
Le lundi 5 octobre 2026 au soir, dans les couloirs du Parlement européen à Strasbourg, une exposition consacrée aux attaques du 7 octobre 2023 en Israël a donné lieu à un incident qui a rapidement pris une dimension politique. L’eurodéputée française Rima Hassan (La France insoumise, groupe de la Gauche) est accusée d’avoir fait tomber les drapeaux israélien et européen. Elle reconnaît avoir retiré le premier, mais affirme que le second est tombé accidentellement. L’affaire est examinée par les services de l’institution.
L’exposition, installée à la veille du troisième anniversaire des attaques du Hamas qui ont fait environ 1 200 morts et conduit à la prise de 251 otages, présentait notamment des photographies de victimes. Selon plusieurs élus, dont le député LR François-Xavier Bellamy, vice-président du groupe PPE, Rima Hassan aurait jeté les deux drapeaux au sol, devant ces images. Bellamy a publié une photographie des étendards à terre et réclamé qu’elle soit « sanctionnée sans délai », qualifiant le geste de « complicité avec ceux qui, y compris en Europe, cherchent à importer de nouveau la haine antisémite ». La vice-présidente du Parlement Pina Picierno a elle aussi parlé de drapeaux « piétinés » et d’une « profanation » de l’exposition. La présidente Roberta Metsola a indiqué mardi que « un membre de cette Assemblée a été filmé apparemment en train de dégrader une exposition », que les faits étaient pris « extrêmement au sérieux » et que les mesures prévues par le règlement seraient engagées, tout en garantissant le droit de la personne concernée à être entendue. Les services du Parlement ont confirmé que l’incident, documenté, faisait l’objet d’une analyse.
La version de Rima Hassan et de son équipe diverge sur plusieurs points. Dans un communiqué transmis à l’AFP et dans des messages publiés sur X, l’élue affirme avoir retiré le drapeau israélien de son support en quittant les lieux ; le drapeau de l’Union européenne, fixé sur le même pied, serait alors « malencontreusement tombé sous l’effet du déséquilibre ». Elle assure qu’« aucun drapeau n’a été piétiné ni détérioré ni jeté » et qu’elle n’a « pas touché au drapeau européen ». Dans l’hémicycle, elle a qualifié de « factuellement fausses » les déclarations de Roberta Metsola. Elle présente son geste comme symbolique et motivé par le contenu de l’événement : selon elle, il s’agissait d’une exposition non officielle, coorganisée avec la représentation diplomatique israélienne et le groupe PPE, au cours de laquelle des propos niant l’existence de la Palestine auraient été tenus, et où étaient proposés à la vente des objets présentés comme issus de débris de missiles ou liés aux colonies. Elle inscrit l’action dans « la dénonciation du génocide en cours » mené selon elle par le gouvernement israélien et d’un « deux poids, deux mesures » — comparant la présence du drapeau israélien à celle, qu’elle juge inacceptable, d’un drapeau russe —, tout en précisant que le geste ne visait « en aucun cas » les personnes auxquelles l’événement entendait rendre hommage.
Des réactions politiques ont suivi en France et à l’étranger. Bruno Retailleau a demandé à Jean-Luc Mélenchon de « sanctionner » l’élue. Le ministre français des Affaires étrangères a estimé que, si les faits étaient confirmés, ils justifieraient des sanctions « sévères et dissuasives » du Parlement européen, en rappelant que 51 ressortissants français figuraient parmi les victimes du 7 octobre. Des organisations juives européennes ont condamné les images rapportées. Du côté de La France insoumise, des collègues ont contesté le récit d’un piétinement et distingué l’exposition litigieuse des commémorations officielles du Parlement.
Aucune sanction n’avait été annoncée mardi soir. Le règlement du Parlement prévoit, pour les manquements graves, un éventail allant du blâme à la suspension temporaire de certaines activités ou à la retenue d’indemnités journalières. L’issue dépendra de l’examen des images de vidéosurveillance et des auditions. L’épisode s’inscrit dans une série de tensions autour de Rima Hassan, avocate franco-palestinienne élue en 2024, déjà engagée dans des actions symboliques liées au conflit israélo-palestinien, dont sa participation à une flottille vers Gaza en 2025.