L’affaire Bally Bagayoko concerne des soupçons d’emploi de complaisance (ou fictif) à la RATP, révélés par Le Canard enchaîné ce mois-ci : l’actuel maire LFI de Saint-Denis aurait cumulé pendant des années un poste de cadre à temps plein avec ses mandats d’élu local.
Une association anticorruption a déposé plainte pour détournement de fonds publics et cumul irrégulier.

Démenti et précisions de la RATP

La RATP a formellement contesté les allégations d’« emploi de complaisance » ou de système d’emplois fictifs :

  • Bally Bagayoko a été recruté en 2001 après des entretiens d’embauche, puis des entretiens préalables à la titularisation, « comme c’est le cas pour tous les agents RATP au statut ».
  • Il n’y a pas de concours pour intégrer la RATP (contrairement à la fonction publique), car les agents ne sont pas fonctionnaires : ce sont des agents de droit privé exerçant une mission de service public. Cela contredit directement les affirmations du Canard enchaîné sur un recrutement « sans concours ni entretien » en 2000.
  • La RATP applique le droit commun, notamment la loi du 22 décembre 2025, qui facilite la conciliation d’un mandat d’élu local avec une activité professionnelle. Les élus locaux peuvent bénéficier d’autorisations d’absence et de crédits d’heures pour exercer leur mandat ; ces absences ne sont pas rémunérées par la RATP.
  • L’entreprise se dit prête à transmettre à la justice tous les documents demandés si celle-ci se saisit du dossier.

Ces éléments contredisent l’idée d’un recrutement irrégulier ou d’un poste purement fictif sans formalités.

Arguments de Bally Bagayoko

  • Être élu n’est pas un « emploi » salarié. Il estime que confondre mandat électif et poste salarié est un « choix rhétorique » pour suggérer une fraude, alors que la loi permet et encadre ce cumul.
  • Il affirme avoir effectivement exercé ses fonctions à la RATP et que conserver une activité professionnelle lui permettait de « garder les pieds sur terre » et d’éviter de vivre uniquement dans l’entre-soi politique.
  • Il conteste la présentation du Canard enchaîné et indique que Jacques Marsaud (ancien dirigeant RATP mentionné dans les articles) aurait lui-même contesté certains points (notamment sur l’absence d’entretien). Il se présente comme recruté sur ses compétences.
  • Il dénonce un acharnement médiatique et politique visant à le discréditer après son élection.

Des témoignages d’élus

Un article du Parisien publié le 14 août 2026 (intitulé « Soupçons d’emplois fictifs à la RATP : dans le Val-d’Oise, ces élus qui ont croisé l’agent Bally Bagayoko ») rapporte des témoignages d’élus locaux du Val-d’Oise qui ont côtoyé Bally Bagayoko dans le cadre de ses fonctions de responsable territorial à la RATP (poste qu’il a occupé dans ce département).

Ces témoignages nuancent les accusations d’emploi de complaisance ou « pas très prenant » en soulignant son sérieux, sa présence et son activité sur le terrain. Ils émanent d’élus de bords politiques variés :

  • François Pupponi (ex-PS puis MoDem, ancien maire de Sarcelles) : « Il était présent et professionnel. »
  • Georges Mothron (LR, maire d’Argenteuil) : il l’a rencontré plusieurs fois dans le cadre de ses fonctions.
  • Jean-Louis Marsac (ex-PS, ancien maire de Villiers-le-Bel) : il le décrit comme « quasiment indispensable » et « très actif sur le terrain ».
  • Carlos Martens Bilongo (LFI) confirme également l’avoir vu intervenir.

Ces éléments s’ajoutent aux démentis de la RATP et au témoignage de Jacques Marsaud (qui conteste la version « sans entretien » du Canard enchaîné). L’article du Parisien présente ces retours comme des contrepoints aux soupçons d’emploi fictif, en montrant que plusieurs interlocuteurs politiques locaux ont effectivement travaillé avec lui et le jugent compétent et investi.

Soupçons de partialité du Canard enchaîné

Frédéric Haziza, à l’origine de l’affaire, est pigiste de longue date au Canard enchaîné (rubrique « La mare aux canards ») et animateur sur Radio J. Il est un journaliste connu pour ses critiques virulentes et répétées contre La France insoumise et Jean-Luc Mélenchon, qu’il accuse régulièrement d’antisémitisme. LFI et Mélenchon le visent en retour depuis des années (ils l’ont qualifié de partial, de « propagandiste », etc.), ce qui crée un contexte de forte animosité réciproque.

Dans l’affaire Bagayoko, LFI a d’ailleurs immédiatement pointé son nom pour suggérer un ciblage politique plutôt qu’un simple travail d’investigation. Cela n’empêche pas d’examiner les éléments factuels (démentis de la RATP, témoignages d’élus, plaintes, etc.) de manière indépendante, mais l’identité de l’auteur alimente légitimement les soupçons de partialité.

Contexte plus large

Les accusations portent sur un cumul prolongé (poste de cadre à la RATP + mandats locaux d’adjoint puis vice-président départemental) avec des horaires qualifiés d’« élastiques » et un salaire autour de 6 000 € mensuels (primes et 13e mois inclus). Une plainte complémentaire évoque un système plus large concernant d’autres élus.

En l’état, les éléments « disculpatoires » reposent surtout sur le démenti factuel de l’employeur (recrutement avec entretiens, statut non fonctionnaire, absences non rémunérées par la RATP) et sur le droit permettant le cumul encadré. Seule une éventuelle enquête judiciaire pourrait examiner les pièces (contrats, fiches de paie, autorisations de cumul, présence effective, etc.) pour trancher.

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