Zoladex

À partir du 15 décembre 2026, les implants Zoladex (goséréline 3,6 mg et 10,8 mg) d’AstraZeneca sortiront de la liste des médicaments remboursables par l’Assurance maladie et perdront leur agrément aux collectivités. Cette décision, demandée par le laboratoire lui-même pour des motifs purement économiques, concerne environ 8 000 à 8 400 patients traités pour des cancers du sein hormonodépendants ou de la prostate. Elle intervient alors que le médicament conserve un avis favorable de la Commission de la transparence de la Haute Autorité de santé (HAS) et qu’aucune donnée nouvelle ne remet en cause son efficacité ou sa sécurité.

Le prix réglementé actuel (environ 86 € pour le dosage mensuel et 257 € pour le trimestriel) est jugé insuffisant par AstraZeneca pour une commercialisation durable dans le cadre du remboursement français. Le médicament restera disponible en pharmacie, mais à prix libre, entièrement à la charge des patients. Des alternatives de la même classe (leuproréline comme Enantone ou Eligard, triptoréline comme Décapeptyl) restent remboursées. Pour autant, de nombreuses patientes et patients, souvent stabilisés sous Zoladex, redoutent un changement de molécule en raison de différences individuelles de tolérance et d’effets secondaires (bouffées de chaleur, troubles de l’humeur, perte osseuse…). Beaucoup ont appris la nouvelle par les réseaux sociaux ou les associations en plein Octobre Rose, ce qui a amplifié le sentiment d’abandon.

Une logique de régulation des dépenses devenue structurelle

Ce cas s’inscrit dans une succession de mesures visant à maîtriser les dépenses de médicaments. Depuis le 1er octobre 2026, les médicaments à service médical rendu (SMR) faible ne bénéficient plus de l’exonération du ticket modérateur au titre de l’affection de longue durée (ALD) : environ 170 à 171 spécialités (dont des traitements de confort ou symptomatiques comme certains antispasmodiques, antiseptiques ou anxiolytiques) ne sont plus pris en charge qu’à 15 % même pour les patients en ALD, au lieu de 100 % auparavant.

Un décret publié en août 2026 prévoit d’aller plus loin au 1er janvier 2027, en abaissant les taux cibles : vers 5 % pour les SMR faibles et 15 % pour les SMR modérés (contre 15 % et 30 % actuellement). L’objectif affiché est de « dépenser mieux », de fluidifier l’accès aux innovations et de financer des traitements coûteux (comme certains anticancéreux générant des milliards d’euros de remboursements). Le PLFSS prévoit également des réévaluations plus dynamiques et régulières du SMR par la HAS, ainsi qu’une trajectoire de baisses de prix progressive après inscription au remboursement.

Ces vagues successives (baisses de taux, radiations ciblées, pressions sur les prix) ne sont pas nouvelles : elles prolongent des mesures antérieures sur les veinotoniques, l’homéopathie ou certains antalgiques. Mais elles se conjuguent désormais avec une pression accrue des laboratoires.

Les laboratoires brandissent le déremboursement comme levier de négociation

Le dossier Zoladex n’est pas isolé. En 2025, Sanofi a menacé de demander le déremboursement de Praluent (alirocumab), un anti-PCSK9 contre l’hypercholestérolémie, estimant que les conditions de prix n’étaient « plus économiquement viables » face à une demande en forte hausse. Après des tensions d’approvisionnement et des négociations tendues, le laboratoire a finalement suspendu sa demande en juillet 2025, tout en rappelant ses investissements industriels en France. Des situations similaires ont concerné d’autres traitements innovants ou semi-innovants lorsque les prix français, souvent inférieurs à ceux pratiqués en Allemagne, Italie ou Belgique, ne satisfont plus les industriels.

Dans le cas de Zoladex, le laboratoire a choisi de sortir du système de prix administré plutôt que de continuer à un tarif jugé trop bas. Une question parlementaire a d’ailleurs souligné que le même médicament se vend plus cher dans plusieurs pays européens voisins. Pour les pouvoirs publics, la réponse consiste à vérifier l’existence d’alternatives (ce qui a été fait) et à laisser un délai de transition de plusieurs mois pour organiser les relais thérapeutiques. La ministre de la Santé a rappelé que la priorité était la continuité des soins. Les associations et certains syndicats de pharmaciens, en revanche, dénoncent un transfert de charge vers les patients et un risque de tensions d’approvisionnement sur les molécules de substitution.

Un équilibre fragile entre solidarité et rentabilité

Le système français combine des prix parmi les plus bas d’Europe pour de nombreux médicaments et une prise en charge solidaire élevée, notamment via l’ALD. Mais la radiation pure et simple d’une spécialité (comme pour le Zoladex) n’est pas compensée par le statut ALD : le médicament sort complètement du panier remboursable. Les complémentaires santé ne couvrent généralement pas ces restes à charge non réglementés.

Cette évolution pose plusieurs questions. Jusqu’où peut-on compresser les prix des traitements établis sans provoquer des sorties de marché ou des reports sur d’autres molécules ? Comment garantir l’égalité d’accès lorsque des patients stabilisés doivent choisir entre un coût élevé et un changement de traitement potentiellement moins bien toléré ? Et comment articuler le financement des innovations très coûteuses avec le maintien d’un accès large aux traitements éprouvés ?

Le cas Zoladex, survenu en pleine campagne Octobre Rose, a rendu visible cette tension. Il illustre une tendance de fond : les déremboursements et baisses de taux ne sont plus seulement des outils de rationalisation de l’offre jugée peu efficace ; ils deviennent aussi un terrain de négociation permanent entre industriels et autorités, avec les patients comme variable d’ajustement. Dans un contexte budgétaire contraint, le défi reste de préserver à la fois l’attractivité du marché français pour les laboratoires et la promesse d’un accès équitable aux soins, y compris pour les traitements qui ne sont plus « nouveaux » mais restent indispensables pour des milliers de malades.