le recrutement de « révoltant » et demandant la suppression de l’édito. Elles ont invoqué les « limites du pluralisme » et rappelé les condamnations de Valeurs actuelles.

Des auditeurs ont écrit à la médiatrice de Radio France pour exprimer leur « dégoût » et menacer de boycott.

Réactions politiques et médiatiques

L’affaire s’est politisée. Jean-Luc Mélenchon a parlé de « colonisation par les fachos ». Bruno Retailleau (LR) a dénoncé le « sectarisme » des rédactions de Radio France et, après l’annonce du 19 septembre, un « petit théâtre antifasciste » financé par l’impôt. La ministre de la Culture Catherine Pégard avait auparavant mis en garde contre une « chasse aux sorcières » tout en rappelant que France Inter devait rester ouverte.

Dans les médias, le clivage est net. Le Figaro titre sur une direction qui « cède à la pression des syndicats ». Les titres de gauche insistent sur l’incompatibilité d’un organe « d’extrême droite multicondamné » avec le service public et saluent souvent la mobilisation interne. Des commentateurs de droite y voient la confirmation d’une « mainmise » idéologique sur l’audiovisuel public et relancent le débat sur sa privatisation.

Sur les réseaux sociaux, polarisation immédiate

Le long message de Charles Sapin sur X (plus de 870 000 vues en quelques heures) a cristallisé les camps. Il dénonce une « censure préventive », une « mécanique de disqualification » et des « forces anti-républicaines » qui refuseraient le dialogue. Il affirme que son nom, son travail et son journal ont été « diffamés » pour « exclure du débat public la voix unique qui est la nôtre ». Il refuse le débat proposé, qu’il compare à une mise à l’écart.

À droite et dans les sphères conservatrices, le récit est celui d’une capitulation face aux syndicats et à une « minorité radicalisée ». On y parle de « censure », d’absence réelle de pluralisme et d’appel à privatiser. Des comptes relaient massivement le texte de Sapin et les articles du Figaro ou de CNews. Mémona Hintermann, ancienne membre du CSA, a déclaré sur CNews qu’« il n’y a pas de pluralisme ».

À gauche, les réactions soulignent que le problème n’était pas tant l’homme que l’institution Valeurs actuelles et ce qu’elle symbolise. Certains se félicitent que la direction ait finalement reculé ; d’autres regrettent que le débat ait été posé en termes de « victoire » plutôt que de principes. Des posts ironisent sur le fait que Sapin se présente comme victime alors que deux de ses chroniques ont été diffusées.

Le message de Radio France (« Ce n’est une victoire pour personne ») n’a calmé personne. Chacun y a lu la confirmation de sa propre interprétation : reculade pour les uns, sauvegarde des valeurs du service public pour les autres.

L’épisode illustre la difficulté, pour l’audiovisuel public, de concilier pluralisme, indépendance éditoriale et acceptabilité interne à quelques mois d’une élection présidentielle déjà polarisée. Charles Sapin n’interviendra plus le dimanche matin sur France Inter. Le débat sur ce que cette décision révèle, lui, ne s’arrêtera pas là.

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