
Wassila Meddas n’était, il y a peu, quasiment inconnue du public. En quelques années, elle est passée d’un métier de serveuse dans une brasserie parisienne à un poste de direction au sein du groupe de médias de son compagnon, le banquier Matthieu Pigasse. Cette trajectoire, les vacances de luxe du couple et le ton de ses réponses sur les réseaux sociaux ont déclenché une série de polémiques, largement documentées par la presse française.
De la salle du Marigny au bureau de direction
Selon plusieurs médias, dont Le Figaro, Wassila Meddas travaillait encore il y a environ trois ans comme serveuse au Marigny, restaurant chic du 8e arrondissement de Paris fréquenté par Matthieu Pigasse. C’est là que le banquier, né en 1968, l’aurait rencontrée. L’écart d’âge est d’environ vingt-sept à trente ans. À l’époque, Pigasse était encore en couple avec la journaliste Alix Étournaud, avec qui il a trois enfants.
En novembre 2024, Meddas rejoint Combat — le groupe de Pigasse qui rassemble notamment Radio Nova, Les Inrockuptibles et Rock en Seine — comme chargée des relations externes. Le 13 mai 2025, un mail interne annonce sa nomination au poste, créé pour l’occasion, de « directrice des marques ». Six mois après son arrivée, elle est donc propulsée à une fonction stratégique : identité des marques, positionnement, digital, live, partenariats. Des salariés cités par Libération résument le sentiment interne : « Avant ça, personne n’avait entendu parler d’elle. » D’autres disent ne pas savoir clairement ce que recouvre le poste.
Le communiqué officiel de Combat évoquait une « expérience riche et diversifiée dans les relations publiques et la communication ». Hors de ce communiqué, le parcours antérieur reste très peu documenté. Le contraste entre le métier de serveuse et la direction marketing d’un groupe médiatique, dans l’entreprise de son compagnon, est au cœur des critiques : l’ascension professionnelle coïncide avec la relation, pas avec un CV public long et indépendant.
Un management contesté chez Combat
En avril 2026, Libération a publié une enquête sur le climat interne. Plusieurs salariés, sous anonymat, décrivent une dirigeante peu présente dans les locaux mais très active par mail et WhatsApp. Ils parlent d’un « climat de pression et d’humiliations verbales », de collaborateurs traités de « nuls » ou accusés de « ne rien savoir faire », et de menaces de licenciement.
L’enquête mentionne aussi des tensions autour d’un visuel jugé raté, éventuellement généré par IA, et le blâme d’une salariée après un like sur un commentaire critique. Meddas a obtenu un droit de réponse en bas de l’article. Les faits relatés restent des témoignages ; ils ont néanmoins fixé l’image d’une nomination perçue comme politique autant que professionnelle.
Vacances à 434 000 euros et hôtel à plus de 10 000 dollars la nuit
La polémique a basculé dans le grand public en septembre 2026. Le Canard enchaîné a révélé un séjour de dix-neuf nuits du couple sur l’île Moustique, dans les Caraïbes, estimé à environ 434 000 euros. Marianne a ensuite exploité un post Instagram depuis supprimé, daté du 18 juillet, montrant un séjour à l’Amangiri, hôtel de luxe dans l’Utah, dont certaines nuits sont facturées autour de 11 300 dollars.
Le contraste est politique autant que mondain : Pigasse se présente comme un homme de gauche. Lui-même a répondu sur France Inter qu’« être de gauche, ce n’est pas faire vœu de pauvreté » et qu’il ne répondait pas à « la police des mœurs ». Alix Étournaud a publicement rappelé qu’un homme public, mari et père, ne peut pas étaler sa vie privée sans conséquences pour les autres.
« Faire de la moula » et insultes aux journalistes
C’est surtout le ton de Wassila Meddas qui a élargi la polémique. Sur X, elle a attaqué Le Canard enchaîné et Marianne : « même médiocrité, mêmes méthodes de salauds ». Elle les accuse de fouiller son Instagram et de l’utiliser dans des « règlements de comptes politiques ». Puis vient la formule devenue virale : « Pendant que nous vivons, avançons et faisons de la moula, vous nous surveillez. » Elle traite aussi les journalistes de « bande de jaloux frustrés, sans sujet, sans élégance et visiblement sans aucune dignité professionnelle ».
Marianne a ensuite publié des messages privés qui lui sont attribués. On y lit notamment : « Pourquoi autant de haine ? Ça se voit que vous êtes malheureux dans votre vie. Bande de fils de pute. » Puis : « Je ne suis pas Matthieu Pigasse moi. » Elle invite à « copier et partager », et raille des journalistes « en fin de carrière » en promettant d’autres photos. Le registre n’est plus seulement agressif : il est injurieux.
Sur Instagram, elle a aussi affiché le luxe — masques, billard, décors de vacances — parfois avec une ironie assumée, jusqu’à un extrait de Soprano, « L’argent rend fou ! », lu comme une pique aux médias. Ce n’est pas de la pornographie ; c’est un mélange d’ostentation, d’argot (« moula ») et d’insultes qui place ses prises de parole à la limite de la vulgarité publique.
Ce que les faits disent — et ce qu’ils ne disent pas
Rien n’interdit à une ancienne serveuse de diriger une marque, ni à un couple d’avoir un écart d’âge, ni à un riche de dépenser. Ce que les articles établissent, c’est autre chose : un poste de direction créé et pourvu dans le groupe de son compagnon, après une rencontre dans le restaurant où elle servait ; une expérience antérieure opaque ; des salariés qui contestent l’autorité et le style ; un train de vie exposé puis défendu par des attaques personnelles contre la presse.
La réussite professionnelle de Wassila Meddas, telle qu’elle est visible aujourd’hui, est indissociable de Matthieu Pigasse : c’est son groupe, sa nomination, son capital social et son argent qui ont rendu possible le saut de la salle du Marigny à la direction des marques de Nova et des Inrocks. Les polémiques ne portent pas seulement sur le luxe. Elles portent sur cette dépendance, et sur la manière dont elle y répond : non par un bilan de compétences public, mais par « la moula », les photos d’hôtel et les « fils de pute ».