L’histoire retiendra probablement Joe Biden comme un président d’un seul mandat, productif sur le plan législatif et de la relance, mais politiquement fragile, dont le legs est indissociable du retour de Donald Trump. En 2025-2026, les premières évaluations d’historiens et d’analystes dressent un portrait contrasté : un bilan intérieur solide et des investissements structurels durables, éclipsés par l’inflation, l’immigration, le déclin physique perçu et l’échec à sécuriser une succession démocrate.

Ce qui devrait rester positif

  • Les grandes lois d’investissement : l’Infrastructure Investment and Jobs Act (bipartite), le CHIPS and Science Act (semi-conducteurs) et surtout l’Inflation Reduction Act (plus grand effort climatique de l’histoire américaine, avec des effets visibles sur les usines d’énergies propres, batteries et véhicules électriques). Ces mesures, passées avec des majorités très étroites, sont souvent comparées aux avancées depuis le Great Society de Lyndon B. Johnson.
  • La relance post-COVID : plan massif (American Rescue Plan), création d’environ 16 millions d’emplois, marché du travail tendu et reprise plus rapide que dans beaucoup de pays avancés.
  • La politique étrangère alliée : soutien déterminé à l’Ukraine face à la Russie, élargissement et renforcement de l’OTAN (Finlande et Suède), retour à une diplomatie d’alliances après l’ère Trump. Le retrait d’Afghanistan met fin à la plus longue guerre américaine, même s’il reste chaotique.
  • Autres avancées : extension de l’accès aux soins (ACA), négociations de prix des médicaments, nominations judiciaires (dont Ketanji Brown Jackson), et efforts sur l’équité.

Certains historiens estiment déjà que le jugement sera plus généreux avec le temps, une fois les projets d’infrastructures et climatiques pleinement opérationnels, à l’image de la réhabilitation progressive de Jimmy Carter ou de George H. W. Bush.

Ce qui risque de dominer le récit

  • Le contexte politique et personnel : président d’un seul mandat qui, après avoir battu Trump en 2020, n’a pas empêché son retour en 2025. Sa décision de se représenter malgré les doutes sur son âge et ses capacités, suivie d’un débat désastreux et d’un retrait tardif au profit de Kamala Harris, est souvent vue comme de l’hubris. Cela transforme son mandat en « interrègne » ou parenthèse entre deux ères Trump.
  • Les points faibles perçus : inflation élevée (pic à plus de 9 %, hausse cumulative des prix significative), crise migratoire à la frontière, et impopularité persistante (autour de 40 % en fin de mandat). Ces éléments ont pesé lourd dans le jugement contemporain.
  • Les limites de l’impact politique : les succès législatifs n’ont pas toujours produit de gains électoraux durables, et une partie pourrait être remise en cause ou ralentie par l’administration suivante.

Des recueils d’historiens (comme celui dirigé par Julian Zelizer en 2026) soulignent le contraste entre des réalisations domestiques et internationales saluées et une fin de mandat « en tatters » (en lambeaux), dominée par le déclin physique, l’inflation et Gaza.

Perspective d’ensemble

Biden voulait être un « sauveur de la démocratie » et un modernisateur économique (souvent surnommé le « FDR ou LBJ des temps modernes » par ses partisans). L’histoire le placera probablement dans la catégorie des présidents « conséquents mais limités » : efficace sur la relance et les investissements malgré des contraintes parlementaires, mais incapable de transformer ces succès en victoire politique durable. Son rang dans les classements d’historiens a oscillé (autour de la 14ᵉ place dans certains sondages pré-2024), et il risque d’être vu comme un président « mineur » ou de transition tant que les effets à long terme de ses politiques ne seront pas pleinement mesurés.

En résumé, l’histoire retiendra un patriote de longue date, un législateur productif et un défenseur des alliances, mais aussi un homme qui a sous-estimé les limites de l’âge et de la polarisation, laissant un héritage solide sur le papier, fragile dans la mémoire collective immédiate. Le jugement final dépendra largement de la durée et de l’impact réel de ses investissements, ainsi que de l’évolution de l’ère Trump qui a suivi.

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