Finances de Strasbourg : l’audit révèle une ville au bord du mur, héritage du mandat écologiste

STRASBOURG. Vendredi 18 septembre 2026, la maire socialiste Catherine Trautmann a présenté un audit financier commandé au cabinet Deloitte. Le diagnostic est sans appel : la Ville et l’Eurométropole de Strasbourg se trouvent dans une situation « grave », « très dégradée » et « d’urgence ». Pour la nouvelle majorité, la responsabilité de cette dérive incombe clairement à l’ancienne équipe écologiste de Jeanne Barseghian, battue aux municipales de mars 2026.

Une dette qui a explosé en six ans

Selon l’audit, la dette de la Ville est passée d’environ 241 millions d’euros en 2020 à 494 millions d’euros en 2026. Celle de l’Eurométropole a grimpé de 579 à 911 millions d’euros. En six ans, l’endettement a plus que doublé. La capacité de désendettement de la Ville atteint désormais 21,5 ans, très au-delà du seuil d’alerte de 12 ans fixé par la loi.

L’épargne brute, qui mesure la capacité à dégager des ressources avant de rembourser le capital de la dette, a chuté de 45 %, passant de 41,6 millions d’euros en 2020 à 23 millions en 2026. L’épargne nette est devenue négative. En clair : le train de vie de la collectivité ne permet plus de rembourser la dette sans recourir à de nouveaux emprunts.

Loïc Muller, associé chez Deloitte, a résumé la situation : il faudra trouver 35 à 40 millions d’euros d’économies de fonctionnement dès 2027-2028 pour la Ville, et environ 45 millions pour l’Eurométropole, afin de « retrouver une situation redressée ».

Catherine Trautmann n’a pas mâché ses mots : « Les chiffres montrent une situation grave, lourde, préoccupante, et, j’ose le dire, d’urgence. […] Si nous ne faisons rien, nous ne serons pas simplement au pied du mur mais nous serons dans le mur. » Elle s’est dite « indignée » et a affirmé n’avoir « jamais connu une telle situation pendant 40 ans de vie politique ».

Le bilan du mandat Barseghian en accusation

La période 2020-2026 correspond exactement au mandat de Jeanne Barseghian. C’est sous cette majorité écologiste que le recours à l’emprunt s’est accéléré, notamment pour financer des projets de transition écologique, de rénovation du patrimoine scolaire et de services publics. L’ancienne équipe assume d’ailleurs ce choix : son groupe « Strasbourg juste et vivante » a répondu que l’emprunt avait « permis de financer la transition écologique à Strasbourg et les services publics du quotidien ».

Pour la nouvelle municipalité, cet argument ne tient plus. Les grands projets engagés ou promis sous le mandat précédent apparaissent aujourd’hui difficilement finançables. « Il y a des grands projets qui ont été demandés, voulus et même en partie engagés dont je ne peux pas dire aujourd’hui s’ils sont finançables et réalisables dans le mandat qui s’ouvre. Voilà la réalité », a déclaré Catherine Trautmann. Un débat d’orientation budgétaire est prévu en janvier 2027, suivi d’un vote en mars.

Des analyses antérieures, notamment de l’Institut Montaigne, avaient déjà alerté dès le début 2026 sur une trajectoire « sous tension » et un endettement en « forte accélération ». L’audit Deloitte confirme et aggrave ce constat.

Une économie locale plus solide que les comptes publics

Le reste de l’économie strasbourgeoise n’est pas aussi sombre que les finances municipales. Le taux de chômage de la zone d’emploi reste proche de 7,5 %, comparable à la moyenne nationale. Le port de Strasbourg a montré une certaine résilience en 2025 : recul du trafic fluvial de marchandises, mais hausse de la croisière rhénane et maintien du trafic de conteneurs. Le tourisme et la présence des institutions européennes (Parlement, Conseil de l’Europe) continuent de structurer l’activité tertiaire.

Ces atouts n’effacent pas le problème immédiat. Une collectivité aussi endettée, avec une épargne en berne, dispose de peu de marges pour investir, absorber un choc ou maintenir le niveau de services sans augmenter la pression fiscale ou reporter des projets.

Ce qui vient

Catherine Trautmann a fixé deux objectifs : « sortir du surendettement » et « retrouver de l’épargne et des marges de manœuvre ». Concrètement, cela signifie des économies de fonctionnement importantes, un probable freinage de certains projets hérités du mandat précédent, et des arbitrages difficiles dès 2027.

L’ancienne majorité écologiste conteste la dramatisation et défend son bilan d’investissement. Les chiffres de l’audit, eux, sont désormais publics. Ils placent la responsabilité de la dégradation financière sur le mandat 2020-2026 et obligent la nouvelle équipe à gérer une contrainte budgétaire qu’elle n’a pas créée, mais dont elle hérite pleinement.

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