La politique de Fidel Castro et du régime cubain envers les homosexuels a été répressive dans les années qui ont suivi la Révolution de 1959, avant une évolution progressive vers une plus grande tolérance à partir des années 1970-1990, culminant avec des excuses publiques de Castro en 2010.

Dans les premières années de la Révolution, l’homosexualité était considérée comme une « déviation » bourgeoise, une décadence incompatible avec l’idéal du « nouvel homme » révolutionnaire et communiste, influencée par le machisme traditionnel latino-américain et des conceptions soviétiques de l’époque. Castro a tenu des propos hostiles : en 1965-1966, il a déclaré qu’un homosexuel ne pouvait pas incarnuer les conditions d’un « vrai révolutionnaire » ou « militant communiste », et que cette « déviation » s’opposait à ce concept. Il a aussi affirmé que la campagne (la vie rurale) ne produisait pas d’homosexuels, associant le phénomène à l’urbain et à l’influence impérialiste.

Les UMAP (1965-1968)

Entre 1965 et 1968, le régime a créé les Unidades Militares de Ayuda a la Producción (UMAP), des camps de travail forcé destinés à des personnes jugées « antisociales » ou inaptes au service militaire classique : homosexuels (surtout des hommes), objecteurs de conscience religieux (témoins de Jéhovah, etc.), dissidents et autres. Des milliers de personnes y ont été internées (estimations globales autour de 30 000, avec plusieurs centaines à quelques milliers d’homosexuels selon les sources). Les conditions étaient dures, avec travaux agricoles intensifs, maltraitances, et des tentatives de « rééducation » ou de « guérison » (y compris, selon certains témoignages et documents, des méthodes aversives). Les camps ont été fermés en 1968 face aux critiques internes et internationales.

D’autres formes de discrimination ont persisté : exclusions d’emplois (surtout dans l’enseignement et les postes d’influence sur la jeunesse), purges dans les milieux culturels et artistiques, et interdictions de facto dans le Parti communiste. En 1971, le Congrès national de l’éducation et de la culture a réaffirmé des positions hostiles aux « manifestations de déviation homosexuelle ».

Évolution ultérieure

  • En 1979, les relations homosexuelles consenties ont été dépénalisées.
  • Dans les années 1980-1990, les attitudes se sont assouplies. Castro a déclaré en 1992-1993 que l’homosexualité était une tendance naturelle à respecter et s’est opposé aux discriminations.
  • Des avancées plus marquées ont eu lieu sous l’impulsion de figures comme Mariela Castro (nièce de Fidel, directrice du CENESEX, Centre national d’éducation sexuelle), avec des campagnes contre l’homophobie, l’éducation sexuelle et, plus tard, des droits pour les personnes trans (chirurgie de réassignation sexuelle prise en charge, etc.).

En 2010, dans une interview au journal mexicain La Jornada, Fidel Castro a reconnu que les persécutions des années 1960-1970 avaient été « une grande injustice » et a assumé la responsabilité principale : « Si quelqu’un est responsable, c’est moi ». Il a expliqué ne pas avoir personnellement de préjugés, mais avoir été absorbé par d’autres priorités (crises, menaces externes) et n’avoir pas prêté assez d’attention à la question.

Cette trajectoire reflète à la fois l’idéologie et le contexte de la Révolution cubaine naissante (rejet de ce qui était perçu comme lié à l’ancien régime et à l’influence américaine) et une évolution ultérieure des positions officielles. Des témoignages de victimes, des travaux historiques et des documents (y compris des fuites plus récentes sur les UMAP) documentent la dureté des premières décennies. Aujourd’hui, Cuba a progressé sur les droits LGBT (mariage homosexuel légalisé via référendum en 2022, par exemple), même si des critiques persistent sur la liberté d’expression et d’autres droits humains.

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